Tomás Cerqueira : "Mon ambition de matador de toros, c'est d'être bien le 24 mars... Le reste viendra..."

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©ElTico - archives
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Le matador de toros Tomás Cerqueira a été gravement blessé à Mauguio le 2 juillet 2017. Victime d'une cornada interne au niveau de la cuisse droite au moment d'estoquer un toro de Jalabert, il est opéré durant plus de quatre heures trente pour de nombreuses lésions internes et il lui est transfusé quatre litres de sang, la veine et l'artère fémorale étant également touchées.

Des complications intervenues durant sa récupération vont compromettre son retour dans les ruedos, initialement prévu lors du Grand Gala de Printemps 2018 dans les arènes de sa ville, Béziers. A quelques jours de l'édition 2019, dont il ouvrira le cartel des toreros à pied, Tomás Cerqueira s'est confié sur cette période compliquée de sa carrière et sur son afición toujours intacte.


CorridaFrance : Tomás, déjà annoncé au cartel du Grand Gala de Printemps en 2018, tu avais finalement dû renoncer à te présenter au paseo car insuffisamment remis de ta blessure de Mauguio en juillet 2017. Où en es-tu aujourd'hui ?

Tomás Cerqueira : Effectivement, je n'ai pas pu participer au Gala de 2018 car j'avais fait une phlébite en allant m'entraîner sur Séville et Salamanque. J'ai été traité pendant neuf mois de plus sous anti-coagulants. Mes douleurs circulatoires qui s'étaient atténuées sont revenues à l'identique. Aujourd'hui, quasiment un an après cette phlébithe, mon état s'est beaucoup amélioré, même si je porte toujours des bas de contention. Et je pense que, comme je le dis souvent, en tant qu'homme, je suis à quatre vingt dix pour cent de mes moyens ; en tant que torero à soixante pour cent et en tant que sportif à vingt pour cent. Alors je prends exemple sur d'ancien toreros qui n'avaient pas la condition physique que l'on a actuellement. Je me rassure comme ça. J'ai pu toréer correctement au campo, donc je pense qu'en public, ce sera la même chose.

 

CorridaFrance : Quelles ont été les étapes importantes dans ta récupération ?

Tomás Cerqueira : Les étapes, réellement, c'est surtout de la patience... Parce que on peut réellement parler d'étapes car il y a des hauts et des bas, autant moralement que physiquement... On ne voit pas l'évolution de jour en jour, ni de semaine en semaine... On se rend compte un jour que finalement, on peut rester assis une demi-heure sans avoir mal au niveau de la cheville, car c'est là que ça m'oppresse réellement. Puis on se rend compte un jour qu'on peut rester debout pendant une heure sans avoir mal à la jambe comme il y a trois mois. C'est très compliqué. C'est beaucoup de patience et aussi, c'est apprendre à s'habituer à la douleur, aux séquelles... Et l'un dans l'autre, on ne le vit pas si mal que ça...

 

CorridaFrance : Comment as-tu géré moralement la situation ?

Tomás Cerqueira : C'est ce que je te disais précédemment... On s'habitue progressivement aux séquelles et elles, de leur côtés, s'amoindrissent. C'est ce qui rend la chose vivable.

 

CorridaFrance : On t'a vu très investi dans l'organisation de la Feria des Vendanges à Boujan sur Libron. Est-ce que ton implication t'a également aidé en te permettant de rester actif dans le milieu des Toros ?

Tomás Cerqueira : Oui, effectivement, même si avant d'être blessé, j'avais déjà organisé la Feria des Vendanges, puisque cette année, ce sera la sixième édition que j'organiserai. De toutes façons, tout ce qui a un rapport avec les toros me plaît. L'organisation des corridas me plaît aussi mais ce qui me plaît encore davantage, c'est l'entraînement des jeunes de l'Ecole Taurine et d'ailleurs, de transmettre mes connaissances. Et de voir les jeunes avec cette envie d'apprendre est la chose qui me plaît le plus après toréer. L'enseignement ne remplacera jamais pour moi le toreo en soi, mais le plaisir que j'y trouve s'en rapproche grandement.

 

CorridaFrance : Est-ce que cette expérience d'organisateur t'a donné des idées pour l'avenir ?

Tomás Cerqueira : Si ma jambe ne me permet pas de revenir à un bon niveau, ce qui est certain, c'est que je veux rester dans le monde des toros. Je ne m'imagine pas pour l'instant devenir banderillero. Je ne me vois pas dans un autre rôle d'acteur actif de la corrida. Mais un rôle passif comme celui d'apoderado, d'entraîneur ou d'impresario serait quelque chose qui me ferait énormément plaisir et qui pourraît nourrir mon être de torero, que j'ai toujours été finalement... Et je me sens incapable de m'épanouir dans autre chose à l'heure où je suis en train de te parler.

 

CorridaFrance : Durant ton arrêt forcé, comment as-tu vu la Tauromachie évoluer ?

Tomás Cerqueira : Pour moi, la principale évolution de ces deux ou trois dernières années, c'est que n'importe quel torero ou novillero est amené à prendre à un moment donné des risques ponctuels comme ces fameux "cambios", ces "cambios" à genoux... Ce côté téméraire que ma génération n'affichait pas autant. Pour montrer son courage, il fallait s'approcher de la "cercanía", finir une faena par "cercanía" ou faire un "cambio" debout... Et les attitudes téméraires qu'ont les toreros maintenant m'impressionnent beaucoup, même si ce n'est pas forcément le toreo qui me plaît le plus. Mais le toreo est "entrega" et il faut reconnaître que pour faire ce genre de choses, il faut avoir beaucoup d'"entrega". Si, pour le futur du toreo, il pouvait y avoir deux ou trois Roca Rey de plus, ce serait tout simplement génial...

 

CorridaFrance : Selon toi, quels sont les événements marquants de la dernière temporada ?

Tomás Cerqueira : En premier lieu, je dirais que mon parrain d'alternative, Alejandro Talavante, ne soit plus en activité. Je crois qu'il s'agit d'un des toreros les plus importants de l'escalafon, surtout dans le toreo que j'apprécie personnellement. Et puis bien sûr, la confirmation du talent et du statut de leader de Roca Rey. Parce que l'explosion est une chose, mais la confirmation en est une autre. Ses deux prestations à Bilbao, si elles n'ont pas été des triomphes, ont confirmé pour moi la capacité de ce garçon à dominer la tauromachie pendant longtemps.

 

CorridaFrance : Comment vois-tu l'arriver de toreros comme Octavio Chacón ou Emilio de Justo ?

Tomás Cerqueira : Chacón, particulièrement, est le torero que j'ai connu dans mon enfance en Stéphane Fernandez Meca. Un torero capable de comprendre le rythme de toros dits "durs" pour les toréer. Dans les dix dernières années, on a peut-être essayé de toréer de façon trop pure des toros qui ne le permettaient pas. Je pense que ce n'étais pas la solution. Et je suis ravi, je crois même que j'attendais quelqu'un qui soit capable comme Chacón, de toréer peut-être un petit peu moins pur, mais de donner un rythme à ces corridas dures qui s'était un peu perdu. Quant à Emilio de Justo, pour moi, ce serait un exemple à suivre. Dix ans sur le banc de touche, comme on dit chez nous, et être au niveau où il est aujourd'hui, c'est pour donner espoir à tous les toreros qui ont encore l'illusion en eux, l'illusion de leur toreo et qui peuvent se dire que oui, on peut y arriver...

 

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CorridaFrance : On se souvient de ton alternative triomphale, le 11 août 2012, où tu avais coupé une oreille de chacun de tes deux Toros de Garcigrande, sortant en triomphe aux côtés de David Mora et Alejandro Talavante. Quel souvenir gardes tu de cette journée ?

Tomás Cerqueira : Je vais être sincère... La journée de mon Alternative a été très compliquée pour moi car depuis tout jeune, j'ai toujours été très admiratif de la famille Manzanares, du père comme du fils. Et une semaine avant, on m'apprend que mon parrain José María Manzanares ne sera pas présent... Alors si je suis sincère et je peux l'être au jour d'aujourd'hui, j'ai vécu l'alternative d'une manière "agridulce" (aigre-douce), comme on dit en Espagne. J'étais content de la prendre, mais je n'étais pas comblé parce qu'il me manquait le parrain de mes rêves. Je suis à l'heure actuelle un grand admirateur de Talavante. Mais le jour même de l'Alternative, je compare l'absence de Manzanares à celle d'un père ou d'une mère au mariage de son fils. Mais avec le recul, je pense que cette sensation désagréable pour moi m'a permis de donner le niveau que j'ai pu apporter à cette corrida ce jour là... Par "rabia", peut-être, du fait que mon parrain ne soit pas venu ce jour là... Je n'en ai jamais parlé... Ou peut-être lors d'un colloque auquel j'avais participé à Boujan... Mais j'en suis ravi, de mon alternative, aujourd'hui. Et ravi qu'Alejandro Talavante, un torero aussi génial, ait été mon parrain. Et bien sûr d'avoir pu triompher devant mon public, que les toros de Garcigrande ait "embesti"... Il y a beaucoup de choses positives dans mon Alternative et j'en suis heureux. Et si sur le moment, cela a été très compliqué, je pense que cette alternative a été un moteur pour moi... Le fait qu'elle n'ait pas été parfaite m'a donné de nouveaux objectifs. Et notamment de toréer avec Manzanares...

 

CorridaFrance : Pour en revenir à ton actualité, comment t'es-tu préparé pour ce retour dans les arènes dans ta ville de Béziers ?

Tomás Cerqueira : Physiquement, je n'ai pas pu me préparer comme je le faisais avant, avec beaucoup de footing chaque jour en plus du toreo de salón... Je me suis consacré à mon toreo et cela a été un mal pour un bien. Les heures que je consacrais à la préparation physique avant, je les ai passées à plus de toreo de salón, à m'intéresser de manière plus profonde au toreo, même si j'ai toujours été plus dans le côté artistique du toreo que dans le côté physique. J'ai aussi travaillé le côté mental...Parce que lorsque tu es préparé à cent cinquante pour cent physiquement, tu penses que de toutes façons, ça va aller. Lorsque tu es à soixante pour cent, il te faut te mentaliser différemment. On verra bien ce que le toro me dira... J'ai fait du campo, j'ai toréé des vaches et j'ai toréé un toro que m'a offert Saúl Jiménez Fortes en Espagne et ça s'est très bien passé. Je reste sur cette sensation là. En ce qui concerne l'épée, je ne veux pas en faire une obsession, même si j'ai été blessé en entrant a matar. Je ne veux pas y penser.

 

b_250_200_16777215_10_images_actualites_2019_Mars_Visuel_ThCerqueira_200319-3.jpgCorridaFrance : À ce jour, quelles sont tes ambitions de matador de toros ?

Tomás Cerqueira : Ma réponse sera brève... Mon ambition de matador de toros, c'est d'être bien le 24 mars... Le reste viendra... Je préfère me donner des objectifs à court terme et pour l'instant, c'est d'être bien dans les tientas avant le 24 et bien le 24...

 

CorridaFrance : Que faut-il souhaiter à Tomás Cerqueira en ce début de saison 2019 ?

Tomás Cerqueira : Que le toro de Gallon embiste le 24 mars et que le vent me respecte... Car c'est un de mes défauts, mais je ne suis pas un fan du vent...

 

Propos recueillis par Laurent ElTico Deloye