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Dax (15/08/2015 - matinale) : Pepe Moral bouscule la hiérarchie établie et réalise une très grande faena...

@Roland Costedoat
@Roland Costedoat
Depuis deux ans, le groupe des cinq (ou sept) a voulu mettre sous sa coupe le monde taurin. Il est difficile pour les toreros de se faire une place au soleil. Ce matin, il n’y avait ni place sur les gradins, ni soleil au dessus des arènes ; mais Pepe Moral a fait comprendre à El Juli et Manzanares qu’ils n’étaient plus les maîtres du monde.

Avec Lopez Simon, de Aranda, Del Alamo, Adame il y a de quoi monter des cartels à la fois originaux et cumbre (n’est ce pas mesdames, messieurs les organisateurs montois et nîmois).
Un seul regret, et il est immense, le manque de bravoure et de force des toros et l’obligation, très désagréable à accepter, de devoir les économiser à la pique.

Tout avait commencé de façon très classique. El Juli devait un desquite aux dacquois. Après un très mauvais tercio de piques, il démarre sa faena par cambiadas au centre de la piste. Le toro est noble et comme souvent avec les Domingo Hernández il charge de façon rectiligne en répétant au moindre cite. Le Juli est un grand technicien, ce type de toro ne lui pose pas de problème. Il lui suffit de choisir entre le mode sincère et le mode standard et de dérouler son programme. La faena bien construite et variée est hélas sur le mode standard. Le torero reste profilé et toréé sur le voyage. Le toro passe tout seul et le public accroche. Sur l’ensemble des passes, seule une série est faite en avançant la jambe. La présidence accorde sous la pression deux oreilles (une de trop) après une épée aussi scandaleuse (Julipié) qu’efficace.

Jose Maria Manzanares a en seconde position un toro très faible. Economisé au premier tiers, il tombe dès la troisième passe de chaque série d’autant que le play boy des ruedos rechigne à le toréer à mi hauteur et l’oblige à humilier. Il ne s’engage pas pour une entière rapide d’effet et on passe au suivant.

Pepe Moral a connu une période très difficile dans sa carrière. Après avoir connu le bache, il doit à son succès sévillan de revenir au premier plan. Il a aujourd’hui damé le pion à ses deux compagnons de cartel. Son premier toro est très commode de tête. Il est économisé aux piques. A la muleta, il est noblote et a besoin d’être obligé pour s’investir. Pepe Moral va inventer ce toro « incertain ». De superbes séries à droite en se croisant et en courant au maximum la main vont alterner avec de superbes séries à gauche en courant encore plus la main. Les changements de main sont sublimes et au répertoire classique viennent se rajouter des passes plus originales dont des arrucinas millimétriques. Pour ajouter au « grandiose » de la faena, un déluge s’abat sur les arènes. C’est pieds nus, dans la boue que Pepe Moral après un magnifique adorño s’engage pour une grande entière. Deux oreilles sont fort justement accordées et la vuelta est triomphale.

La piste est détrempée, à la limite du praticable. On ne donne pas cher de la suite de la corrida et on s’attend à voir les toreros tâter le terrain du bout de leurs zapatillas en indiquant qu’il est plus raisonnable d’arrêter là. Pourtant le Juli se concentre, fait quelques essais avec son capote. Les clarines sonnent et Julian Lopez va se mettre à genoux devant la porte du toril et attend le toro à Puerta Gayola. Il est vexé de voir sa suprématie et son leadership être remis en cause par un ex sans grade. L’ambiance monte d’un ton. La musique joue lors des premières lances de capote. On s’attend à une grande faena. Hélas le toro est trop faible et ne peut pas répondre à des sollicitations trop fortes. La faena comporte des phases standards mais aussi des séries où le grand technicien qu’est El Juli se croise et tire le toro au maximum. Comme quoi quand il veut ou quand les circonstances l’y obligent, il sait toréer avec classe et sincérité. Le public obtient une oreille après un nouveau julipié limite raté.

Le madrilène a sali bas et pantalons. Manzanares n’est pas à l’aise dans toute cette boue qui n’a rien de thermale. Il donne l’impression de quelqu’un à qui on a promis une coupe de champagne à la terrasse du Splendid et qui se retrouve une canette de Perrier à la main assis sur une chaise en plastique devant un camion frites sur une aire d’autoroute. Son second toro est faible et tardo. La faena, émaillée de quelques jolis gestes, manquera d’investissement du torero et de lien. Elle devient vite ennuyeuse. Le torero prendra le temps d’enlever la boue de ses chaussures avant de tuer d’une entière un peu basse et de saluer au tiers.

Pepe Moral sait qu’il doit couper au moins une oreille pour accompagner El Juli et sortir par la Puerta Grande. Son toro, costaud, est lui aussi faible. Blendo il supporte difficilement les banderilles. Le sévillan le brinde à Manzanares et profite du toro, avant qu’il ne s’éteigne, pour construire une bonne faena, sincère avec à nouveau des détails de classe. Une nouvelle oreille est accordée par la présidence et la vuelta est à nouveau très fêtée.

Chagriné dans le patio par l’empressement des photographes à immortaliser le beau regard du « fils de », le Juli l’est encore plus de voir les mêmes photographes se focaliser sur Pepe Moral. À la porte des arènes. Aucun regard entre les deux toreros pendant la sortie en triomphe, il y a là, mesdames et messieurs les organisateurs, matière à monter des cartels « explosifs » Le soleil, en vrai aficionado, fait son retour sur Dax à l’issue de cette corrida. On attend maintenant celle des Pedraza pour que cette journée prenne place dans la liste des grandes journées de l’histoire taurine dacquoise.

 

Fiche technique : Troisième corrida de la Feria de Dax 2015
6 toros de Domingo Hernandez faibles et nobles donnant du jeu pour peu qu’on les y oblige pour

El Juli : deux oreilles, une oreille
José Maria Manzanares : silence, salut au tiers
Pepe Moral : deux oreilles, une oreille

Douze piques simulées ou mal exécutées
Ciel nuageux au paseo, déluge au troisième et soleil au dernier
Sortie par la Puerta Grande du Juli et de Pepe Moral
Lleno


Thierry Reboul


Voir le reportage photographique : Roland Costedoat