Saint-Sever (11/11/2017) : la main gauche d’Alejandro Mora...

  • Imprimer

©Philippe Latour
©Philippe Latour
Heureusement qu’il est de notoriété publique que Londres n’est pas une ville taurine, parce que sinon les aficionados présents à Saint Sever auraient cru avoir été téléportés dans la capitale britannique. Froid, crachin et pluie ont accompagné cette journée taurine de la 33ème semaine taurine et culturelle. Il a fallu une bonne dose d’Aficion et des vêtements chauds et imperméables aux aficionados qui ont fait le déplacement dans la cité du Cap de Gascogne ce 11 Novembre.

Cette année, c’est l’encaste Nuñez que la Peña Jeune Aficion a choisi de mettre à l’honneur. Ils ont fait appel à la ganaderia de Navalrosal. Très bien armés et plutôt légers, les erales physiquement dans le type de l’encaste sont sortis justes de forces et mansos. A l’exception du dernier plus solide et noble qui a permis à Miguel Aguilar de couper deux oreilles, ils ont posé des problèmes à leurs opposants. On retiendra de cette course la toreria d’Alejandro Mora et l’application de Yon Lamothe qui a toréé avec beaucoup de sérieux un novillo vite décomposé.

A l’issue de la course, Philippe de Lapeyre « El San Gilen » s’est coupé la coleta. Je ne sais pas si sa particule lui a conféré quelques quartiers de noblesse héréditaires. En tout cas l’homme qu’il est et le torero qu’il a été lui ont permis d’acquérir ceux que l’on attribue aux hommes de cœur et de courage. Il va se consacrer désormais à son activité de formateur et transférer sa passion et ses connaissances aux jeunes aspirants de l’Ecole Taurine de Béziers.

Le premier eral, très armé, est bien reçu à la cape par Alejandro Mora, novillero qui avait laissé une bonne impression au public présent lors de la novillada d’Arzacq. Le novillo manque de charge et transmet peu d’émotion lors des premières séries droitières pourtant élégantes de Mora. Le novillero prend la main gauche et la faena prend alors une toute autre dimension. Avec autorité et temple, le novillero embarque l’eral dans des séries de naturelles qui semblaient improbables. Après un retour à droite court et peu fructueux, il reprend la main gauche et enchaine de superbes naturelles de face rematées par de profondes trincheras. Les olés du public remplacent la musique que le président n’a pas cru bon de déclencher. Les dernières naturelles aidées par le haut rappellent celles d’un certain torero gitan. Au-delà de l’oreille coupée après trois entrées à matar et deux descabellos, le jeune torero a marqué les esprits et sera revu en début de temporada dans nos arènes.

Le deuxième est un joli novillo incertain et difficile à fixer à la cape. A la muleta, il est compliqué, charge en se défendant. La faena d’El Lauri est hachée, manque forcément de lien. De plus s’il est trop obligé, le novillo tombe. Le novillero prend le parti d’une tauromachie plus trémendiste. Il se fait accrocher et les séries finales brouillonnes terminent de décomposer le Navalrosal. La mise à mort est longue et approximative.

Le troisième est le plus bas du lot. Ses pattes courtes contrastent avec la grande silhouette longiligne de Yon Lamothe. Le landais le torée de cape en le faisant humilier. Après de bons doblones, sur la première série de muleta, le bicho chute comme il le fera chaque fois que le matador l’obligera trop. L’eral manque de race, lui aussi est juste de forces. Yon doit se bagarrer avec lui pour le faire passer. Il arrivera à force d’opiniâtreté à en tirer une bonne série, courte, à droite. Ce n’est pas la faena dont rêvait l’élève d’Adour Aficion pour son retour dans l’arène qui l’a vu débuter et triompher l’an passé. En difficulté avec le descabello, il doit se contenter de saluer au tiers. On le reverra à Rion, dimanche prochain, aux côtés de Rafaelillo, Juan Bautista et Emilio de Justo.

Le dernier est celui qui sort du toril avec le plus de gaz. Il sera le plus solide et surtout celui qui aura la charge la plus franche et la plus collaboratrice. Dans la muleta, le bicho met bien à la tête. Il part de loin et charge avec une certaine alegria. Le mexicain Miguel Aguilar construit une faena volontaire qui porte sur le public. Les séries, souvent profilées, sont appliquées mais manquent de profondeur. L’estocade, rapide d’effet, lui permet de couper deux oreilles à ce qui sera le dernier toro combattu en costume de lumières de la temporada française.


Fiche technique
Arènes de Saint Sever, novillada non piquée de la 33ème semaine taurine et culturelle
Quatre erales de Navalrosal légers, bien armés, mansos à l’exception du dernier pour :

Alejandro Mora : un avis et une oreille
El Lauri : un avis et silence
Yon Lamothe : deux avis et salut au tiers
Miguel Aguilar : deux oreilles

Se sont distingués aux banderilles Thomas Ubeda et El Santo
A l’issue du paseo a été observée à la mémoire de tous les taurins et aficionados décédés cette année dont le peintre landais Jacques Lasserre
Météo désagréable
Petite entrée *
Prix l’ACONSO partagé entre Mora et Aguilar
Prix au triomphateur : Mario Aguilar
Prix « In vino veritas » pour le meilleur torero al natural : Alejandro Mora
A l’issue de la course El San Gilen s’est coupé la coleta.

Thierry Reboul

Voir le reportage photographique : Philippe Latour