Rion-des-Landes (19/11/2017) : des arènes pleines pour la traditionnelle fiesta campera...

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©ElTico
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Dans les rituels taurins des aficionados du Sud-Ouest, il y a deux dates qui rythment le temps qui passe. Il y a celle de la renaissance en Février à Magescq et celle plus nostalgique de Rion qui marque la fin de temporada.

Avant d’hiberner et de refaire la saison dans les clubs taurins, ou plus moderne sur les réseaux sociaux, ils viennent partager un temps de convivialité avec les professionnels du monde taurin. Cette année les Peñas locales auxquelles se joint celle de Tartas, ont mis les petits plats dans les grands plats. Ils ont invité, les deux triomphateurs de la temporada, Juan Bautista et Emilio de Justo ainsi qu’un des toreros qui a marqué la saison dans notre région, Rafaelillo. Ils ont choisi pour les accompagner deux jeunes toreros Cristobal Reyes et Yon Lamothe, novilleros qui ont brillé lors des deux dernières éditions de la Féria locale.
Autre tradition, c’est la famille Jalabert qui fournit les toros et novillos.
Tradition et cartel très attrayant font que les gradins sont quasiment pleins à l’heure du début de cette matinée taurine. Il s’agit de la meilleure taquillla enregistrée en dix sept éditions.
La course a été précédée d’une remise de cadeau à Rafaelillo (affiche de l’année où il a remporté le prix des non piquées d’Août), Juan Bautista a reçu de son côté la médaille de la ville de Rion pour sa quatorzième participation à cet évènement.

Très détendu et heureux d’être là, Rafaelillo reçoit le premier par des véroniques à genoux. Le bicho prend une pique trasera sans pousser. Il est un peu juste de forces mais le torero saura exploiter son fond de noblesse. Très relâché, la main basse, le torero de Murcie enchaîne trois bonnes séries à droite. La première à gauche est accrochée, puis il prend la mesure de son opposant et la seconde est plus fluide et templée. Il réduit les terrains et lie des séries dominatrices. Le toro va à menos, mais Rafaelillo, très décontracté et très professionnel, se fait plaisir en enchaînant deux bonnes séries pour conclure sa faena Le Jalabert tombe après une entière un peu trasera.
Il n’y a pas de présidence en Fiesta Campera, ce sont donc les toreros et le public qui accordent les trophées. A l’unanimité Rafaelillo coupe les deux premières oreilles de la matinée.

Le second tape un peu fort dans un burladero à sa sortie en piste, ce qui peut expliquer sa faiblesse. Il prend une bonne pique en poussant. A la muleta, il tombe sur la première série à gauche. Avec technique, Juan Bautista le toréé par le haut avec douceur. Petit à petit, l’arlésien améliore le toro et peut enchaîner derechazos, naturelles, trinchera et changements de main templés et allurés qui sont aujourd’hui sa marque de fabrique. Comme souvent, Juan Bautista invente un toro, le dominant sans trop le contraindre. La série de naturelles finale est aussi superbe qu’inespérée au vu du comportement du toro en début de faena. Il coupe, lui aussi, deux oreilles après une entière un peu contraire et un descabello.

Emilio de Justo reçoit avec beaucoup de classe le troisième à la capote. Le bicho prend une pique en poussant. Il est bien banderillé par Rafael Gonzales. Tardo, il oblige le torero à le changer de terrain. Le protégé de Luisito construit une faena tout en finesse, élégance et sentiment malgré la tendance du Jalabert à s’échapper vers les planches. De la faena, on retiendra la superbe avant dernière naturelle de la troisième série. A la fin, le toro se serre sur le torero. A l’inverse des faenas de Dax et Villeneuve où le torero avait du s’imposer avant de toréer relâché, De Justo après un début tout en finesse, impose sa volonté et prolonge sa faena par une lidia adaptée à un animal décomposé. Emilio doit se contenter d’une seule oreille après une petite défaillance avec l’épée.

Dur challenge à relever pour les deux juniors qui doivent toréer après des toreros confirmés et au sommet de leur art. Le quatrième est un joli novillo que Cristobal Reyes accueille par des véroniques à genoux. Le Jalabert prend une bonne pique et aurait peut être du en prendre une seconde. Des trois paires de banderilles posées par le jeune andalou on retiendra les deux dernières. Le toro a de la charge mais est exigeant. Il avertit le torero très rapidement sur la corne droite. Après de bons doblones, Cristobal enchaîne trois séries intéressantes à droite et à gauche. Le toro n’est pas suffisamment dominé malgré la volonté et l’application d’un torero qui manque encore, et c’est normal de métier. Toro et faena vont à menos, le novillero étant parfois en danger. Cristobal coupe une oreille après une entière engagée mais basse et une entière concluante.

Le cinquième pousse mais passe sous le cheval. Il sera insuffisamment piqué d’autant que c’est un vrai novillo et que Yon Lamothe est encore en non piquée. Le tercio de banderilles partagé avec El Monteño est très spectaculaire. Chaque torero pose une bonne paire de banderilles avant de se faire poursuivre et bousculer aux planches comme un raseteur du Sud-Est. Le toro est compliqué  mais Yon réussit un très bon début de faena avec trois bonnes séries de derechazos. Le jeune landais est un impatient et manque encore d’expérience. Il aura du mal à prendre du recul et à s’imposer en fin de faena à un toro qui recherche les planches et qui le bousculera de façon spectaculaire. L’élève d’Adour Aficion coupe une oreille après une demie basse.

Ainsi se termine la temporada du Sud-Ouest. Pas tout à fait car comme pour les fêtes votives camarguaises une journée de revivre est organisée, le 25 novembre aux arènes de Gamarde avec une capea inter-peñas et une fiesta campera caritative.


Fiche technique :
Arènes de Rion des Landes, Fiesta Campera
Cinq toros et novillos des ganaderias Jalabert frères et du Laget pour :

Rafaelillo : deux oreilles
Juan Bautista : deux oreilles
Emilio de Justo : une oreille
Cristobal Reyes : une oreille
Yon Lamothe : une oreille

Cinq piques (cavalerie Bonijol)
Quasi lleno

Il valait mieux être au soleil qu’à l’ombre
La présentation des toreros a été précédée d’une minute d’applaudissement en mémoire de Fandiño et de membres des clubs taurins locaux récemment décédés.
Aucun commentaire sur des évènements qui auraient pu se produire avant la sortie du premier toro. Il est difficile de faire coexister dans une reseña, les mots convivialité, temple, classe, courage avec les mots idiots, imbéciles haineux et stupides...

Thierry Reboul


Voir le reportage photographique : Philippe Latour

 

Voir le reportage photographique : ElTico