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Soustons (21/04/2018) : Denis, les copains d’abord...

@Roland Costedoat
@Roland Costedoat
Pendant que certains se morfondent devant leur écran à regarder des corridas insipides à Séville, d’autres passent des moments d’amitié et de convivialité dans les arènes à Soustons. Denis Labarthe a voulu, il y a quelques années, être matador. S’il n’a pas eu la carrière dont il rêvait, il est resté torero dans l’âme et dans le cœur.

Il s’offre régulièrement des toros pour vivre sa culture et sa passion. Il la transmet aux jeunes de sa ville et pour cela a créé l’Ecole Taurine « La Marismeña » avec un groupe d’amis aussi aficionados que lui. Avec les membres de l’Ecole Taurine et avec l’aide de la Peña La Finca, il a organisé une journée taurine commencée par un becerrada avec les jeunes apprentis soustonnais et une fiesta campera où entouré de copains toreros, il a décidé de tuer ce qui sera son dernier toro. Et comme le soleil, qui est aussi un ami de Denis, nous a honorés de sa venue, tous les aficionados présents ont vécu une belle journée.

En début d’après-midi, les élèves de la Marismeña encadrés par Bastien et Cyril se sont fait plaisir en toréant des anojos et anojas de la ganaderia Grenet. Sont sortis en piste Sam, Nathan, Thomas, Simon, Elio et le benjamin de la classe Esteban. Tous se sont montrés, courageux, appliqués face à un bétail exigeant. On a pu remarquer le niveau et l’expérience de Sam, la toreria de Nathan et d’Esteban.

A 17 heures place aux grands qui ont affronté des novillos de la ganaderia camarguaise de Sainte Cécile. Très bien présentés pour une fiesta campera, les Salvador Domecq de Michel Mégias se sont prêtés au jeu et ont permis aux toreros de prendre du plaisir et de le communiquer au public qui garnissait un quart des gradins de la placita landaise.

A Soustons, il y a aussi une tradition forte de courses landaises et l’ancien champion de France des sauteurs, Dominique Larié fait lui aussi partie du cercle des amis de Denis. C’est sans hésitation qu’il a accepté de sauter les six bichos sortis en piste. Il a réalisé un saut de l’ange et cinq périlleux vrillés, le dernier exceptionnel.

Le premier novillo manque de force. Il ne met pas la tête dans la cape de Mehdi Savalli. Il prend une pique légère en poussant. Brindis à Denis, Mehdi attaque sa faena dans le terrain des planches. Le toro donne un coup de tête à la sortie de chaque passe. Il est manso, ne se livre pas à droite et met en difficulté le torero. Sur la corne gauche, il a une demi -charge et derrote à chaque passe. Il va à menos et la fin de faena manque de transmission. Mehdi le tue d’une entière en avant basse avec hémorragie. Il coupe la première oreille, de l’après-midi, accordée par un jury d’aficionados landais et basques.

Le second est un joli colorado, très bien fait. Il chahute la cape de Roman Perez et prend une pique sans pousser. Après avoir brindé lui aussi à Denis, le torero français l’entreprend par le bas. Le toro est noble et a une très bonne corne droite. Roman en profite, après un début un peu approximatif, en baissant la main, pour enchaîner de très bonnes séries de derechazos. Toro et torero vont à mas. Le bicho humilie moins à gauche. Après un final sur la bonne corne, Perez tue en deux temps et coupe deux oreilles.

Le troisième est plus bas mais tout aussi costaud que les précédents. Tardo à sa sortie en piste, il est mal piqué (une rencontre) et se retourne vite dans le capote de Marco Leal. L’arlésien partage les banderilles avec Mehdi et Baptiste Cissé pour un très bon tercio de banderilles. Brindé à tous les toreros présents, le Sainte Cécile est compliqué. Il a une charge courte et derrote. Avec une lidia autoritaire et très adaptée au contexte, Marco le double puis l’oblige par le bas sur la corne droite. Dominé par Leal, le bicho se rend et passe de mieux en mieux sur ce côté. A gauche, l’arlésien applique le même théorème pour résoudre le problème posé par le novillo et une bonne série de naturelles vient compléter les séries de derechazos du début de la faena. Une fois, le Sainte Cécile dominé, Leal peut se laisser à une tauromachie sur un terrain plus réduit. Après ce qui sera la faena la plus aboutie techniquement de l’après-midi, Marco Leal coupe deux oreilles largement méritées malgré une mise à mort un peu laborieuse.

Le quatrième est bizco et comme c’est souvent le cas, humilie bien, au capote, du côté de la corne la plus basse, en l’occurrence la droite, et ne baisse pas la tête sur l’autre.Le novillo prend deux piques sérieuses sans vraiment pousser. Denis Labarthe brinde à ceux avec qui il a créé l’Ecole Taurine de Soustons. Après une bonne série à droite, le toro fléchit et se livre moins de côté. Contrairement au capote, le Sainte Cécile est nettement meilleur, à la muleta, sur la corne gauche. Denis en profite pour enchaîner de bonnes séries de naturelles dont les dernières, très croisées, dans le terrain des planches, excellentes. Porté par le public, le soustonnais, très ému, coupe deux oreilles méritées à un novillo honoré d’une vuelta al ruedo. Officiellement c’était sa despedida, mais il ne m’étonnerait pas de le revoir un jour avec une cape, une muleta pour faire quelques passes, voire plus. Grosse ovation et beaucoup d’émotion quand Denis regagne le burladero et dans ma tête résonne le refrain des « Copains d’abord » de Georges Brassens.

Le cinquième, castaño, est gacho mais a beaucoup de trapio. Mis en suerte par Mojales Balti, il prend deux piques en mettant les reins. Ce sera le plus brave du lot. Brindé à Denis et Vincent, le novillo fait une lourde chute lors d’un premier derechazo un peu trop brusque. Le torero manque d’officio et est très contracté lors qu’il enchaîne les premiers muletazos. Il restera toujours en dessous des possibilités d’un novillo noble et encasté sauf à l’occasion de deux séries, la première à gauche, la seconde à droite. Relâché, il arrive alors à se mettre au niveau de celui qui est, pour moi, le meilleur toro du lot. Mojales coupera lui aussi deux oreilles après une entière de travers mais efficace.

Baptiste Cissé était très attendu après son triomphe de la semaine dernière à Vergèze. Il reçoit avec beaucoup d’élégance le sixième novillo gacho mais avec, lui aussi, du tamaño. Après deux piques mal placée, le tyrossais soulève l’enthousiasme sur les gradins après un très bon quite par chicuelinas. Il brinde à Denis et aux élèves de son école taurine. Le novillo est sérieux et intéressant. Le torero est lui dans un bon moment et construit une bonne faena dont le point d’orgue sera une exceptionnelle série de naturelles. Après un final par manoletinas, Baptiste s’engage pour une demie un peu basse qui sera efficace. Deux oreilles méritées sont également accordées au jeune novillero landais.

Embrassades, photo de famille, ainsi se termine une belle après-midi d’amitié et pure aficion, et une fois de plus les absents ont eu tort.

Fiche technique :
Arènes de Soustons, Fiesta Campera
6 Novillos de Sainte Cécile bien présentés et donnant du jeu pour :

Mehdi Savalli : une oreille
Roman Perez : deux oreilles
Marco Leal : deux oreilles
Denis Labarthe : deux oreilles
Molajes Balti : deux oreilles
Baptiste Cissé : deux oreilles

Vuelta al ruedo pour le quatrième
Neuf piques, cavalerie Bonijol
Un petit quart d’arène, mais peu importe la quantité, qualité et convivialité étaient présentes sur les gradins et en piste
Très beau soleil landais

Thierry Reboul

Voir le reportage photographique : Roland Costedoat