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La Brède (23/06/2018) : la classe de Daniel Luque...

©Philippe Latour
©Philippe Latour
Après la novillada de Captieux, l’Aficion gironde s’est retrouvée ce samedi à La Brède pour la traditionnelle corrida des Fêtes de la Rosière. Au programme six toros de Fuente Ymbro pour Daniel Luque, Tomas Campos et Jesus Enrique Colombo.

Très bien présentés, les quatre premiers commodes de têtes, les deux derniers bien armés, les pupilles de Ricardo Gallardo se sont surtout distingués au troisième tiers. Nobles, ils ont été peu et mal piqués et, à l’exception du premier manso, offraient des options aux toreros malgré un certain manque de forces. La vuelta accordée au troisième, monopiqué, qui avait offert ses oreilles à Colombo est à la fois généreuse et anecdotique. Des toreros on retiendra la classe de Daniel Luque face à son second toro, l’application de Tomas Campos à son premier. Le vénézuélien Colombo, encore très novillero dans l’esprit et le comportement, a surtout toréé le public face à son premier et n’a pas su profiter de l’excellente corne droite du dernier.

Le tambour major, bien présenté, éclate l’étui de sa corne en tapant contre un burladero. Bien mis en suerte par Luque, il pousse sans conviction au cheval lors d’une unique rencontre trasera. Dès la fin de ce tercio, le toro marque sa préférence pour le terrain des planches. Ce défaut s’accentue à la muleta. Totalement décasté, il faut le métier et la patience de Daniel Luque pour le garder au centre de la piste. Travail technique mais sans grand intérêt par la faute d’un Fuente Ymbro manso que Luque liquide d’une épée habile.
Le second tricote à sa sortie en piste, des deux cornes, dans le capote de Tomas Campos. Il met les reins au cheval et prend une première pique trop longue qui ne permet pas de le remettre en suerte. A droite, il a une charge courte, se retourne dès la fin de la passe et oblige le torero à reculer pour se replacer. Il est meilleure à gauche et permettra de bonnes séries sur cette corne. Après un début passe à passe, sans brusquer le bicho, Campos commence à mieux lier les passes pour des séries de naturelles élégantes qui vont à mas tant par leur réalisation que par le comportement du toro. Le torero prolonge trop une faena qui perd de l’intérêt, le Fuente Ymbro allant à menos. Une demie et un descabello puis silence (sic) après pourtant une pétition d’oreille probablement non majoritaire mais quand même conséquente.
Jesus Enrique Colombo accueille le premier par des paquirrinas. Le toro, mal lidié au premier tiers, prend un puyazo sans conviction revient seul au cheval pour un picotazo. Le toro est violent et ne semblera pas affecté par les nombreuses percussions à la Bastaraud qu’il inflige aux burladeros métalliques de la placita portative. Après un bon tercio de banderilles, le toro bouscule le puntillero de Colombo qui part à l’infirmerie avec une cheville endolorie et un choc à la cage thoracique. Le toro est violent mais à de la noblesse. Il permettait une toute autre faena que celle réalisée par le vénézuélien. Avec de la fougue et un charisme à la El Fandi, celui-ci construit une faena destinée à accrocher le public. Marginal et superficiel, il toréé sur le voyage avec plus de clinquant que de toreria. Le public se laisse prendre au jeu et arrache deux oreilles au président après une faena de pueblo. Difficile de comprendre le mouchoir bleu, le toro était très noble mais manquait de bravoure au cheval. De plus il est très difficile d’évaluer ses qualités dans un enchaînement de passes dont aucune ne le met en valeur.
Le contraste va être frappant quand Daniel Luque prendra la muleta face au quatrième. Après une monopique carioquée, le toro se rapproche des tablas. En le doublant avec autorité et beaucoup d’élégance, le torero de Gerena le ramène au centre. Après deux bonnes séries à droite, Luque prend la main gauche. La première série de naturelles est plus un réglage avant d’enchaîner deux séries alliant grande classe et domination qui seront les meilleurs moments de l’après-midi. La troisième est plus autoritaire car le torero doit obliger un toro qui se rend et raccourcit sa charge. Au tour du torero de raccourcir les distances pour une bonne série « encimiste » sur « le petit terrain ». La seconde destinée à porter sur le public est de celle dont aurait pu se passer car le toro ne charge quasiment plus et ne transmet plus d’émotion. Beaucoup d’élégance dans le final par luquesinas avant de tuer d’une entière basse et en arrière. Luque coupe deux oreilles méritées et esquisse enfin, une fois rentré dans le callejon, un léger sourire.
Le cinquième est très bien armé. Il est juste de forces et accusera le coup après une vuelta de campana juste avant un unique picotazo. Il a des mauvaises manières, accélérant dès qu’il sent l’homme à sa portée puis chargeant au pas, sans grande conviction dans la muleta de Tomas Campos. Il demande de prendre de la distance, de toréer avec autorité ce que ne fait pas le torero en début de faena, reculant à chaque série pour se replacer. Quand le toro baisse de ton, Campos reprend le dessus et commence une nouvelle faena toréant avec plus de temple un toro devenu limite soso. Fin de prestation intéressante mais qui s’éternise au-delà du nécessaire. Silence après un pinchazo, une épée basse et un descabello.
Le sixième sera le plus intéressant du lot. Bien fait, avec du bois, il est bien mis en suerte au premier tiers. On peut d’ailleurs se demander pour quelle raison, il est mieux traité que les cinq premiers. Il vient bien au cheval mais est mal piqué. Après un tercio de banderilles moyen, Colombo brinde au public. Le Fuente Ymbro est noble. Il a une très bonne corne droite et offre beaucoup de possibilités à condition de se croiser et de templer la charge. Ce que fera le torero lors de première série de derechazos avant de retomber dans les travers de sa première faena. Il passe à côté d’un bon toro avec sa tauromachie faite pour porter sur le public. Public qui se laisse moins abuser puisque le torero ne coupe qu’une oreille, malgré des bernardinas spectaculaires et une épée rapide d’effet mais basse.

C’est très légitimement que le prix Alain Briscadieu, récompensant la meilleure faena, est remis à Daniel Luque.

Fiche technique :
La Brède : corrida des Fêtes de la Rosière 2018
6 toros de Fuente Ymbro, peu piqués et donnant du jeu au troisième tiers à l’exception du premier décasté, le meilleur étant le sixième pour :

Daniel Luque : silence, deux oreilles
Tomas Campos : silence, silence
Jesus Enrique Colombo : deux oreilles, une oreille

Huit piques et picotazos
Cavalerie Bonijol
Vuelta généreuse au troisième
Le prix Alain Briscadieu pour la meilleure faena est attribué à Daniel Luque
Président : Monsieur Biecq
Trois quarts d’arène
Météo enfin estivale
A l’issue du paseo, la mémoire de l’aficionado girondin, Alain Briscadieu, récemment décédé, a été honorée par une minute d’applaudissements

Thierry Reboul

Voir le reportage photographique : Philippe Latour