Saint Sever (24/06/2018) : quatre oreilles pour Juan Bautista et pour Miguel Angel Perrera...

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©Philippe Latour
©Philippe Latour
Il y a des corridas où chacun cherche son motif de satisfaction en fonction de ce qu’il attend quand il va aux arènes. Le grand public est sorti content des arènes. Il a vu couper des oreilles. Il s’est connecté avec la tauromachie tape à l’œil de Perrera et a compris que du côté de Juan Bautista, il se passe quelque chose quand il est en piste.

Les plus aficionados, moins connectés avec le torero espagnol, auront apprécié la technique assurée et efficace du français pour gommer la faiblesse et la mansedumbre du premier et surtout pour cadrer et assujettir le cinquième manso compliqué et potentiellement dangereux. Ils auront apprécié la capacité du français à mettre de la rondeur et un certain sens artistique pour apporter à sa faena face au noble mais très soso troisième, l’émotion que le toro ne pouvait pas transmettre. Ils auront perçu cette course comme un entrainement en vue des prestations montoises et dacquoise de l’arlésien avec en particularité des enchainements de passes que nous ne lui avions jamais vu faire dans le Sud-Ouest. Ils retiendront surtout la grande estocade à recibir au troisième.
Les aficionados, en particulier les plus toristes mais pas que, ont été déçu du comportement des toros. Correctement présentés pour une arène de troisième catégorie, ils ont manqué de bravoure au cheval et leur faiblesse a accentué un manque de fond et de personnalité au troisième tiers On a eu souvent le sentiment d’assister à une seconde mi temps de match entre la France et la Nouvelle Zélande avec des toreros très nettement au dessus du niveau de jeu proposé par certains toros.
Et comme souvent la générosité présidentielle opposera les tenants de la corrida festive et ceux plus attachés, y compris dans des placitas de seconde ou troisième catégorie, à une plus grande rigueur.
J’avais à côté de moi un couple de bretons qui assistaient à leur première corrida. Ils ont aimé, applaudi, sont sortis contents et reviendront aux arènes. Après tout, c’est probablement à cela que doit servir et sert ce type de corrida.

Le premier toro a le comportement d’un Atanasio au premier tiers. Il se comporte en manso au cheval et doit être économisé car il est juste de forces. Il vient bien dans les premiers muletazos de Juan Bautista puis très rapidement marque un intérêt fort pour les tablas. Il va falloir toute la maîtrise technique du torero français pour l’obliger à rester au contact de la muleta, tout en compensant sa faiblesse. Le français y parvient tout en donnant, dans les limites du possible, un côté artistique à la faena. Il coupe la première oreille de la tarde.
Le second, un des moins armés, est noble mais juste de forces. Il prend un picotazo en arrière avant un quite par taffaleras de Perrera. Le toro est faible et vient sans poser de difficultés dans la muleta ce qui permet au torero de déployer sa tauromachie en rond et sur un terrain réduit. Dommage qu’il ait choisi de le faire en mettant de la distance entre lui et le toro et en toréant de façon marginale. Il coupe une oreille après une épée basse et rapide d’effet.
Le troisième est noble. Bien mis en suerte, il prend deux piques légères mais bien administrées. Juan Bautista le double avec efficacité et élégance. Le toro est noble, juste de forces et vire rapidement soso. Il vient bien dans la muleta mais manque d’alegria et de chispa. Le torero français, à la technique éprouvée et l’expérience certaine, n’a aucun mal à dominer et prendre le dessus sur ce type de toro. Ce qui, il y a deux ans, aurait été une faena technique, propre mais froide, prend une autre dimension avec l’évolution de la tauromachie de Juan Bautista. Il y met de l’émotion et compense par sa suavité et son attitude torera le peu de transmission de son opposant. Il coupe deux oreilles après une très belle estocade légèrement contraire portée à recibir. Le mouchoir bleu pour le toro ne s’imposait absolument pas sauf à me permettre de compléter l’apprentissage taurin de mes charmants voisins.
Le quatrième perd un sabot dès son entrée en piste. Il est remplacé par un toro de Ventana del Puerto l’autre fer des propriétaires de la ganaderia Puerto de San Lorenzo sans que soit annoncée la ganaderia d’origine du sobrero. Si on peut admettre qu’une telle annonce n’est pas nécessaire quand les deux fers d’un même propriétaire sont de même encaste, elle est nécessaire quand les deux ganaderias proviennent d’encastes aussi différentes, dans le cas qui nous intéresse, que Atanasio Fernandez et Aldanueva.
Le sobrero, léger et cornicorto, est peu piqué car il est juste de forces. A la muleta, il est noble, limite soso et ne pose pas de problèmes majeurs. Après un début par redondos de rodillas puis cambiadas, Perrera fait du Perrera, profitant de la noblesse du toro avec les mêmes artifices qu’au premier. Il termine en réduisant les terrains car la charge du bicho se raccourcit assez rapidement. Le torero de Badajoz coupe une oreille après une épée basse et trasera.
Le cinquième a un pur comportement d’Atanasio. Il sort seul d’une première rencontre avec la cavalerie puis prend un second puyazo en poussant. A la muleta, il se défend avec une certaine violence. Avec beaucoup de métier, Juan Bautista impose ses règles à un toro manso, compliqué et dangereux. Il finit par lui tirer toutes les passes possibles, avec nécessairement plus d’efficacité que d’expression artistique, avant de tuer d’un « gros coup d’épée » et de couper une nouvelle oreille.
Le dernier, lui aussi du Ventana del Puerto, a le type et le comportement Aldanueva. Il prend en venant de loin mais sans pousser un picotazo. Perrera commence sa faena par des molinetes de rodillas avant d’enchaîner des derechazos. Dès les premiers muletazos, le toro indique sa volonté de partir dans les planches. Au contraire de Bautista au premier, l’espagnol n’insiste pas et laisse filer le toro dans le terrain des tablass devant le toril et le patio de caballos. Il continue sa faena dans cette zone, gardant la tête dans sa muleta ou donnant la sortie dans les planches. Il met une forte pression sur le toro qui finit pas se rendre et permet au torero d’enchaîner ses muletazos. Sa faena essentiellement spectaculaire accroche le public ce qui permet à Perrera de couper deux oreilles après une épée basse et surtout habile et efficace.

Les deux toreros sortent à hombros accompagnés (et cela ne s’imposait pas) du mayoral.

Fiche technique :
Arènes de Saint Sever : corrida des Fêtes de la Saint Jean
Quatre toros du Puerto de San Lorenzo et deux du Ventana del Puerto (4ème bis et 6ème) pour :

Juan Bautista : un avis et une oreille, deux oreilles, une oreille
Miguel Angel Perrera : une oreille, une oreille, deux oreilles

Huit piques, cavalerie Bonijol
Vuelta généreuse au troisième toro
Sobresaliente : Jérémy Banti
Président : Miguel Telleria
7/10ème d’arène
Température estivale

Thierry Reboul

Voir le reportage photographique : Philippe Latour