• 1

Boujan (01/07/2018 - tarde) : Le courage de Maxime et la toreria de Cristobal...

©ElTico
©ElTico
Après une novillada de Hoyo de la Gitana plutôt décevante les organisateurs de Boujan comptaient sur le lot de Raso de Portillo pour finir l’édition 2018 de leur Féria sur une note positive. Sans être d’un grand niveau, la novillada de ce dimanche a compté quelques moments intéressants ou porteurs d’émotion avec un Alejandro Firmin qui a un certain potentiel, un Cristobal Reyes qui s’est mis à la hauteur du meilleur toro du lot et un Maxime Solera qui a toréé cet après-midi contre l’avis des médecins.

On peut se poser la question de savoir s’il était raisonnable que le novillero français fasse le paseo cette après-midi à Boujan. Sévèrement secoué, samedi, par un Hoyo de la Gitana, il pouvait justifier par au moins cinq motifs recevables sa décision de déclarer forfait. On sait que les toreros sont des individus à part, mais Maxime, handicapé par de multiples lésions pouvait se mettre en danger à tous moments et il courrait le risque en cas d’aggravation d’une de ces lésions de compromettre la suite de sa saison ou même de sa carrière. D’autant que les Raso de Portillo ont la réputation d’être très exigeants et complexes pour les toreros qui doivent les affronter.
Très bien présentés, les novillos de Raso de Portillo ont manqué de fond. Ils sont allés en général trois fois au cheval mais, à l’exception du cinquième, sans vraiment s’investir. A la muleta, ils n’ont pas duré, à l’exception du dernier, et les novilleros ont commis l’erreur de prolonger les faenas au-delà de ce que ce type de bétail est en capacité de supporter.

Le premier prend trois piques, la première carioquée, et ne pousse qu’à la dernière. Alejandro Firmin le brinde à Thomas Cerqueira. A la muleta, l’utrero est tardo. Après une série de doblones, il a tendance à rester près de planches. Le novillero en tirera six séries, le plus souvent sans lier les passes. Si à droite, le toro vient bien, il est moins clair à gauche. Le toro ne transmet pas d’émotion et la tentative de redonner du relief en raccourcissant les terrains laisse de marbre le public. Silence pour le torero après une demie en avant.

Maxime Solera traine la jambe quand il sort du burladero pour accueillir le second, plus costaud que le premier mais avec une tête commode. Le fosséen fait l’effort pour que le Raso soit correctement piqué. L’utrero prend un bon premier puyazo en poussant. Les deux autres rencontres son plus légères. Le public invite Casanova de la cuadrilla de Solera à saluer après un bon second tercio. Maxime brinde lui aussi sa faena au matador biterrois qui poursuit toujours sa convalescence. Sa faena va alterner de bonne séries à droites avec de séries où le novillo prend le commandement d’autant que novillero a du mal à marcher ou à reculer voire céder face à un novillos exigeant. A gauche le bicho est moins clair, le torero reprend la main droite, mais le Raso est allé à menos. Particularité du fosséen, il est gaucher et tue maintenant avec cette main. Il coupe une oreille, récompense du courage, après un pinchazo et une bonne entière.

Le troisième est un Quinion, second fer de Raso de Portillo. Comme celui sorti à Vic, il manque de fond et de caste. Il prend trois puyazos sans grand style les deux premiers et en poussant le dernier. Après un début brouillon, Cristobal Reyes s’applique à tirer des muletazos à un toro qui ne transmet que peu d’émotion. Le torero est invité à saluer après avoir tué d’une entière un peu basse portée avec engagement.

Le quatrième est le plus léger du lot. Bien mis en suerte il prend deux puyazos sans pousser. Firmin profite de sa noblesse et construit une faena complète mais qui manque d’émotion par la faute du novillo. Commencée par une cambiada au cours de laquelle le novillero est sévèrement bousculé, elle se continue par trois bonnes séries à droite puis une à gauche avant d’aller à menos, le toro se décomposant et le torero prolongeant la faena au-delà du nécessaire par des redondos sans grande transmission.

Le cinquième est superbement présenté. Il prend avec bravoure et en poussant trois bons puyazos (piquero applaudi). Au début de la faena, le toro vient bien dans la muleta, puis baisse de ton. A ce moment, il lui faut une muleta autoritaire pour l’obliger. Solera, de plus en plus marqué, ne peut pas provoquer et entretenir la charge d’un novillo exigeant et tardo. La faena va à menos. A l’épée, le novillero est dans l’incapacité physique de tuer. Il fait des tentatives à recibir pour ne pas être obligé d’aller vers le toro pour une estocade plus classique. Maxime réussit à le descabeller après avoir entendu deux avis et le public de se poser la question « était-il raisonnable de laisser Solera toréer ? ».

Le sixième sort du toril avec beaucoup de peps. Il est plus manso con casta que brave au cheval. Il prend quatre piques, correcte la première, sortant seul des deux suivantes, la dernière étant un picotazo. Le toro est noble et va permettre à Cristobal Reyes de faire une démonstration de sa toreria. Le novillero enchaîne de bonnes séries des deux mains, toréant avec finesse et élégance. Il y a encore quelques scories, mais que de progrès depuis la dernière apparition de ce torero en France à Rion des Landes. Cristobal tue d’un recibir sur une arrancade du toro. Il coupe une oreille largement méritée, comme il mérite d’être revu dans nos arènes. De là à inviter mayoral et piquero à l’accompagner dans sa vuelta, on mettra cette exagération sous le coup de l’euphorie et à la libération du stress accumulé par un torero qui jouait gros cette après-midi à Boujan. Je ne sais pas sur quel compte mettre la vuelta généreuse accordée au toro.

Fiche technique
Arènes de Boujan ; dernière novillada de la Féria 2018
Cinq utreros de Raso de Portillo et un de Quinion (3) pour :

Alejandro Firmin : un avis et silence, un avis et silence
Maxime Solera : un avis et une oreille, deux avis et silence
Cristobal Reyes : un avis et salut, une oreille

Salut de Casanova au second
Vuelta au sixième novillo
Le prix de la meilleure faena qui aurait du revenir à Cristobal Reyes est attribué à Maxime Solera
Dix huit piques, cavalerie Bonijol
Président Laurent Burgoa
Deux tiers d’arènes
Grand soleil

Thierry Reboul

Voir le reportage photographique : ElTico