Eauze (08/07/2018 - tarde) : il y avait la musique, les toreros mais pas les toros...

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©Christian Sirvins
©Christian Sirvins
Quels que soient les aménagements, fioritures ou innovations apportés dans le déroulement d’une corrida, elle ne peut être une réussite que s’il y a des toros à la hauteur des attentes des aficionados. Les organisateurs d’Eauze avaient choisi d’apporter une note musicale lyrique à leur traditionnelle corrida.

L’ex rugbyman et baryton Omar Hassan accompagné par les Armagnacs est intervenu lors du paséo, de la seconde prestation de Cartagena, de la vuelta de Luis David et à la fin de la course. Soit le garçon a une joli voix mais ce type d’animation nécessite qu’il se passe quelque chose d’émouvant ou « d’émotionnant « en piste. Or il ne s’est pas passé grand-chose cette après midi à Eauze. Le summum de l’incongruité a été atteint lors du second passage de Cartagena. La prestation du chanteur toulousain a obligé le cavalier à poursuivre sa faena alors que le toro complètement arrêté après la première banderille ne demandait qu’à être tué.
Bien sûr la musique n’est pas responsable de l’échec de cette corrida. La responsabilité en incombe à 100% à un bétail faible et manquant de race que ce soit pour le cavalier ou pour les toreros à pied.

Andy Cartagena reçoit en première position, un novillo de Gallon, bien présenté. Le bicho est soso et suit le cheval au pas et sans accélérer. Après avoir posé un seul rejon de castigo, le cavalier pose cinq banderilles, trois courtes et une paire à deux mains. Le travail est bien fait mais le toro ne transmet pas d’émotion. Cartagena, comme à son habitude, chauffe le public en montrant ses qualités de cavalier et le dressage de ses chevaux entre deux poses. Cela aurait pu fonctionner mais la mise à mort est longuette et le centaure doit mettre pied à terre pour descabeller.

Le second est un toro de la Desehilla correctement présenté qui met la tête dans la cape de Juan Bautista mais a tendance à s’échapper de la passe. Il prend deux piques, sortant seul de la première et poussant à la seconde. Jean Baptiste le double puis entreprend de le toréer sur la corne droite. A la muleta, le bicho manque de charge, manque de charge compensé (ou masqué) par le technique du torero français. A la cinquième série, le toro part dans les planches où avec son métier, le torero tire quelques muletazos avant que le « La Dehesilla » ne soit totalement décomposé. L’arlésien le tue d’une entière basse après un pinchazo.

Le troisième fait une sortie fracassante et remate avec violence un burladero. Il prend une seule pique en poussant dont il sort marquer physiquement. Luis David commence son ouvrage et dès la deuxième série, le toro se couche au centre de la piste. Il ne relève pas et doit être puntillé sans qu’il y ait eu de faena.

Andy Cartagena pose au quatrième, un rejon de castigo bas. Le Gallon, tardo dès sa sortie, va s’immobiliser dès la première paire de banderilles (conséquence du rejon bas ?). Omar Hassan commence son tour de chant. Le cavalier pose des banderilles à un toro immobile qui ne charge plus. Pour occuper le temps et faire le spectacle, il fait une démonstration de dressage alors que le toro est quasi mort debout avant d’avoir été estoqué. Une partie du public s’impatiente, le Gallon finit par tomber après un rejon de muerte en place. Le cavalier salue et le toro est sifflé à l’arrastre.

Juan Bautista accueille le cinquième par des paquirrinas. Le toro prend une seule pique en s’endormant sous le fer. Dès les premiers muletazos, il montre son manque de race. Le torero arlésien essaie d’en tirer quelque chose, enchaîne une bonne série à droite. Le toro se laisse faire sans beaucoup s’investir dans la relation. A la quatrième série, il commence à se décomposer. L’arlésien n’insiste pas et tue, après un pinchazo, d’une entière basse qui nécessite l’usage du descabello. Silence pour le torero et sifflets pour le toro.

Le dernier a un plus de peps que ses congénères. Bien piqué, il prend un très bon premier puyazo en poussant et sort seul de la seconde rencontre. Au troisième tiers, il a gardé de l’énergie et permet à Luis David un bon début de faena à droite. C’est plus compliqué à gauche et le torero recule à chaque passe. La fin de faena est brouillonne. Le mexicain toréé sur le pico, est souvent fuera de cacho. Il fait ce qu’il faut pour que l’ensemble porte sur le public. Le second des Adame tue d’une entière basse et coupe la seule oreille de la tarde. Il reçoit le trophée mis en jeu lors de cette corrida.

Le public reste sur les gradins après le départ des toreros non pas pour refaire un course qui a marqué les esprits mais pour écouter un mini récital d’Omar Hassan. Sic transit gloria mundi.


Fiche technique
Arènes d’Eauze : corrida de la Féria 2018
Deux reses des frères Gallon, soso le premier, très rapidement éteint le second (sifflets au second) pour :

Andy Cartagena : silence, salut
Quatre toros de La Dehesilla manquant de race (sifflets au second de Bautista), le premier d’Adame puntillé sans être estoqué, pour
Juan Bautista : silence, silence
Luis David : silence, deux avis et une oreille

Six piques, cavalerie Philippe Heyral
Accompagnement musical par le baryton Omar Hassan
Président : Jean Michel Lattes
Demi-arène concentrée à l’ombre
Soleil et chaleur d’été

Thierry Reboul