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Mont de Marsan (18/07/2018) : une histoire d’estocades...

©Roland Costedoat
©Roland Costedoat
Début en demi-teinte pour ces Fêtes de la Madeleine avec une première corrida qui a connu plus de bas que de haut. Très inégaux de présentation, les toros de Garcigrande et Domingo Hernandez ont manqué de fond et de race. Ils ont été très discrets au cheval, s’employant parfois à la première rencontre, les secondes étant de simples formalités. C’est la technique des toreros qui leur a permis de faire illusion aux troisième tiers avant de baisser de ton en fin de faena.

Plus que de cape, cette corrida a été une affaire d’épées. Juan Bautista auteur d’un recibir engagé (bien que légèrement bas) au second et d’un grand volapié au quatrième, a été le meilleur dans cet exercice. El Juli s’est mis le public à dos avec une vilaine entrée à matar au premier et une kyrielle de pinchazos aussi peu engagés au troisième avant de mal descabeller.

A un premier toro qui manquait d’alegria et de longueur de charge, El Juli construit une faena fade et marginale à droite. A gauche, le toro n’offre que très peu d’options. La faena ne décolle pas vraiment et va à menos. La mise à mort approximative vaut au torero un mélange de palmas et de pitos quand il rejoint le callejon.
Son second manque de force et charge sans grande motivation. Comme à son premier El Juli toréé en dilettante sans se croiser. Face à un toro qui manque de motivation la faena va très rapidement à menos. La mise à mort très laborieuse accentue le désamour entre le public et le torero. Ce sont les sifflets qui raccompagnent El Juli au burladero.
Son troisième se blesse à un sabot à la fin du tercio de piques, il est remplacé par un exemplaire du même fer. Le toro est abanto, difficile à fixer. Il ne s’investit pas au cheval. A la muleta, il manque de race. Quand le torero entame sa faena, il est chahuté par une partie du public. Vexé, le madrilène sortira le grand jeu faisant la démonstration de ce qu’il était techniquement capable de faire. Toréant en se croisant, à la bonne distance, il a pesé et dominé son adversaire avec classe. Nous avons assisté à une très belle leçon de tauromachie donnée par un super technicien et conclue avec plus d’efficacité, et un peu plus de sincérité, à la mort. Dommage que la banda se soit mise à jouer trop vite à l’arrastre privant le torero d’un salut mérité.

Si le lien entre le Juli et le Plumaçon s’est distendu, celui entre Juan Bautista et le public montois s’est renforcé en particulier après sa prestation à son premier adversaire. Abanto, pas très clair en sortant en piste, le Domingo Hernandez prend deux piques sans s’investir. Après les banderilles, il est fuyard, gazapon. L’arlésien prend les affaires en main et avec un mélange d’autorité et d’élégance, il le conduit au centre de la piste. Avec beaucoup de poder, il oblige le toro à s’investir à droite et il le fait aller à mas sur cette corne. Après avoir inventé le toro sur ce côté, il peut enchaîner de bonnes séries de derechazos. A gauche, le toro manque de charge. Juan Bautista revient plus tard sur cette corne et en utilisant le vuelo tire des naturelles inespérées au vu de la première tentative sur cette corne. Il coupe une oreille méritée et fêtée après un recibir engagé qui résulte légèrement tombé.
Son second est manso. Il manque de noblesse et de fond. Avec la technique qu’on lui connaît, l’arlésien lui arrache passe à passe des muletazos méritoires sur les deux cornes. Le choix musical de l’Orchestre Montois, qui aura droit lui aussi à ses pitos et palmas, a cassé l’ambiance studieuse et respectueuse qui aurait convenue à cette faena qui est de celles qui se regardent et s’apprécient sans musique. Jean Baptiste salue après une très belle estocade à volapié.
On dira du dernier, bien piqué par Alberto Sandoval, qu’il a manqué de classe. Il avait la charge désordonnée d’un eral, liée probablement à un problème à un sabot. Il suivait la muleta en sautillant. Juan Bautista n’a eu aucun problème pour le dominer mais difficile de donner de l’émotion face à un adversaire dont la charge est si peu esthétique.
A noter que seul le torero français a joué le jeu du mano à mano en faisant un quite à chacun des deux premiers toros du Juli.


Fiche technique :
Arènes de Mont de Marsan : Première corrida des Fêtes de la Madeleine 2018
Six toros de Garcigrande (1 et 3) et Domingo Hernandez (2, 4, 5bis et 6) inégaux de présentation et manquant de fond pour :

El Juli : divisions d’opinons, un avis et sifflets, un avis et silence
Juan Bautista : une oreille, salut au tiers, un avis et silence

Salut de Mathieu Guillon après avoir banderillé le second
Sobresaliente : Jérémy Banti
Douze piques, cuadra Bonijol
Président Jacques Grué
Temps lourd sans être menaçant
Plus de 9/10èmes d’arène

Thierry Reboul