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Aignan (21/04/2019 – tarde) : Alberto Lamelas sort à hombros à l’issue d’une corrida décevante…

©Philippe Latour
©Philippe Latour
De cette édition 2019 de la corrida d’Aignan, on retiendra qu’il a fait froid et qu’elle a été longue et souvent ennuyeuse. La faute, principalement, à un lot de toros de Lora Sangran (origine Benitez Cubero) bien présentés et armés mais manquant de fond et pour au moins trois d’entre eux de race.

Face à eux, Domingo Lopez Chaves, très bon chef de lidia, a fait montre de sa technique habituelle mais n’a pas réussi à se connecter avec le public avant de faillir avec l’épée en particulier à son second. Octavio Chacon n’a pas forcé son talent face à des toros sosos et manquant de transmission. Alberto Lamelas a profité de sa quote d’amour auprès du public du Sud-Ouest pour couper deux oreilles (la seconde très généreuse) à l’issue d’une faena superficielle et trémendiste conclue par un bon coup d’épée. A noter que les toreros ont été gênés par le vent.
C’est devant des gradins remplis à peine au 3/5èmes et sous un ciel gris et menaçant que sort le premier Lora Sangran. Bien fait et armé, il a du mal à se fixer à sa sortie en piste et freine dans le capote de Domingo Lopez Chaves. Il prend une première pique trasera et un second puyazo mieux placé en se défendant sous le fer. Au troisième tiers, il est tardo, s’arrête à mi passe et se défend dans la muleta. Le bicho manque de race et Lopez Chaves doit utiliser toutes ses ressources techniques pour arriver à tirer les quelques muletazos que permet l’animal. Domingo se croise, change de terrain pour péguer quelques derechazos ou naturelles méritoires. Le travail du torero est techniquement intéressant. L’émotion vient uniquement du danger généré par la mansedumbre et les hachazos du toro. Le torero de Ledesma salue après ¾ de lame contraire mais efficace.
Le second abanto à sa sorti en piste finit par se fixer. Bien piqué, il prend deux piques sans pousser et sortant seul de la seconde. Le toro est distrait et a une charge courte. Il suit la muleta sans énergie et ne transmet aucune émotion. Octavio Chacon en tire quelques bons derechazos au milieu de passes où toro et torero ne s’investissent pas. Le bicho baisse de ton, se rapproche des planches. Le final trémendiste dans les tablas porte sur le public qui obtient (la pétition est majoritaire) une oreille après un pinchazo et une entière en avant et basse.
Le troisième est bien reçu à la cape par un Alberto Lamelas qui tient à prouver aux gersois qu’il aurait pu intégrer les cartels de la Féria de Vic. Le toro est manso. Tardo il prend deux piques sans grand style et surtout sans pousser. On peut se demander quel est l’intérêt de placer au-delà du milieu de la piste pour une seconde rencontre un animal qui a montré son absence de bravoure à la première. Comme à l’accoutumée, Alberto Lamelas a construit une faena vaillante, courageuse mais brouillonne et techniquement insuffisante pour corriger les défauts d’un toro à la charge courte et manquant de race. Le torero use et parfois abuse d’une tauromachie trémendiste qui porte plus sur un public acquis à sa cause que sur le toro. On retiendra au long d’une faena trop longue quelques bons muletazos en milieu de chacune des séries. Pour le reste des passes, elles sont souvent accrochées, marginales et souvent tronquées du troisième temps. Mais le public, qui a pris fait et cause pour le sympathique madrilène, réclame et obtient deux oreilles (la seconde très et trop généreuse) après une bonne estocade entière et rapide d’effet.
Le quatrième reçu avec efficacité à la cape par Lopez Chaves est juste de force et prend deux piques légères. Il a une charge courte et désordonnée. A droite, le torero se croise et enchaine de bons derechazos plus efficaces que générateurs d’émotion. A gauche, le toro passe mieux et le torero de Ledesma le toréé sur le voyage. Le bicho manque de transmission et la faena manque de relief et d’émotion malgré un final plus trémendiste. Le public reste froid d’autant que le torero ne s’engage pas au moment de tuer et que la demie prudente est à limite du golletazo. Visiblement déçu, Lopez Chaves salue au tiers à la demande d’une partie du public.
Le cinquième est distrait et fuyard. Très mal piqué, il prend deux puyazos dont un dans l’épaule .A la muleta, il est soso. Il manque de fond et de chispa et devient très rapidement insipide. Octavio Chacon, peu motivé, le toréé de façon marginale, sur le pico et abusant en fin de faena d’artifices pueblerinos qui ne portent même pas sur le public. Silence après une entière basse.
Le sixième est le plus lourd mais aussi le plus décasté du lot. Il se couche tel un charolais au milieu de la piste avant même d’être piqué. Au premier tiers, il est aux abonnés absents et prend un picotazo sans style ni conviction. Il n’a pas de charge et Alberto Lamelas ne peut en tirer que des moitiés de passes. Le public qui a froid et commence à avoir envie de quitter les gradins le pousse à conclure une faena dénuée d’intérêt. Silence après une mise à mort laborieuse.
Corrida globalement décevante au plan artistique mais aussi au plan fréquentation, surtout compte tenu de l’investissement des organisateurs qui voient leurs efforts pour maintenir une corrida à Aignan et surtout les risques pris en sortant des sentiers battus (et des cartels, hommes et bétail, vus et revus ) bien mal récompensés. Espérons qu’ils pourront nous offrir un desquite lors des Fêtes de Pâques 2020, c’est tout le bien que nous leur souhaitons.

Fiche technique : Arènes d’Aignan, corrida des Fêtes de Pâques
Six toros de Lora Sangran bien présentés et armés mais manquant de fond et de race pour
Domingo Lopez Chaves : salut au tiers, salut au tiers
Octavio Chacon : une oreille, silence
Alberto Lamelas : deux oreilles, un avis et silence
Onze piques
Cavalerie Bonijol
Président : Guy Tanguy
Moins de 3/5èmes d’arènes
Ciel gris, vent gênant pour les toreros et froidure automnale pour les spectateurs

Thierry Reboul

Voir le reportage photographique : Philippe Latour