Alès (01/06/2019) : Une oreille sur le fil pour Alberto Lamelas...

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Le desafío ganadero qui constituait l'affiche de la première corrida de toros de cette Feria de l'Ascension à Alès, avait attiré beaucoup de monde sur les tendidos sous un soleil estival. Ce qui n'est pas la pire des nouvelles.

Au menu, trois toros de "Concha Y Sierra" et trois du "Marquis d'Albasserada", tous supérieurement présentés, qui ont donné un jeu varié et se sont montrés intéressants à divers degrés pour que la tarde, longue de plus de deux heures et demie, ne parraisse pas aussi longue que le résultat statistique pourrait le laisser penser. En effet, on sait que dans ce genre d'exercice, la frontière est fine entre une corrida réussie et une "purge", sans parler des corridas triomphales qui sont, elles, très, très rares. Dans le cas d'espèce, on peut parler d'une corrida à demie-réussie, avec notamment quelques tiers de pique souvent émotionnants et des faenas intenses, à défaut d'être toujours abouties... Le public cévenol a rapidement pris le parti des toros, ce qui est légitime en terres "toristas", mais a cependant parfois été injuste avec les hommes chargés de les combattre. Car il fallait quand même beaucoup de courage et d'abnégation aujourd'hui dans le ruedo du temperas, pour se mettre entre les cornes. Le triomphateur du jour aura été en toute logique le plus rompu à ce genre de confrontation. Alberto Lamelas aurait même pu sortir a hombros sans une épée très basse venue conclure son premier combat, l'assistance demandant avec force, mais sans l'obtenir, un trophée qui lui semblait tout acquis.

Laurent Deloye ElTico


La chronique d'Alexandre Guglielmet :

Marc Serrano salua un bel exemplaire melocoton de Concha y Sierra par des veroniques de bonne facture. Face au groupe équestre, le bicho mit du temps à démarrer sur deux rencontres mais se montra brave sous le fer, poussant avec force et décision la monture, notamment sur la pique initiale. Chaleureux brindis du français à Manolo Vanegas. Face à un animal réfléchissant beaucoup et montrant une violence prononcée lors des échanges, Marc Serrano tenta sur les deux bords en vain. Mort longue en quatre temps, le toro se relevant par deux fois en voyant le puntillero arriver et se laissant peu faire lors du passage au descabello. Silence.

Très belle réception de Francisco José Palazon par veroniques templées, suivies de chicuelinas main très basse. Face à la cavalerie, ce Concha y Sierra prit deux rations de fer, la première trop appuyée, avant de voir Alberto Lamelas réaliser un quite alluré par chicuelinas. Entame de faena très a gusto, rematée par un joli changement de main après avoir brindé au public cévenol. Lors de ce dernier tercio, l'alicantin tira le maximum d'un exemplaire à demie-charge, allant rapidement s'éteindre au fil des minutes. Faena appliquée sur les deux rives de l'espagnol, gratifiant les tendidos de plusieurs passages très élégants mais le labeur ne put prendre son envol, faute de matière première. Entière concluante après pinchazo. Applaudissements.

Alberto Lamelas montra de l'envie en saluant son Concha y Sierra par larga de rodillas. L'astado, applaudi à son entrée en piste, se révéla réservé et violent lors des capotazos suivants. Au tiers de piques, le bicho reçut trois puyas sans grand éclat, faisant tinter les étriers. Brindis émouvant d'Alberto Lamelas à son compañero du jour, Francisco José Palazon. A la muleta, le pupille de Jean Luc Couturier posa son lot de complications. Sous les conseils avisés de Tomas Campuzano, Lamelas édita une prestation engagée et poderosa, prenant le dessus sur son opposant au fil des tandas. Il connut les meilleurs moments sur bâbord, sortant de son voile deux séries en volupté et en poder. Final par manoletinas vaillantes enchaînées par une épée très basse, lui ôtant à coup sûr un trophée. Ovation avec Salut.

Le quatrième fut un toro du Marquis d'Albaserrada très sérieux de présentation, que Marc Serrano accueillit par veroniques plaisantes. Lors du premier tiers, le toro envoya la monture de Gabin Rehabi par deux fois au tapis, Jean Loup Aillet s'occupant de donner une dernière ration, légitimement chargée et parfaitement donnée, sur le cheval de réserve. Face à ce toro compliqué et réfléchi, le Nîmois ne parvint à construire de faena. Mort par demie-lame. Silence.

Le cinquième de la tarde fut un toro au berceau impressionnant. Sur la rencontre initiale face au lancier, le Marquis d'Albaserrada fit preuve d'une belle puissance, faisant chuter le groupe équestre. La seconde pique fit monter la température sur les tendidos, l'astado poussant le cheval avec bravoure sur une vingtaine de mètres, sous une belle ovation. La troisième, prise de loin, fut plus courte mais également intéressante. Salut légitime du picador après ce très beau tercio de piques, qui reçut, quelques instants plus tard, le brindis de son matador. Accusant le coup après ce tercio de varas important, l'animal se montra sur la défensive et sans grande charge. Palazon fit le métier, éditant une prestation méritoire sur les deux pitons, sans que le tout ne puisse prendre de l'ampleur, faute d'adversaire. Mort en six temps. Silence.

Lamelas salua le dernier de la tarde par un enchaînement plaisant de veroniques avant de le faire châtier par deux fois. Devant un exemplaire compliqué et violent, mais plus mobile que ses frères, le torero de Jaen mit le bleu de chauffe et livra sous les airs musicaux un trasteo convaincant, impactant ainsi sur le public. Il tua par une lame un poil de côté mais très efficace. Oreille.

Alexandre Guglielmet


Arènes du Temperas à Alès (30)
Samedi 1er juin à 17h
3 toros de Concha y Sierra (1, 2, 3) et 3 du Marquis d' Albaserrada (4, 5, 6) , tous très bien présentés.
Poids : 515 , 500 , 481 , 550 , 580 , 520.
Temps estival
4/5 de plaza.
Durée : 2h40

Marc Serrano : Silence après avis/Silence
Francisco José Palazon : Applaudissements après avis/ Silence après avis
Alberto Lamelas : Ovation avec Salut/Oreille

Le picador Alberto Parton a été ovationné au cinquième.

 

Voir le reportage photographique : ElTico