Vic (09/06/2019 - matinale) : Quand Lopez Chavès et Tito Sandoval rencontrent un La Quinta de bonne lignée...

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©Matthieu Saubion
©Matthieu Saubion
La concours de Vic est le moment fort de la Féria de la cité gersoise. Même si la course (près de trois heures) est allée à menos, elle a été intéressante. Côté présentation, rien à redire, tous les toros ont été applaudis à leur entrée en piste.

Il y avait du trapio et surtout des armures développées et astifinas. On peut juste évoquer un excès de poids chez le La Quinta et une présentation hors du type du Flor de Jara.  

Pour ce qui est des premiers tiers, le décompte  vingt  piques  ou rencontres, quatre chutes masquent  un déficit de bravoure chez certains toros et une maladresse « regrettable » et parfois coupable de certains piqueros. Heureusement Tito Sandoval, exceptionnel face au La Quinta. A la muleta sont ressortis les toros de Buendia, Pablo Romero et Los Maños. Domingo Lopez Chaves a prouvé une fois de plus qu’il est un grand lidiador, Alberto Lamelas a tiré le lot le plus homogène et noble. Rafaelillo n’a pas convaincu.

Le premier Soriano, ganaderia Saltillo, bien fait charge avec le frein à main enclenché dès sa sortie en piste. Il prend un premier puyazo trasero, pousse et fait tomber le groupe équestre. Il se défend lors des trois rencontres suivantes moitié parce qu’il est mansote, moitié parce qu’il est très mal piqué. Le piquero est copieusement sifflé. Très mal banderillé, le Saltillo arrive à la muleta avec une charge  courte. Rafaelillo construit une faena à la voix et marginale face à un toro qui va à menos.  Silence après trois pinchazos et une entière basse et habile.

Comme en 2018, la rencontre entre le toro de La Quinta (Matablanca) et Domingo Lopez Chavès a été le meilleur moment de cette matinée. Le toro embiste mais est difficile à fixer pour la première pique. Le tercio de piques sera exceptionnel grâce au professionnalisme de Domingo Lopez Chavès et le talent de Tito Sandoval  Trois puyazos « vrais », bien mis en suerte, tenus de main de maître par le piquero, deux chutes énormes et un public debout quand Sandoval regagne le patio de caballos. On est vraiment à Vic. A la muleta, le toro est très noble mais manque d’alegria (excès de poids ?). Sur la première série, il serre le torero. Avec beaucoup de technique, Chaves trouve le bon sitio et tire des derechazos templés isolés puis liés avec profondeur. Le toro va à mas sur la corne droite. A gauche, il a beaucoup moins de charge. Retour à droite pour deux très belles séries avec douceur et dominio avant de s’engager pour une entière portée avec sincérité. Une oreille vient récompenser un torero qui s’impose comme le spécialiste des corridas concours. La vuelta au toro peut paraître justifiée au vu du premier tiers, moins si on tient compte  de son absence de charge à gauche. Tito Sandoval a été appelé à saluer lors de sa vuelta par son torero.

Le troisième est un joli exemplaire de Partido de Resina (Excita do). Astifino, il sort et gardera la tête haute tout au long de la lidia. Oubliant que l’on est en corrida concours Alberto Lamelas le reçoit par des largas de rodillas avant de fixer un toro qui est suelto. Bien mis en suerte, il prend une première pique bien placée sans pousser comme il le fera à la seconde. Il sort seul à la troisième ce qui confirme son manque de bravoure. Lamelas qui a un fort lien avec les aficionados vicois brinde son toro au public.  Il cite le bicho de loin et toréé à mi hauteur lors de la première série.  Le toro est noble  et permet  au madrilène  d’enchaîner deux bons derechazos lors de la seconde. Le milieu de faena est d’un bon niveau mais manque de transmission, le toro devenant soso. Le torero s’applique et lie une très belle série de la droite, la meilleure de la faena, avant de conclure par un pinchazo, une entière basse et trois descabellos. Les aciers le privent d’une oreille et il doit se contenter d’une vuelta.

Le quatrième est un joli colorado de la ganaderia française Pagès Mailhan (Judio). Rafaelillo l’accueille lui aussi par une larga de rodillas. Le toro est faible et perdra ses appuis à plusieurs reprises. Mal piqué, il prend trois puyazos sans pousser.  Le torero brinde au public.  Le bicho est noble mais trop juste de forces, il a une charge courte. Rafaelillo ne fait pas l’effort nécessaire pour le soutenir et abrège très rapidement d’une entière basse et habile.

Le cinquième(Corchaîto)  est un Flor de Jara fuera de typo. Grand, costaud et noir il ne ressemble pas au toro habituel produit par cet élevage. Il pousse avec force à la première pique et provoque la chute du groupe équestre. Il sort seul de la seconde et ne pousse pas lors de la troisième très trasera (le picador est sifflé quand il quitte le ruedo). A la muleta, il est tardo et mollasson. Lopez Chavès l’entreprend à droite avec beaucoup de douceur car le bicho est juste de forces. Il fait l’effort de le toréer des deux côtés. C’est très professionnel et bien fait mais cela manque de transmission,  le toro virant soso. Chavès conclue cette  faena, beaucoup trop longue, par une entière tendida qui sera efficace, silence.

Le sixième est un Los Maños  (Joterito)  parfaitement dans le type de la ganaderia et particulièrement bien armé.  Il sera difficile à juger au premier tiers car il est mal lidié par un Lamelas qui n’a toujours pas progressé dans ce domaine, malgré les conseils prodigués par Thomas Campuzano depuis le callejon. De plus les deux premiers puyazos sont traseros et n’incitent pas le toro à pousser. Il prend la troisième pique avec un comportement de manso  S’il manque de fond au cheval  il va s’avérer   excellent à la muleta. Dès les premières passes, il montre une grande noblesse, charge avec alegria (celle qui a manqué au La Quinta pour être un grand toro) et répète. Alberto Lamelas va construire avec ses moyens une faena appliquée profitant de la charge du Los Maños le mettant bien en valeur. Porté par un public acquis à sa cause, il enchaîne, sur les deux cornes, des muletazos sincères, de bon niveau même si le toro permettait certainement mieux (plus de temple et d’élégance). Il s’agit là de la meilleure faena que nous lui avons vue faire  depuis longtemps. La conclusion par deux pinchazos hondos et une entière basse à la rencontre le prive d’un trophée mais pas d’une ovation. 

 

Fiche technique : Arènes de Vic, corrida concours

Toros de Saltillo, La Quinta, Partido de Resina, Pagès Mailhan, Flor de Jara et Los Maños pour :

Rafelillo : silence, silence
Domingo Lopez Chaves : un avis et une oreille, silence
Alberto Lamelas : un avis et vuelta, salut

Vingt piques ou rencontres, quatre chutes
Salut de Ivan Garcia au second
Ovation puis salut de Tito Sandoval au second
Vuelta du La Quinta
Président : Philippe Lalanne
Trois quarts d’arène
Le soleil joue à cache cache avec les nuages

Thierry Reboul

La concours de Vic est le moment fort de la Féria de la cité gersoise. Même si la course (près de trois heures) est allée à menos, elle a été intéressante. Côté présentation, rien à redire, tous les toros ont été applaudis à leur entrée en piste. Il y avait du trapio et surtout des armures développées et astifinas. On peut juste évoquer un excès de poids chez le La Quinta et une présentation hors du type du Flor de Jara.  
Pour ce qui est des premiers tiers, le décompte  vingt  piques  ou rencontres, quatre chutes masquent  un déficit de bravoure chez certains toros et une maladresse « regrettable » et parfois coupable de certains piqueros. Heureusement Tito Sandoval, exceptionnel face au La Quinta. A la muleta sont ressortis les toros de Buendia, Pablo Romero et Los Maños. Domingo Lopez Chaves a prouvé une fois de plus qu’il est un grand lidiador, Alberto Lamelas a tiré le lot le plus homogène et noble. Rafaelillo n’a pas convaincu.
Le premier Soriano, ganaderia Saltillo, bien fait charge avec le frein à main enclenché dès sa sortie en piste. Il prend un premier puyazo trasero, pousse et fait tomber le groupe équestre. Il se défend lors des trois rencontres suivantes moitié parce qu’il est mansote, moitié parce qu’il est très mal piqué. Le piquero est copieusement sifflé. Très mal banderillé, le Saltillo arrive à la muleta avec une charge  courte. Rafaelillo construit une faena à la voix et marginale face à un toro qui va à menos.  Silence après trois pinchazos et une entière basse et habile.
Comme en 2018, la rencontre entre le toro de La Quinta (Matablanca) et Domingo Lopez Chavès a été le meilleur moment de cette matinée. Le toro embiste mais est difficile à fixer pour la première pique. Le tercio de piques sera exceptionnel grâce au professionnalisme de Domingo Lopez Chavès et le talent de Tito Sandoval  Trois puyazos « vrais », bien mis en suerte, tenus de main de maître par le piquero, deux chutes énormes et un public debout quand Sandoval regagne le patio de caballos. On est vraiment à Vic. A la muleta, le toro est très noble mais manque d’alegria (excès de poids ?). Sur la première série, il serre le torero. Avec beaucoup de technique, Chaves trouve le bon sitio et tire des derechazos templés isolés puis liés avec profondeur. Le toro va à mas sur la corne droite. A gauche, il a beaucoup moins de charge. Retour à droite pour deux très belles séries avec douceur et dominio avant de s’engager pour une entière portée avec sincérité. Une oreille vient récompenser un torero qui s’impose comme le spécialiste des corridas concours. La vuelta au toro peut paraître justifiée au vu du premier tiers, moins si on tient compte  de son absence de charge à gauche. Tito Sandoval a été appelé à saluer lors de sa vuelta par son torero.
Le troisième est un joli exemplaire de Partido de Resina (Excita do). Astifino, il sort et gardera la tête haute tout au long de la lidia. Oubliant que l’on est en corrida concours Alberto Lamelas le reçoit par des largas de rodillas avant de fixer un toro qui est suelto. Bien mis en suerte, il prend une première pique bien placée sans pousser comme il le fera à la seconde. Il sort seul à la troisième ce qui confirme son manque de bravoure. Lamelas qui a un fort lien avec les aficionados vicois brinde son toro au public.  Il cite le bicho de loin et toréé à mi hauteur lors de la première série.  Le toro est noble  et permet  au madrilène  d’enchaîner deux bons derechazos lors de la seconde. Le milieu de faena est d’un bon niveau mais manque de transmission, le toro devenant soso. Le torero s’applique et lie une très belle série de la droite, la meilleure de la faena, avant de conclure par un pinchazo, une entière basse et trois descabellos. Les aciers le privent d’une oreille et il doit se contenter d’une vuelta.
Le quatrième est un joli colorado de la ganaderia française Pagès Mailhan (Judio). Rafaelillo l’accueille lui aussi par une larga de rodillas. Le toro est faible et perdra ses appuis à plusieurs reprises. Mal piqué, il prend trois puyazos sans pousser.  Le torero brinde au public.  Le bicho est noble mais trop juste de forces, il a une charge courte. Rafaelillo ne fait pas l’effort nécessaire pour le soutenir et abrège très rapidement d’une entière basse et habile.
Le cinquième(Corchaîto)  est un Flor de Jara fuera de typo. Grand, costaud et noir il ne ressemble pas au toro habituel produit par cet élevage. Il pousse avec force à la première pique et provoque la chute du groupe équestre. Il sort seul de la seconde et ne pousse pas lors de la troisième très trasera (le picador est sifflé quand il quitte le ruedo). A la muleta, il est tardo et mollasson. Lopez Chavès l’entreprend à droite avec beaucoup de douceur car le bicho est juste de forces. Il fait l’effort de le toréer des deux côtés. C’est très professionnel et bien fait mais cela manque de transmission,  le toro virant soso. Chavès conclue cette  faena, beaucoup trop longue, par une entière tendida qui sera efficace, silence.
Le sixième est un Los Maños  (Joterito)  parfaitement dans le type de la ganaderia et particulièrement bien armé.  Il sera difficile à juger au premier tiers car il est mal lidié par un Lamelas qui n’a toujours pas progressé dans ce domaine, malgré les conseils prodigués par Thomas Campuzano depuis le callejon. De plus les deux premiers puyazos sont traseros et n’incitent pas le toro à pousser. Il prend la troisième pique avec un comportement de manso  S’il manque de fond au cheval  il va s’avérer   excellent à la muleta. Dès les premières passes, il montre une grande noblesse, charge avec alegria (celle qui a manqué au La Quinta pour être un grand toro) et répète. Alberto Lamelas va construire avec ses moyens une faena appliquée profitant de la charge du Los Maños le mettant bien en valeur. Porté par un public acquis à sa cause, il enchaîne, sur les deux cornes, des muletazos sincères, de bon niveau même si le toro permettait certainement mieux (plus de temple et d’élégance). Il s’agit là de la meilleure faena que nous lui avons vue faire  depuis longtemps. La conclusion par deux pinchazos hondos et une entière basse à la rencontre le prive d’un trophée mais pas d’une ovation.