Istres (15/06/2019) : La grande tarde de Javier Cortés...

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b_250_200_16777215_10_images_temporadas_2019_Juin_Visuel_Istres_15062019.jpgAu moment où il leva l'épée au sixième, le Palio retint sa respiration.... Javier Cortés avait déjà perdu deux, voire trois oreilles à la suerte suprème lors de cette deuxième corrida de la Feria d'Istres 2019. Il aurait été tellement injuste qu'il ne récolte pas les fruits d'une tarde importante face aux toros de Valverde...

L'épée résulta un poil basse mais rapide d'effet et personne ne trouva à redire quand la Présidence accorda les deux appendices que le Madrilène reçut avec beaucoup d'émotion et promena lentement autour du ruedo, profitant jusqu'à la dernière seconde de son triomphe. Personne non plus ne trouva à redire lorsqu'il invita Jean-Pierre Odet à partager avec lui cette vuelta finale. Quatre toros sur six auraient dû laisser leurs oreilles sur le sable du Palio cet après-midi, ce qui conduira peut-être l'aficion "torista" à l'étriller dans les conversations d'après course. Les aciers en ont décidé autrement... Octavio Chacón aura été le plus mal servi au sorteo. Il est parti très rapidement "à la guerre" avec ses deux premiers et s'est rendit compte en toute fin de faena de la noblesse piquante du cinquième, qu'il coucha d'une demie-lame lente lente d'effet.

Laurent Deloye ElTico


La chronique d'Alexandre Guglielmet :

Octavio Chacon salua le premier de la tarde par veroniques avant de l'amener au lancier pour deux rations sans bravoure où l'astado afficha un côté manso prononcé. Sur les doblones d'ouverture de trasteo, le Valverde confirma ce côté fuyard mais montra surtout de vilaines charges courtes et avisées. Face à ces complications, le natif de Prado del Rey mit le bleu de chauffe. Grâce à une technique affirmée, il parvint à extraire plusieurs passages méritoires et valeureux. Mort par lame d'effet très lent. Silence.

Javier Cortés réceptionna avec élégance le second de l'envoi. Ce dernier reçut une unique pique, rentrant fort dans le peto mais sans pousser la monture. Face à un Valverde ne débordant pas de force, le diestro demanda sans attendre le changement de tiers.C e manque de solidité fut confirmé dès l'entame de faena, le bicho perdant les mains par deux fois. Toreant à mi hauteur, Javier Cortés profita des embestidas agréables de cet opposant pour réaliser une prestation ambidextre de qualité. Le protégé de Manolo Campuzano fit culminer son combat sur la rive gauche, traçant plusieurs séries gauchères majestueuses, templées à souhait, qui trouvèrent une belle résonance dans les travées. Une mort défectueuse lui enleva une oreille qui lui semblait promise. Ovation avec salut.

Le troisième fut bravito sur la première rencontre avant de prendre une seconde puya brève et dans le flanc droit. Dès les premiers muletazos, ce violent Valverde se montra très court de charge et dangereux, notamment sur un piton gauche assassin. Très impliqué, Chacon parvint à extirper quelques vaillants échanges mais la construction d'une faena digne de ce nom fut impossible. Mort compliquée en quatre assauts, le Valverde se préoccupant plus de l'homme que du leurre. Ovation avec salut.

Javier Cortés accueillit le quatrième de la tarde par un capoteo plaisant. Au tercio de varas, le Valverde fut brave sur deux puyas, déplaçant convenablement la cavalerie. La seconde pique fut légère, à la demande du maestro. Face à un exemplaire maniable, le madrilène trouva de suite le bon sitio, enchaînant trois voluptueuses séries droitières de haut niveau, compas ouvert et gestuelle soignée, faisant résonner les étagères. Dominant totalement son sujet, il continua par une tanda gauchère de belle facture avant d' impacter un peu plus le public, dessinant dans le berceau des cornes d'intenses derechazos dans un mouchoir de poche. Un échec aux aciers lui ôta cette fois une oreille voire deux. Vuelta.

Le cinquième, très fortement armé, prit une première ration appuyée et rectifiée avant une ultime du même acabit. Au dernier tiers, Chacon mit du temps à prendre confiance face à un animal de peu de recours, meilleur sur la rive gauche. A base de patience et d'abnégation, l'espagnol trouva la bonne carburation, faisant aller son trasteo a mas. L'ibère se distingua notamment lors de deux séries convaincantes sur la zurda, le tout en musique. Sans pour autant atteindre une haute intensité, ce labeur aurait pu être récompensé par un trophée si la mort par demi lame n'avait été gâchée par un puntillero relevant l'astado, refroidissant ainsi l'assistance. Ovation avec salut.

Le sixième de la tarde, sérieux de présentation, reçut deux doses de châtiment bien placée. Salut de Morenito d'Arles et José Antonio Prestel après un brillant tercio de banderilles. Au troisième tiers, Javier Cortés dut composer avec un adversaire à demi charge mais se laissant lors des échanges. Comprenant rapidement les besoins de cet animal, l'espagnol réalisa une prestation rythmée et très bien construite. Bien posé sur les reins, Javier développa une tauromachie ronde, templée, allurée qui connecta fortement avec les étagères. L'apogée de cette partition fut donnée à bâbord, distillant plusieurs naturelles au ralenti, très pures et profondes. L'espagnol, en larmes, put promener deux appendices après une épée un poil de côté. Vuelta en compagnie du mayoral. Ovation à l'arrastre.

 

Arènes du Palio à Istres (13)
6 Toros de Valverde (Conde de la Corte)
Poids : 545 , 510 , 495 , 550 , 500 , 580.
Beau Temps
Durée : 2h25
Présidence : C.Roche / A.Cervantes / K.Kehiha
9/10ème de plaza

Octavio Chacon : Silence / Ovation avec Salut / Ovation avec Salut après avis.
Javier Cortés : Ovation avec Salut / Vuelta / Deux oreilles.

Sortie à hombros de Javier Cortés par la grande porte.
Jeremy Banti officiait en tant que sobresaliente.
Le prix Denis Gouin , au Triomphateur de la tarde , a été attribué à Javier Cortés.
Le prix au meilleur picador n'a pas été décerné.

Voir le reportage photographique : ElTico