Saint Sever (23/06/2019) : lleno sur les gradins...

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©Matthieu Saubion
©Matthieu Saubion
Castella et Dufau sont sortis à hombros de la corrida de Saint Sever. Ce n’est pourtant pas le fait le plus important de cette après-midi taurine. Ce qu’on retiendra de ce dimanche au Cap de Gascogne, c’est que la corrida s’est déroulé quasiment à guichets fermés, ce qui n’était pas arrivé depuis longtemps aux arènes Henri Capdeville (1993 pour le dernier « No hay billetes »).

Comme à Garlin, dans un registre taurin différent, c’est le fruit du travail des organisateurs et cela peut , sans être trop optimiste, redonner un coup de boosta aux autres organisateurs qui galèrent encore pour rentabiliser les spectacles taurins qu’ils montent. .
Cet après-midi taurine était l’occasion d’offrir une opportunité de toréer à Clemente. Le jeune landais, même si la réussite n’a pas été au niveau de ses espérances et de son implication, a rappelé au public face au très bon sixième qu’il avait au-delà du courage beaucoup de toreria et qu’il pouvait intégrer bien des cartels des deux côtés des Pyrénées. Seul le manque d’officio à l’épée l’a privé de la possibilité de couper un trophée après une belle faena face au sixième.
Sébastien Castella et Thomas Dufau ont été à la hauteur de leur réputation et sont sortis en triomphe. Le seul qui a raté son match, c’est l’arbitre. La bronca adressé au Président à l’issue de la course est venue sanctionnée une accumulation d’erreurs dans la gestion de la course et des trophées. Des oreilles trop généreuses distribuées au début n’ont même pas lancé la course et ont été protestées. La vuelta accordée au quatrième, sorti seul d’une unique rencontre et manquant de race a été sifflée du début du tour de piste à la sortie du ruedo. Le dernier bicho brave au cheval, très encasté et noble, le meilleur de l’après-midi n’a eu droit, lui, qu’à une très grande ovation du public.
Le lot de toros de Victoriano del Rio et de Toros de Cortès est allé à mas au plan présentation et comportement. Les premiers, justes de présentation, sosos ont manqué de fond et transmission. Les derniers plus charpentés transmettaient beaucoup plus en particulier le cinquième noblissime et le dernier vrai toro complet dans les trois tercios. On peut juste regretter le manque de tête des quatrième et cinquième.

Le premier, léger, bien armé est juste de forces. Il est économisé à la pique (un picotazo). Sébastien Castella, après un bon quite par chicuelinas, le brinde au public. Le Victoriano del Rio est noble mais manque de piquant. La confrontation entre un torero expérimenté et possédant un très grand bagage technique et un toro sans grand problème, noblote et fade, tourne à l’avantage du biterrois. Castella n’a pas besoin de forcer son talent pour dominer son opposant. La faena est bien construite mais manque d’émotion par trop grande différence de niveau entre les protagonistes. Tout le répertoire du français y passe mais on finit par s’ennuyer. Trois quarts de lame en place concluent la faena. L’oreille, pétition non majoritaire, est protestée par une partie du public.

Le second, lui aussi léger, s’endort au contact du fer à la première rencontre. Le picotazo suivant est anecdotique. De ce tercio, on retiendra les bons quites de Thomas Dufau entre les deux piques et celui de Clemente après la seconde. Thomas Dufau commence sa faena par des cambiadas avant de citer de loin pour la première série de derechazos. Le bicho répond bien, charge sans complexité. Noble, il manque un peu de longueur. Au cinquième enchaînement, le landais prend la main gauche. Mais le toro est devenu soso et les naturelles sont appliquées mais manque d’émotion. Dufau réduit les terrains, toréé en rond ce qui porte sur le public. L’épée entière est tendida et tombée mais elle est suffisante. Le public réclame une oreille. Le président en accorde deux, une de trop, une partie des spectateurs proteste.

Clemente jouait gros cette après-midi à Saint Sever. Il a très peu toréé depuis son alternative. Il est inédit en France. Le troisième toro a plus de trapio que les deux précédents. Le landais montrera toute l’après-midi, et dès cette première réception, que c’est un très bon capeador. Une rencontre au cheval prise sans pousser, le toro se défend. Le torero est crispé et cette première faena s’en ressent. Elle est parsemée de très bons passages avec des détails très toreros mais elle manque de fil conducteur. Le toro ne l’aide pas. Noble, il manque de chispa et ne transmet que peu d’émotions. Si le Salvador Cortès va à menos, le torero va à mas et termine sa faena par une très bonne série à droite. Le manque d’officio à la mort se fait sentir, silence après une entière tombée et atravesada.

Le quatrième est costaud mais à peu de tête. Il fait illusion à sa sortie en piste et Castella le met en suerte au centre pour la première pique. Le toro vient bien mais ne pousse pas et sort seul. C’est un manso, deuxième mise en suerte au centre, celle-ci inutile. Le toro tarde à partir puis finit par partir sur les peones. Changement de tercio, pas de seconde pique à la demande du torero. Rafael Viotti salue après un bon tercio de banderilles. Castella brinde sa faena à Richard Milian. Début par des cambiadas originales, le toro a une charge courte et demande de l’autorité de la part du torero pour s’investir. Le toro est manso mais son exigence fait qu’il est un opposant à la taille de Sébastien Castella Avec métier et beaucoup de classe enchaine deux bonnes séries sur la corne droite. Les suivantes à gauche sont plus marginales. Dernière série à droite et final plus encimiste pèsent plus sur le toro et le public. Belle et intéressante faena du biterrois qui ne coupera qu’une oreille après une mise à mort en deux temps. De manière incompréhensible, le président joint un mouchoir bleu au mouchoir blanc ce qui provoque l’ire du public, la vuelta du toro est sifflée.

Le cinquième a du trapio mais est commode de tête. Bien mis en suerte, il prend une pique sans s’investir. Mathieu Guillon et Manolo de los Reyes saluent après un bon tercio de banderilles. Le toro est noble. Il humilie avec classe et fait même l’avion en particulier sur la corne gauche. Thomas Dufau construit une très bonne faena, avec à la deuxième série deux très belles naturelles données avec élégance et temple. Le torero de La Frêche prend la mesure de son opposant et enchaîne de bonnes séries sur les deux pitones profitant d’un toro qui humilie beaucoup. En fin de faena, le toro baisse de ton. Après un pinchazo, une entière un peu trasera est suffisante. Paradoxalement, ou par le fait du Président, le landais reçoit un seul trophée pour la meilleure faena de l’après-midi alors qu’il en avait reçu deux pour une première prestation moins intéressante, sic gloria causa mundi.

Le sixième n’est pas un joli toro mais ce sera le meilleur de l’après-midi. Il met bien la tête dans la cape de Clemente. Au cheval, il prend, avec bravoure, une pique en mettant les reins poussant le cheval sur plus d’un quart de piste. Comme quoi, même dans une corrida, dite toreriste, on peut voir de bons premiers tercios quand torero, piquero et cheval (cavalerie Heyral) sont au bon niveau. Clemente veut marquer les esprits. Il débute sa faena par des derechazos de rodillas. Le toro est encasté, charge avec alegria et transmet de l’émotion. Le torero se met au niveau et réalise avec élégance, et des détails plus artistiques, une faena construite et sincère. Le toro est excellent et le torero motivé. Le public soutient le jeune landais qui lie en fin de faena une très belle série à droite. Une demie en avant et une entière basse ne suffisent pas. Le torero doit recourir au descabello et le manque d’officio se fait alors sentir. Le président accorde une oreille qui n’est pas demandée par le public. Au-delà de l’erreur de règlement, c’est une faute de goût voire une incorrection vis-à-vis du torero. On sentait le torero gêné de promener un trophée qu’il savait ne pas mérité alors que la vuelta que voulait lui accorder le public aurait été une juste et affectueuse récompense pour la qualité de sa prestation. Bien entendu, sic, le meilleur toro de l’après-midi n’a pas eu droit au mouchoir bleu. Ses qualités ont quand même été reconnues par les aficionados qui l’ont ovationné à l’arrastre.


Je ne voudrai pas terminer cette dernière reseña du week-end sans adresser un amical abrazo à mon compagnon de route Philippe Latour que des ennuis de santé tiennent éloigné des ruedos. A bientôt, Compañero !

 

Fiche technique : Arènes de Saint Sever, corrida des Fêtes de la Saint Jean 2019
Trois toros de Victoriano del Rio (1er, 2nd, 4ème) et trois de Toros de Cortès, plus de trapio les trois derniers, plus d’armures les trois premiers, noblissime le cinquième, très brave et
complet le sixième pour :

Sébastien Castella : une oreille (quelques protestations), une oreille
Thomas Dufau : deux oreilles (petite protestation pour la seconde), une oreille
Clémente : silence, un avis et une oreille généreuse

Vuelta protestée et sifflée au quatrième
Salut de Rafael Viotti au quatrième, de Mathieu Guillon et Manolo de los Reyes au sixième
Sept piques et picotazos, cavalerie Heyral
Présidence incohérente de Miguel Telleria
Grand beau temps
Lleno de presque « No Hay Billetes »

Thierry Reboul

Voir le reportage photographique : Matthieu Saubion