Soustons (04/08/2019) : Triomphe d'El Rafi face à un très bon lot de Bruno Blohorn...

  • Imprimer

©Philippe Latour
©Philippe Latour
Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Après la triste après-midi riscloise, la novillada des Fêtes de Soustons a remonté le moral des aficionados présents.

Correctement présentés, inégaux de trapio, avec quelques pointes abîmées, les novillos de Bruno Blohorn ont, par leur caste et leur noblesse, offert des possibilités de triomphe aux jeunes novilleros, possibilités que seul El Rafi a su saisir. Les deux derniers utreros, le cinquième encasté et exigeant et le dernier noble avec une charge longue, ont conclu de manière très positive une très intéressante après-midi de toros.

Le premier, bien armé, chahute El Galo qui recule à la cape. Il prend une pique en poussant, comme le feront quasiment tous les toros. Le Blohorn fait une vuelta de campana à la sortie de cette unique rencontre. Tercio de banderilles à charge du novillero dont ressort la dernière paire al violin. Le novillo est noble, une peu juste de force et humilie bien dans la muleta du franco-mexicain. Début de faena à droite, le novillero a du mal à trouver le sitio. Le novillero est plein de bonne volonté mais les premières séries (deux à droite et une à gauche) ne pèsent pas sur le toro. Accroché à la fin d'une série de naturelles, le novillero perd du terrain lors des séries suivantes. In fine, le potentiel du Blohorn n'est pas totalement exploité. Vuelta pour le novillero après une entière tendida qui sera efficace.

El Rafi est un bon capeador et le confirme dans sa réception du second. Une première pique prise en poussant est suivie d'un picotazo. Le novillo est très noble mais juste de forces. Sur les premières séries, il prend les deux premières passes données à mi hauteur puis fléchit. El Rafi le soutient et le toro va à mas en milieu de faena avant d'aller à menos, la faiblesse reprenant le dessus sur la noblesse. Le novillero s'applique mais reste assez scolaire. Même dans la période où le novillo est moins handicapé par sa faiblesse, le nîmois toréé bien mais sans grande transmission. Un examinateur du Baccalauréat aurait écrit » A su traiter le problème, élève doué peut encore mieux faire » . Le novillero coupe une oreille après une entière en avant tombée et deux descabellos (pétition par forcément majoritaire).

Le troisième, un peu plus léger, mais bien armé malgré des pointes abîmées accroche le capote de Yon Lamothe. Le Blohorn prend une première pique, un peu trop longue, en mettant les reins. La seconde rencontre est plus légère. Il est bien banderillé par Mathieu Guillon et Manolo de los Reyes. Juste de forces, il a une charge désordonnée en début de faena. Le novillero encore vert a du mal à la canaliser et se fait prendre très violemment. Il se fait désarmer deux séries plus tard. Yon s'applique mais il n'arrive pas à dominer un adversaire qui lui va à mas. Sans atteindre les sommets de noblesse, l'utrero finit par charger de manière plus ordonnée et offre des possibilités que le landais n'exploite pas. Salut après une entière basse.

Le quatrième, le mieux présenté du lot, tape avec violence un burladero. La corne cassée tombe au contact du peto. Il est remplacé par un sobrero du même fer. Le remplaçant, juste de présentation, est reçu avec efficacité à la cape par El Galo. Il prend une pique en se défendant plus qu'il ne pousse. Le novillero invite son peon, l'ancien matador Medhi Savalli à banderiller avec lui. Le novillo est noble. Un peu juste de forces, il manque un peu de chispa mais permet quand même si on le soutient et l'oblige un tant soit peu comme le novillero le fera à gauche sur la deuxième série. Le novillero se croise et le novillo répond bien pour ce qui sera la meilleure série de la faena. Le reste est volontaire mais ne pèse pas assez sur le novillo et l'ensemble manque d'intérêt et d'émotion malgré un final plus trémendiste. El Galo salue après un pinchazo, une entière contraire de travers et un descabello.

Le cinquième, couleur châtaigne, fait une sortie tonitruante en sautant dans le callejon pour rendre visite à l'équipe de Coridafrance. Pas le temps de faire une interview, il revient en piste pour prendre un gros puyazo en poussant. Il finit ce premier tiers en faisant un coup de barrière juste là où il avait sauté. Le novillo est très encasté. El Rafi va trouver la distance et la manière de toréer pour canaliser l'énergie du toro et la transformer en émotion. Le nîmois domine le novillo, toréant avec temple et enchaînant sur les deux côtés de très belles séries sincères et élégantes. Difficile d'en retenir une plus qu'une autre, il s'agit de la meilleure faena de Rafi dans le Sud-Ouest. Elle a porté sur le novillo et le public. Dommage que la tentative d'estocade à recibir se transforme en une entrée à matar à la rencontre avec une épée qui résulte de travers. Oreille très largement méritée qui aurait pu être doublée avec une meilleure mise à mort et applaudissements pour le Blohorn.

Dans un style différent, le sixième sera lui aussi un excellent novillo. Il prend deux piques en poussant. Il est noble, humilie et a une charge très longue. Il pardonne beaucoup à un Yon Lamothe qui dans un jour sans et probablement sous le choc de la violente voltereta subie au premier, va passer complètement à côté de cet excellent bicho. Trois quarts de lame efficaces et un coup de cape efficace font tomber le novillo. Silence bienveillant pour un jeune torero vraiment hors du coup aujourd'hui.

Fiche technique
Arènes de Soustons : novillada des Fêtes 2019
Six novillos de Bruno Blohorn, correctement présentés, nobles, encastés et donnant du jeu pour :

El Galo : vuelta, un avis et salut
El Rafi : un avis et une oreille, un avis et une oreille
Yon Lamothe : salut, silence

Neuf piques, cavalerie Heyral
Le cinquième a sauté dans le callejon
Président : Jacques Grué
demi arène sous un joli ciel d'été

Thierry Reboul

Voir le reportage photographique : Philippe Latour