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Brocas, les aficionados bâtisseurs...

Visuel Brocas 290620« Dans 200m , tournez à droite sur la route de Labrit, vous atteindrez votre destination dans 8 mn » . En venant de Garein, l’automobiliste guidé par son GPS , arrive à Brocas Les Forges. Il passe devant la gendarmerie puis devant un étang. On tourne à gauche et quelques mètres plus tard, il aperçoit au milieu des arbres, une arène.

Elle n’est pas en béton. Comme celles de Saint Perdon, de Roquefort ou d’Estang, c’est une placita typique des Landes construite en pin. Le 14 juillet prochain, elle sera la première arène française a donner deux spectacles, une course landaise et une fiesta campera, depuis le confinement. Elle a un histoire que Philippe Mailho, co-président avec Marlène Fasolo du Cercle Taurin de Brocas, et Michel Jacob, membre du bureau, nous ont racontée, décrivant le passé, le présent et le futur de la tauromachie dans ce village gascon.

« Brocas est un village de la Haute Landes à 20 km au Nord de Mont de Marsan. Nous avons créé un cercle taurin en 1983 puis commencé la construction des arènes en 1985 . Tout a été fait par des bénévoles sans l’intervention d’entreprises. Grâce à l’implication de ces passionnés notre village de 800 habitants dispose d’arènes d’une capacité de 1600 places.
Aficionado (Philippe Mailho), j’avais toréé. Arrivé à Brocas en 1982, j’ai constaté qu’il n’y avait pas d’arènes et il m’était difficile de vivre dans un village qui n’en possède pas. Sans arènes, c’est comme s’il n’y avait pas eu d’église ou de bistrot. Il manquait quelque chose.
Il y avait dans le village un embryon d’aficionados, souvent plus courses landaises que toros qui n’attendaient qu’un élément déclencheur.
En 1982 s’est déroulée une première becerrada dans des portatives fournies par le ganadero pomarézien Jean Charles Pussacq. Elles ont été montées à proximité du site actuel un peu plus près de l’étang. On s’est vite rendu compte qu’il n était pas très intéressant de monter et démonter piste et gradins. Il valait mieux avoir une installation pérenne.
Pour renforcer l’aficion locale, quelques années plus tard s’est installée sur le territoire de la commune une ganaderia de toros bravos : la ganaderia Malabat.
La construction ne s’est pas faite du jour au lendemain. Le maire de l’époque le docteur Lugardon et son premier adjoint Jacques Tamont ont avancé l’argent pour acheter les arènes de Saint Gor, village landais qui avait entrepris à l’époque la construction d’une placita en dur.
Nous avons récupéré leurs installations pour les monter sur le site actuel. Tous les ans nous en démolissions un quart et construisions un quart des arènes actuelles. La construction s’est faite en 6 ans car on a commencé par la structure de la présidence et du toril ce qui nous a pris deux ans. Après, on a commencé à s’intéresser aux gradins.
Inauguration des arènes et premières courses en 1985 - 1986, puis ensuite on a monté un certain nombre de spectacles taurins : festivals ; novilladas piquées et non piquées et corridas. Nous avons eu différentes empresas espagnols, françaises (sud-est et sud ouest), dont Paco Gomez pour les novilladas, Biondi pour les corridas.
Sont venus des élevages français, espagnols (dont certains du premier groupe Los Bayones, Guardiola). Ont toréé à Brocas. Beaucoup de toreros espagnols, des français comme Julien Lescarret qui y a fait ses premières armes en piquée. Richard Milian est venu ici en tant que matador.
La course landaise avait aussi sa place. Les deux spectacles sont complémentaires. Tous les ans, pour les fêtes de la Saint Jean, une course landaise est organisée.
Du temps de la novillada, il y avait du monde et les choses commençaient à prendre. Quand on est passé à la corrida les gens n’y ont pas cru. Ils imaginaient mal une corrida dans un village comme Brocas.
El Yiyo n’a pas toréé dans ces arènes puisqu’il a été mortellement blessé en 1985 mais il a parrainé le projet. Dans ma jeunesse (Philippe Mailho) j’ai fait partie de l’école taurine bordelaise puis de l’école taurine La Media Veronica qui était parrainé par son père Juan Cubero. J’avais toréé avec José et ses frères. Entre deux contrats à la Madeleine en 1984, il est venu à Brocas pour parrainer les arènes. C’est pourquoi une des portes de la placita porte son nom. Ces dernières années, les arènes ont servi à des toreros comme Thomas Dufau ou Mathieu Guillon qui venaient s’entraîner en tuant deux ou trois toros de Malabat à puerta cerrada. L’association bayonnais AAJT présidée par Vincent Serrano les a aussi utilisées pour permettre aux jeunes toreros qu’elle parrainait de s’entraîner en leur offrant toros et novillos de la ganaderia locale.
Il y a eu des années sans mise à mort dans ces arènes. De plus il a fallu, il y a quatre ans, mettre en conformité l’ensemble de l’édifice. Les bénévoles ont repris leur activité de bâtisseurs qu’ils n’avaient jamais vraiment abandonnée, réalisant chaque année un chantier (celui de l’hiver 2020-2021 est déjà programmé). Mais il a fallu se retrousser à nouveau les manches pour cette nécessaire mise aux normes Les bénévoles ont remis en état gradins, structures de soutènement. Pour mesurer l’ampleur de la tâche, 67 pieds de poteaux ont été coulés. On a consolidé les éléments intérieurs (gradins, callejon, burladeros). On a refait le vestiaire et l’infirmerie. Aujourd’hui ce sont les peintures.
A la construction, un accord a été passé avec la mairie donnant la propriété des arènes au Cercle Taurin à qui a été délivré le permis de construire. Le terrain est resté propriété communale.
Les municipalités et la perception des élus changeant, Monsieur Simon, maire de la commune, a souhaité qu’elles deviennent des arènes municipales. Le Cercle Taurin, après discussion, a fini par se ranger à ce point de vue et aujourd’hui compte tenu des frais d’entretien et les recettes limitées cela a été un bon choix. La mairie prend à son compte la fourniture des matériaux et les bénévoles du CTB se chargent de la réalisation des travaux. Ce gentleman agreement nous permet de maintenir et améliorer l’état de l’édifice.
Cela nous a permis de refaire en 2020 la piste qui avait besoin d’être totalement remaniée pour assurer la sécurité des toreros des deux tauromachies et la reprise de courses intégrales. Si la capacité des arènes est deux fois supérieure à la population du village, le ruedo avec un diamètre de 40,5 m est un des plus grands des Landes, si ce n’est le plus grand. Les gradins en bois sont entièrement couverts. Nous avons aujourd’hui un outil en état, fonctionnel et qui permet l’organisation en sécurité de spectacles taurins. Il est situé dans un écrin de verdure au bord d’un étang ce qui ajoute au charme de cette construction en bois.
Le club taurin est constitué d’un noyau actif d’une dizaine de personnes dont certains mettent leur expérience professionnelle au service de l’association. Les autres membres en fonction de leur disponibilité et les besoins contribuent à la vie du Cercle Taurin composé d’aficionados et de coursayres. Les arènes, les seules arènes du Parc Régional des Landes de Gascogne et d’une communauté de communes regroupant 26 villages, sont utilisées par des associations locales ou extérieures dont des collectivités territoriales ce qui nous amène à rédiger un cahier des charges de mise à disposition en bonne intelligence du site.
L’an dernier nous avons profité de l’anniversaire des trente ans des arènes pour les baptiser « Arènes de L’Estrigon » et organiser une tienta de trois machos de Malabat.
(Michel Jacob) C’est le point de départ et j’espère que cela va s’accélérer. Ceux qui sont venus, aficionados, professionnels et organisateurs, sont séduits par l’outil et le cadre. On a une opportunité qui s’est présentée pour ce 14 juillet 2020.
Malgré un contexte qui est ce qu’il est, la Fiesta Campera sera la première course en France après le confinement et les annulations en cascade des spectacles taurins.
(Philippe Mailho) A l’instigation de Marlène Fasolo, ganadera et co-présidente, le Cercle Taurin, avec l’aide d’Henri Tilhet, a monté une journée taurine avec le matin à 10h30 une course landaise (ganaderia Dargelos, cuadrilla Nicolas Commarieu) et une Fiesta Campera à 18h. Le choix du bétail s’est naturellement porté sur la ganaderia locale de Malabat (encaste Atanasio Fernandez). Deux toros seront ldiés et mis à mort par Alberto Lamelas et Clemente et deux novillos par Yon Lamothe et Solalito. Le traditionnel repas, sur inscription, aura lieu sur le site de la ganaderia Malabat (07 77 31 91 19) pour les 150 premiers inscrits, des tables seront disponibles au Café de la Place (05 58 51 41 77‬) pour les suivants. Compte tenu des mesures sanitaires en vigueur et de la nécessité d’appliquer les gestes barrières la capacité des arènes est limitée (à ce jour) à 600 personnes.
Pour l’an prochain, on a des pistes mais laissons passer 2020. »

Notre passion génère des aventures humaines qui méritent d’être connues et soutenues. Il y a eu les bâtisseurs de cathédrales, eux ont bâti des arènes : Dans ce village, ceux qui ont construit la placita poseront les premières planches de la tauromachie post-covid. Rendez vous à Brocas Les Forges le 14 Juillet 2020.

Thierry Reboul

(NDLR) Le 26 Juillet les arènes de Brocas seront mises à la disposition de la Feria del Campo pour la lidia de deux toros de Malabat par Dorian Canton.