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Dax (27/09/2020 - Tarde) : « Merci Monsieur le Maire »...

©Philippe Latour
©Philippe Latour
On va éviter les proverbes taurins ; Cette corrida de Pedraza de Yeltès très attendue par les aficionados du Sud-ouest a été plus que décevante. De la terna, seul Daniel Luque a tenu son rang avec une démonstration de lidia face à son premier toro et d’envie de bien faire à son second.

Les six bichos sont allés deux fois au cheval mais ont poussé sans grande conviction. A l’exception du dernier qui a fait illusion au troisième tiers, ils ont été bien plus sosos que nobles et l’ennui a gagné le public présent
Luque a montré face à ses deux toros qu’un torero avec du pouvoir et de l’envie peut compenser une toro sans classe. Lopez Simon et Alvaro Lorenzo ont été aussi fades que leurs adversaires.
Ce qu’il faudra retenir de cette après-midi, c’est que l’Aficion, la rigueur et l’abnégation de Julien Dubois (Maire de Dax) et de sa commission taurine a permis que cette course, parfaitement organisée, ait lieu. Les aficionados présents les ont remerciés par une standing ovation au début de la course. Dans le prochain ouvrage consacré à l’histoire des arènes de la Cité Thermale, il sera inscrit que grâce à eux, les deux seules courses piquées du Sud-ouest en 2020 s’y sont déroulées un jour de Septembre. Il n’y aura pas de trophées accordés par les diverses associations en fin de temporada, mais il serait de bon ton que chroniqueurs et clubs taurins de notre région attribue aux dacquois un prix spécial.
Le premier toro, bien présenté comme les cinq suivants est reçu avec efficacité par Daniel Luque. Il est manso et court de charge. Mis en suerte, il prend un premier puyazo en poussant sur une corne. Placé au centre de la piste, il prend sans pousser une pique trasera. Tardo, distrait et manquant de race, il fait suer sang et eau aux banderilleros lors du second tiers. Serein, Luque s’avance et avec autorité et élégance, en trois séries à droite il impose sa volonté au toro et le règle. En se croisant, dans le bon sitio et en toréant relâché et avec temple, il améliore un toro dont la médiocrité ne permettait pas d’envisager les séries suivantes. La faena va à mas et se termine par des luquesinas concrétisant la domination du grand torero qu’est Luque. Une entière légèrement tombée et le torero de Gerena coupe la première oreille de la tarde.

Le second, joliment armé, se casse une corne en tapant contre un burladero en poursuivant un peon. Il est remplacé par un exemplaire du même fer. Mal mis en suerte et mal piqué à la première rencontre, le sobrero en prend une seconde sans pousser. La cuadrilla salue après un bon tercio de banderilles. Lopez Simon brinde au public puis cite le Pedraza de loin pour une première série de derechazos qui sera la meilleure de la faena. Le toro est noble, baisse la tête mais manque de classe. Il manque de ce piquant que l’on s’attend à voir s’exprimer chez un Pedraza. Les séries suivantes données sur le pico, sans se croiser manque de relief. L’ensemble distille un ennui au fur et à mesure que toro et faena vont à menos. Silence après une mise à mort approximative.

Le troisième est applaudi à son entrée en piste. Il humilie dans le capotazo d’Alvaro Lorenzo. Il prend deux piques en se défendant au contact du fer. La cuadrilla salue à l’issue du tercio de banderilles. A la muleta, le toro est noble mais comme le précédent manque de transmission. Lorenzo fait illusion lors de la première série à droite. Par la suite, très pegapase, il enchaîne des muletazos distants, sans se croiser. Le toro va à menos et la faena devient languissante. Silence après une entière légèrement tombée rapide d’effet.

Le quatrième castaño obscuro typé Baltasar Iban est reçu avec beaucoup d’élégance par un Luque toujours aussi fin capeador. Mis au deux tiers du ruedo, tardo, il prend un premier puyazo en poussant sur une seule corne. La seconde, citée de plus près, se limite à un simple picotazo. Le toro est faible. Luque l’entreprend à mi hauteur et essaie progressivement de lui faire, à plusieurs reprises, baisser la tête. Le toro, qui manque de fond et de force, fléchit à chaque fois. Le torero veut, sait et peut mais le toro n’y ne veut, ni ne peut. Tout cela est frustrant pour Luque et le public qui remercie le torero en l’invitant à saluer après un bon coup d’épée et un descabello. Quelques sifflets accompagnent l’arrastre.

Le cinquième, le seul negro chorreado, est le plus lourd du lot. Il fiait illusion, en partant seul et en poussant pour une première rencontre avant de prendre une seconde pique en s’endormant sous le fer. A la muleta, le toro est plus soso que noble. Lopez Simon aussi peu motivé qu’à son premier, enchaîne, fuera de cacho, des séries sans grande transmission qui finissent par énerver une partie du public ; Une entière basse, silence pour le torero et à nouveau quelques sifflets pour l’arrastre.

Le sixième, typé Pedraza, semble avoir plus de fond que les cinq précédents. Il est faible et s’investit peu sous la pique. A la muleta, il est andarin au début de la faena. Noble, juste de force et manquant de fond, il permet d’enchaîner quelques séries des deux mains. De l’ensemble de l’ouvrage d’Alvaro Lorenzo on retiendra une série de chaque main. Le reste des muletazos, souvent donnés sans se croiser, manque, comme le toro, de relief et de transmission  .Les luquesinas d’adorño ne sauveront pas un ensemble tristounet à l’image d’une corrida qui est allé à menos et dont la partie purement taurine sera vite oubliée. Mise à mort laborieuse, silence pour le torero et à nouveau quelques sifflets pour le toro.

Belle ovation de despedida pour Daniel Luque, le public se retire déçu des arènes frustré de ne pas avoir vu les Pedraza tels qu’ils les avaient rêvés. La ganaderia nous doit un desquite, espérons que cette saleté de COVID soit rapidement éradiquée et que celui-ci ait lieu un jour de ‘l’été 2021 sur le sable des arènes dacquoises.

Fiche technique : Arènes de Dax, 26 Septembre 2020, corrida de la journée Pedraza de Yeltès
Six toros de la ganaderia Pedraza de Yeltès (le second comme sobrero) bien présentés, justes de forces manquant de fond et de race pour :

Daniel Luque : un avis et une oreille, un avis et salut au tiers
Alberto Lopez Simon : un avis et silence, un avis et silence
Alvaro Lorenzo : silence, deux avis et silence

Douze piques, cavalerie Bonijol
Salut des banderilleros au second et au troisième.
Quelques sifflets lors de l’arrastre des trois derniers toros
Président : Monsieur Imatte
Plein de Covid
Alternance de nuage et de soleil
Avant le paseo, standing ovation pour Julien Dubois, Maire de Dax, à l’origine du projet d’organisation de cette journée Pedraza.
Après le paseo, hommage aux victimes du COVID, au raseteur Kevin Bruguières, Hymnes espagnol et français*
Luis Martin Uranga, copropriétaire de la ganaderia Pedraza de Yeltès s’est vu remettre la Médaille de la Ville de Dax.

Thierry Reboul

Voir le reportage photographique : Philippe Latour