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Dax (27/09/2020 - matinale) : Trois oreilles pour une intéressante novillada de Pedraza...

@Philippe Latour
@Philippe Latour
La tradition veut que la dernière novillada piquée de la temporada du Sud-ouest ait lieu à Dax, la Covid a décidé qu’en 2020, ce serait aussi la première. Contre vents et pressions des autorités, la jauge des arènes a été maintenue à 4000 personnes.

La météo hivernale de ce samedi a laissé place à une alternance de soleil et de nuages. L’organisation mise en place par la Mairie (et la discipline des aficionados présents) a permis de garantir la sécurité sanitaire. Les conditions étaient réunies pour que la matinée soit belle et elle l’a été.
Très bien présentés, intéressants au cheval et nobles au troisième tiers, les utreros de Pedraza de Yeltès ont permis une matinale entretenue, de quoi remonter le moral d’aficionados en manque d’émotions taurines.
Avec des styles très différents, Francisco Montero, El Rafi et José Fernando Molina ont profité des qualités du bétail malgré un manque d’officio (en particulier au moment de tuer) normal en cette saison tronquée. Seul Maxime Solera est resté en deçà des possibilités du premier.
Le tambour major est accueilli à porta gayola par le torero de Fos. Le bicho, violent dans les premiers capotazos, sera le plus spectaculaire de la course au premier tiers. Mis en suerte de plus en plus loin, il charge avec un joli galop à trois reprises et met les reins promenant le groupe équestre sur un tiers du ruedo et désarçonne le cavalier à la troisième rencontre. Le piquero, Jean Loup Aillet, est ovationné à sa sortie du ruedo. Au troisième tiers, le Pedraza charge de loin mais à conservé une certaine violence que Maxime Solera ne saura pas maîtriser. Le toro, brave au cheval, est un manso con casta à la muleta. Il demande une muleta autoritaire. Sur les premières séries, le torero ne pèse pas sur le novillo qui, lassé, part vers les planches. Quelques muletazos dans ce terrain, le toro va à menos. Solera prend l’épée pour une entière très tombée (le torero est gaucher ce qui inverse les notions de contraria et caïda). Silence pour le torero et applaudissements pour le Pedraza.

Capote de paseo sur l’épaule, Francisco Montero s’avance vers le toril pour accueillir à porta gayola et de rodillas le second novillo de la matinée. Beaucoup de courage et d’émotion pour cette réception qui met le feu aux gradins. Le novillero a du mal à mettre en suerte le novillero qui sera très mal piqué. Puyazo trop long et carioqué pour la première (et unique) rencontre dont le bicho a du mal à se remettre. Le fond de race fait qu’il se reprend après un bon tercio de banderilles. Montero débute sa faena des tablas vers le centre. Le Pedraza est noble et vient de loin. Face à un toro noble, le novillero alterne des muletazos plutôt dominateurs avec d’autres plus spectaculaires qu’efficaces. Le novillero, on ne peut plus atypique et attachant, manque de style mais pas de courage. Bonne première série à droite avec un joli pecho final, à gauche le toro se livre moins. Bonne série à gauche, citée de face, la tentative de luquesinas est accrochée. C’est le paradoxe de ce garçon, qui est avant tout un belluaire, à des séries bien données en tirant le toro succèdent des muletazos plus brouillons mais toujours avec le petit truc qui porte sur le public. Le Pedraza glisse vers les tablas ; Montero le ramène vers le centre pour un pinchazo et une entière tombée et en avant qui sera efficace.et qui lui permet de couper la première oreille de la matinée.

Rafi canalise la charge du troisième avant de le mette en suerte pour un bon premier puyazo, le toro coince le cheval contre les planches. Mis au centre, le Pedraza vient au cheval pour une seconde rencontre, pousse en amenant le cheval vers le centre. Tercio de piques classique, propre et efficace qui n’a pas forcément été compris par le public ; Le Pedraza est noble et se laisse toréer. Les premières séries à droite sont appliquées, élégantes mais manquent de temple. L’ensemble de la faena sera du même tonneau. Intéressante, courageuse mais pas forcément dans le bon rythme sauf lors de la première et belle série à gauche conduite avec plus de lenteur, elle est intéressante. Mais il manque peu de chose pour que, compte tenu de la noblesse du bicho, pour qu’elle soit d’un niveau plus élevé. Elle est conclue par une entière tombée et verticale qui nécessite l’usage du verdugo. Le public demande et obtient un trophée pour le torero nîmois.

Le quatrième met bien la tête sur la corne droite. Il est très bien piqué par Tito Sandoval à la première rencontre. La seconde est donnée avec professionnalisme mais se limite à un picotazo. José Fernando Molina, fin torero à la cape, met le bicho au centre du ruedo pour débuter sa faena. Le novillero, déjà vu à son avantage en non piquée dans notre région, construit avec beaucoup de temple, de sincérité et de courage, une faena variée toute en finesse dont on retiendra les très bonnes sériés à droite (la meilleure corne du bicho), exploitant la noblesse du Pedraza. Le torero, auteur des meilleurs muletazos de la novillada, allie classicisme, élégance et domination et sera à suivre la prochaine temporada, si la COVID le veut bien. Bonne série de redondos suivi d’un final plus trémendiste. Molina s’engage pour une demie en place qui nécessitera le recours au descabello. Si l’oreille pour le torero est indiscutable, la vuelta pour le toro est généreuse. Si la présidence voulait récompenser l’ensemble du lot, le salut du mayoral aurait été plus approprié.


Ovation de despedida pour les novilleros, public content au sortir des arènes pour cette bonne novillada de début et fin de temporada.

Fiche Technique : Arènes de Dax, 26 Septembre 2020, novillada de la journée Pedraza de Yeltès
Quatre utreros de Pedraza de Yeltès, bien présentés, intéressants au cheval et donnant du jeu à la muleta pour :

Maxime Solera : silence
Francisco Montero : un avis et une oreille
El Rafi : un avis et une oreille
J. F Molina : une oreille

Vuelta généreuse au quatrième

8 piques, cavalerie Bonijol
Lleno de COVID
Alternance de nuages et de soleil

Thierry Reboul

 

Voir le reportage photographique : Philippe Latour