Pierre Dupuy, une vie d’Afición(s) !, au Musée des Cultures Taurines de Nîmes......

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Visuel Dupuy 09062021Solidement implantées à Nîmes, les cultures taurines sont bien représentées à Carré d’art Bibliothèque, bibliothèque municipale classée et au Musée des Cultures Taurines disposant de collections importantes depuis le milieu des années cinquante. L’arrivée de la bibliothèque Pierre Dupuy et de ses collections, par volonté affirmée de la Ville de Nîmes qui s’en porte acquéreur en 2013, a désormais donné une ampleur inégalable aux fonds de livres et d’archives permettant d’appréhender dans ses multiples facettes la vie et l’histoire de la tauromachie à Nîmes, qu’elle soit espagnole ou camarguaise, comme à travers le monde.

Esprit curieux et ouvert, écrivain prolixe, critique taurin internationalement reconnu, Pierre Dupuy a souhaité que ses collections de bibliophilie et ses collections taurines rejoignent un établissement culturel de la ville. Le choix s’est porté sur le Musée des Cultures Taurines, lieu hautement emblématique entièrement dédié à l’expression d’une Culture, celles des traditions taurines, dans toute leur diversité.
La masse documentaire de la bibliothèque de Pierre Dupuy, constituée de périodiques, de livres et de brochures, est impressionnante. Centrée sur les courses et l’élevage de taureaux, elle envisage ces thèmes sur un plan culturel assez large, y rattachant d’autres aspects de ce qui constitue un élément essentiel d’une culture commune au Midi et à l’Espagne.
Il convenait que la Ville de Nîmes, une des capitales mondiales de la Tauromachie, rende un hommage soutenu à un homme qui, toute sa vie, a oeuvré pour la connaissance et la défense des cultures taurines, sous toutes leurs formes. Grâce à lui, chercheurs, historiens, aficionados, venus déjà nombreux, peuvent dorénavant consulter un ensemble véritablement remarquable et enrichir leurs connaissances et leurs travaux de recherches.
Saluons et célébrons, à travers l’exposition que lui consacre le Musée des Cultures Taurines, l’action, l’engagement et la générosité de Pierre Dupuy, comme sa vie d’Afición !

Jean-Paul Fournier
Maire de Nîmes

Sophie Roulle
Adjointe déléguée à la Culture

Pierre Dupuy, Histoire de ma bibliothèque
A peine avais-je assisté à une quinzaine de corridas, acheté quatre ou cinq livres de vulgarisation sur le thème et en deux années de la revue Toros, que j’eus une certaine outrecuidance (sinon l’inverse) en répondant à l’appel de Paco Tolosa dans la dite revue et en adhérant le 31 octobre 1955, à la Unión de los bibliofilos taurinos de Madrid, créée l’année précédente, où l’on me gratifia du numéro 109. Pendant les dix années qui suivirent je parvins à rassembler assez d’ouvrages pour que ma figuration dans l’aréopage paraisse moins abusive.
En 1965, se présenta la première des quatre opportunités que j’eus les moyens de saisir. Mon ami du Lions Club de Nîmes et commissaire-priseur de la salle des ventes de la rue de l’Agau, René-Paul Champion me glissa lors d’une réunion qu’il allait vendre ce qui restait de la succession de Louis Martin Favier, décédé en 1942, alors qu’il dirigeait le journal Le Torero, et qu’un lot était constitué de « vieux papiers ». Sans aucune opposition, j’achetai le lot qui se révéla pléthorique en documents intéressants. C’est de cette acquisition que me vint l’idée de mon premier livre Les fanatiques du toro et, bien après, d’Avoir 20 ans à Nîmes en 1900.
Douze ans passèrent pendant lesquels, à la faveur de mes nombreux déplacements en Espagne, je visitais fréquemment trois des spécialistes en littérature tauromachique : à Barcelona, une modeste échoppe proche de la plaza de Cataluña qui malheureusement disparut vite, et surtout à Madrid d’abord chez le peintre libraire (sinon l’inverse) Vicente Arnas Garcia, sur le Paseo de Extremadura, et chez Estanislas Rodriguez qui gérait un capharnaüm dans la calle San Bernardo depuis 1935 ; soixante ans plus tard, sa fille Maria Victoria transféra le fonds sur le Paseo Marqués de Zafra où il prit une allure plus civilisée. S’ajoutaient les brocanteurs du Rastro et les étals de la Plaza Mayor, les dimanches matins. L’embarras du choix… et de la bourse, mais, dit-on, quand on aime…
En 1976, sous le patronage de Paco Tolosa, je créais l’Union des bibliophiles taurins en France. L’année suivante, Paco me signala le décès de Pierre Peres et la vente de sa bibliothèque. Peres était pharmacien à Paris et surtout un des fondateurs (n°77) de la Unión madrilène. Paco m’envoya le listing de la vente avec les prix qu’il avait lui-même estimés à la demande de la veuve. Le montant dépassant mes possibilités, je proposai à mon ami Lions du Mans, Raymond Pertus, de prendre tout ce qu’il n’avait pas en langue française (il ne collectionnait que ceux-là) ce qui lui permit de compléter le dictionnaire qui porte son nom. Restaient nombre d’ouvrages, dans les deux langues, que je possédais déjà ; mes amis Paul Casanova et Jacques Thome s’en chargèrent et, le 9 novembre 1977, j’ai garé ma voiture devant la pharmacie Peres, sur le trottoir de la rue de Rennes, et la veuve me passa la collection par la fenêtre du premier étage !
En avril 1984, Francis Cantier Paquito qui m’avait précédé à la direction de Toros (que j’assumais depuis quatre ans) disparaissait alors que se déroulait la féria de Sevilla. Quelques mois plus tard, sa veuve, Suzanne, me confia qu’elle allait mettre à la poubelle un tas de « vieux papiers » qui l’encombraient. Je récupérai aussitôt une volumineuse caisse dont je ne conservai que l’essentiel ; il y avait beaucoup de factures d’imprimerie et de photogravure, de correspondance administrative qui n’avaient aucun intérêt. En outre, en ce qui concernait Toros depuis 1946, il ne restait que peu de choses conservées par Francis ; en revanche, les archives de Bioú y Toros préservées scrupuleusement par Miqueleta, mère de Paquito et fondatrice de la revue, de 1925 à 1939, constituaient une mine précieuse.
Il ne s’agissait évidemment pas de livres mais de lettres de collaborateurs, de toreros, de ganaderos et de manadiers. Tout cela m’a grandement servi pour mes ouvrages et le service de Toros de 1980 à 2005, pour ma direction, et ensuite pour ma collaboration continue jusqu’en 2013.
Ma quatrième opportunité me vint de Gustave Coderch, revistero perpignanais qui avait été le fidèle collaborateur d’Alfred Degeilh Aguilita, célèbre directeur du Toril de Toulouse, le journal prestigieux édité de 1922 à 1939. Surnommé Barretina, Coderch était assez proche de Degeilh pour que celui-ci lui ait légué ses « carnets », des manuscrits traitant surtout des ganaderias de la Péninsule et de la Camargue dont il était grand connaisseur. Coderch tenta d’ailleurs de faire repartir Toril en 1955 mais il ne tint que l’année suivante. J’achetai donc les dits « carnets d’Aguilita » qui sont précieux parce qu’étant des manuscrits du grand aficionado disparu pendant la guerre.
Le Musée Taurin de Nîmes a ainsi l’avantage de posséder les « dépouilles opimes » des trois plus importants médias taurins de la France d’avant-guerre : Le Torero, Bioú y Toros et Le Toril.
En revanche, je n’ai pu saisir une cinquième opportunité à Madrid. Dans les années 70, pendant une Sanisidro, fut vendue par Sotheby’s (Puerta de Alcala), la bibliothèque taurine du Comte de Colombi, le fondateur de l’U.B.T., et j’ai vu défiler les paniers de livres sans pouvoir y toucher… à cause du contrôle des changes par lequel le gouvernement français n’octroyait au voyageur que le strict nécessaire à sa survie. « Ô rage ! Ô désespoir ! »
Ma bibliothèque comporte également une partie importante sur la Provence, le Félibrige et la Camargue, qui précédèrent la corrida dans mes addictions. J’ai acquis de ces livres dans la célèbre « Librairie Roumanille » de la rue Saint-Agricol à Avignon qui était elle aussi une sorte de capharnaüm où il était si agréable de farfouiller dans des rayons où les ouvrages se pressaient sur trois rangs ; c’était avant 1953 et sa mise en exploitation par mon ami Louis Siaud. J’y ai alors rencontré Jeanne de Flandreysy, la « Papesse du Félibrige » qui m’a dédicacé son livre La mort du taureau Prouvenço ; c’est le bouquin que j’ai eu le plus de mal à céder au Musée Taurin !

Pierre Dupuy


Exposition au Musée des Cultures Taurines Henriette et Claude Viallat - Nîmes
19 mai - 31 octobre 2021

Horaires :
Exposition ouverte tous les jours de 10h à 18h sauf le lundi.
Pour les groupes scolaires de 9h à 12h et 13h30 à 16h30 sur réservation.
Pour les groupes adultes : toute la journée (horaires des visites individuelles)

Prix d’entrée :
Plein tarif : 5€
Tarif réduit : 3€
Gratuit - de 18 ans
Visites commentées : + 3€

Renseignements et réservations groupes :
Accueil musée : 04 30 06 77 07
Conservation : 04 66 76 73 70
Service des publics : 04 30 06 77 09

Visites commentées de l’exposition
Les mardis 13 et 20 juillet / 10 et 17 août / 7 et 21 septembre / 5 et 12 octobre à 11h
Les jeudis 15 et 22 juillet / 12 et 19 août / 9 et 23 septembre / 7 et 14 octobre à 16h

Jeune public
Livret découverte « Vacances au musée » disponible gratuitement à l’accueil du musée.

Commissaires :
Aleth Jourdan, Isabelle Mortfin, Jean-Marie Mercier, Gilles Raoux

Publication :
« Pierre Dupuy, une vie d’Afición(s) ! »
10 € - 50 pages - 93 reproductions
Textes d’Aleth Jourdan, Joël Bartolotti, Miguel Darrieumerlou, João Folque de Mendoza, Enrique Moreno de la Cova, Roland Massabuau et Pierre Dupuy

Adresse :
6 rue Alexandre Ducros
30900 NÎMES


(communiqué)