Vic-Fezensac (11/07/2021 - matinale) : Domingo Lopez Chavès, lidiador des lidiadors...

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Visuel Vic 11072021MEt le miracle vicois s’est à nouveau produit. Quand le moral des organisateurs et des aficionados est au plus bas, et après la désastreuse corrida concours du samedi il était au 36ème dessous ; quand tout va mal un toro, un torero ranime la flamme et tout repart comme avant la crise. Ce dimanche matin, c’est la rencontre d’un très bon lot d’Hoyo de la Gitana et d’un lidiador d’exception qui a été à l’origine d’une guérison autant miraculeuse qu’inespérée.

Superbement présentés, avec du tempérament, les Hoyo de la Gitana ont par leur caste et leur entrega susciter l’intérêt et créer une vraie émotion tout au long de la matinée. Si Escribano et Pacheco ont été en dessous du potentiel de leurs opposants, Domingo Lopez Chavès nous a crédités de faenas d’anthologie à montrer dans toutes les écoles taurines. Comme le disait mon voisin « Eso es torear ». Chaque geste, chaque déplacement, chaque respiration, chaque passe avaient un sens, un objectif et ont contribué à construire deux démonstrations de ce que le mot lidia veut dire.
Le premier toro, comme le seront les cinq suivants, est applaudi à son entrée en piste. Il est tardo, semble compliqué. Chavès en quelques capotazos lui fait entendre raison et le place au centre du ruedo. Le bicho, bien mis en suerte, prend deux puyazos. Il pousse bien à la première et plus sur une corne à la seconde. Le piquero est ovationné. Difficile à banderiller, même Chacon sera en difficulté. Il est tardo, presque parado. Il en faut plus pour déstabiliser Chavès. Le torero de Ledesma commence par le doubler avec précision et autorité. En cinq séries, il va tirer tout ce qui est à tirer du bicho. Avec application, opiniâtreté et surtout avec un sens inné des terrains et des distances, il l’oblige à suivre la muleta. La série suivante est une illustration de ce que veut dire trouver le sitio et se croiser. Une tentative à gauche, le toro est très compliqué et ne passe pas sur cette corne. Retour à droite, le toro ne passe pas. Chavès lui fait faire demi tour, se place dans un autre terrain et miracle le toro passe et les deux séries suivantes sont d’anthologie. La messe est dite, le cours magistral est terminé, la construction est achevée. Pas de passes en trop pour taper dans l’œil du public et qui décompose le bicho. Chavès prend l’épée, s’engage pour 8/10èmes légèrement tombé et coupe une oreille très fêtée. CQFT (ce qu’il fallait toréer).

Escribano accueille le suivant par une larga aforalada de rodillas. Le toro prend deux bonnes piques en poussant. On est loin des attentats de la veille, les pendules ont du être remontées. Après un bon tercio de banderilles, dont un très bon quiebro dans le terrain des planches, le sévillan brinde à André Cabannes et aux ganaderos. A la muleta, l’ensemble manque de poder et d’un toro compliqué, il fait un toro un peu plus compliqué. Le salut au tiers après un bajonazo ne se justifiait pas.

Le troisième avertit Pacheco sur la corne droite. Première pique dans l’épaule, le Hoyo de la Gitan pousse. La seconde est d’une autre facture, meilleure mise en suerte, meilleure position et le toro pousse. Brindis au public avant un bon début sur la corne droite, la meilleure du bicho. Miguel Angel s’applique, arrive à s’imposer à un animal juste de force et exigeant. Deux bonnes séries à droite, avant passage à gauche, corne où le bicho passe moins bien. Un extraño du toro, une série sur chaque corne, la dernière en trop. La mise à mort est laborieuse, silence pour le torero.

Réception d’orfèvre du quatrième par Chavès. Tercio de piques quelconque avant un bon tercio de banderilles, salut du banderillero, la faena qui va suivre est de celle que l’on qualifie d’anthologie. Le torero de Ledesma va écrire une partition mélant étroitement démonstration technique et profondeur artistique, alliant mandar, poder et temple, Le public, excellent lors de cette matinale, vibre à chaque série. Début main sur le haut des barrières avant d’amener avec fermeté et douceur le bicho au centre. Chacune des six séries, qui constituent la faena, est une illustration du tryptique fondamental de la tauromachie : « citar, parar, mandar » Tout est précis, juste tout en étant beau. Il n’y a plus qu’à tuer et ce sera le triomphe. Un premier pinchazo, un second et la seconde oreille s’envole, un troisième et la première s’envole aussi. Le toro tombe après une estocade entière. Ovation majuscule pour Domingo Lopez Chavès qui rejoint Ruiz Miguel et El Fundi dans la Panthéon des toreros qui ont marqué Vic. Les deux vueltas que fait le torero valent bien plus que certaines oreilles qui ouvrent des Puerta Grande de complaisance.

Le cinquième avertit Manuel Escribano. Il vient trois fois au cheval avec un bon galop, mal piqué il s’endort sous le fer à la première et se comporte en toro brave lors des deux suivantes. Le Hoyo s’est grandi sous le fer et on sent qu’il a un vrai potentiel. Hélas il va être gâché après un bon tercio de banderilles par un Escribano emprunté, qui ne trouvera jamais le sitio adapté et qui profitera sans l’exploiter de la noblesse de ce très bon toro. Superficiel, il ennuie le public et masque les qualités du toro. Il tue d’un habile julipié vilain mais efficace. Sifflets pour le torero et grande ovation pour l’arrastre.
Le sixième titulaire se blesse en sortant du toril. Il est remplacé par un exemplaire du même fer. Après un tercio de piques lamentable, il donne tous les signes avant coureur de la perte d’un sabot. Avec l’accord des organisateurs, il est remplacé par le second sobrero de la course lui aussi du fer de Hoyo de la Gitana. Très quelconque à la pique, le 6ter prend trois puyazos sortant seul du second et se défend à la troisième rencontre. Le bicho est compliqué. Il demande une lidia adaptée et autoritaire. Mais Pacheco n’est pas Chavès. Le jeune torero est vite dépassé et après deux séries abrège d’un « bajonazo prudent ».

La très grande ovation de despedida qui accompagne Lopez Chavès à sa sortie du ruedo vicois restera dans la mémoire du torero et des aficionados présents. Rendez vous est pris entre lui et son public pour la Pentecôte 2022.

Fiche technique :
Arènes de Vic, troisième festejo de la Féria 2021
6 toros d’Hoyo de la Gitana (dont un sobrero 6ter) superbement présentés et armés, tous applaudis à leur entrée en piste .donnant du jeu, les meilleurs les 4ème et 5ème pour :

Domingo Lopez Chavès : une oreille, un avis et deux vueltas
Manuel Escribano : salut au tiers, pitos
Miguel Angel Pacheco : un avis et silence, silence

Quatorze piques, puya Bonijol
Cavalerie Bonijol
Salut de José Francisco Borero au quatrième
Président : Marc Amnesty
Belle entrée malgré les contraintes sanitaires.
Grand soleil et petit vent

Thierry Reboul


Voir le reportage photographique : Matthieu Saubion