Vic-Fezensac (11/07/2021 - tarde) : deux grands toros d’Escolar Gil et un Gomez del Pilar au sommet...

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Visuel Vic 11072021TRetour sur les gradins vicois pour la dernière corrida de la Féria 2021 avec au programme une corrida d’Escolar Gil dont c’est le retour en France après quelques années d’absence de nos ruedos. Les six toros du lot forment un ensemble desigual de présentation, bien armés et aux comportements on ne peut plus hétérogènes. On oubliera les trois premiers, véritables alimanias totalement décastés et impropres à la lidia, on passera sous silence le quatrième animal sans race, fade et sans intérêt. On gardera en mémoire les deux derniers grands toros de vuelta tous les deux mais dont l’un le cinquième a été arrastré de façon ordinaire parce qu’il a rencontré un matador certes courageux mais qui a été incapable d’en exploiter les qualités.

Le sixième Cantador passera lui a la postérité parce qu’il a croisé la route d’un torero encore peu connu, en particulier en France, mais qui a tout d’un futur grand.

Le premier, bien présenté est juste de force. Il prend trois piques sans pousser. Il est mauvais à droite et pas meilleur à gauche. C’est une vraie alimanias sans race, dangereux dont Chacon se débarrasse d’une épée très en avant.

Le second accueilli par une larga de rodillas par Alberto Lamelas prend deux puyazos, pousse un peu à la seconde rencontre. Le toro manque de race. Il ne permet pas de faire ou lier deux passes. Mais Lamelas s’obstine, à l’inverse de Chacon qui a su abréger, à enchaîner des muletazos (et des tentatives de muletazos) avec un toro qui n’avance pas ou joue les sournois. Cela dure jusqu’à ce que sonne un avis et tout cela pour finir par un bajonazo, sifflets.

Le troisième mal lidié prend trois piques sans pousser. C’est lui aussi une alimania.. Andarin, suelto, distrait, il cumule les défauts. Pedro José Cebadera Cabo salue après une grande paire de banderilles à un bicho dangereux pour les banderilleros. Il ne permet qu’une passe par série la première. Toutes les autres sont impossibles ou dangereuses. Gomez del Pilar fait bien le peu qu’il est possible de faire puis tue mal.

Le quatrième, bien présenté, qui s’abimera rapidement les pitones, prend trois piques plus que quelconques. Il est noblote, faible et soso. Il ne transmet aucune émotion. Octavio Chacon enchaîne quelques muletazos méritoires mais souvent lointains et sans grande transmission. Le torero de Cadiz a du mal à retrouver son niveau d’il y a trois ans et ce n’est pas ce genre de bétail deslucido qui va l’aider à le faire. Il tue d’une entière légèrement tombée et salue au tiers.

A ce stade de la course, je me demande si je ne vais pas rentrer à la maison pour regarder le match de foot et pourtant je suis totalement hermétique à ce sport. La dépression guette à nouveau les aficionados présents à Vic. Et nouveau miracle, vont sortir en cinquième et sixième lieu deux grands toros et cette corrida jusqu’alors sans intérêt va se termine en triomphe majeur. Souvent à Vic, il faut attendre le dernier toro pour voir le toro ou la faena de Féria. Ceux qui sont partis avant la fin, vont, comme souvent à Vic, s’en mordre les doigts.

Le cinquième est bien reçu à la cape par Alberto Lamelas. Mal mis en suerte, il pousse bien à la première rencontre. Mieux lidié, il vient avec alegria et met les reins lors des deux rencontres. Enfin un toro brave et encasté, dans cette après-midi de désolation, le picador est applaudi. Lamelas brinde à El Fundi qui va le conseiller pendant toute la faena. Il est difficile de critiquer Alberto Lamelas tant le garçon est attachant, courageux et pétri d’Aficion. Mais il est passé ce dimanche à côté d’un très grand toro, peut-être le plus complet de la tarde. L’Escolar est très encasté. Il est noble, a de la fixité et répond à chaque sollicitation du torero. Mais c’est un Santa Coloma. Il a besoin d’être torée en conduisant et allongeant sa charge et surtout en le toréant par le bas. Et c’est possible car le bicho humilie naturellement et qu’il a da la force A l’opposé de ce qu’il faut faire , le madrilène réduit les terrains, fait des demi passes, étouffe le toro. Le bicho veut continuer la passe ce que lui interdit le torero qui commet un non sens en matière de lidia. Pauvre toro qui est coupé dans son élan par des passes à mi hauteur ; Sur une seule série, Lamelas donnera sa chance au Santa Coloma en le toréant par le bas et en guidant plus la passe. Ce sera la série de la faena. Tout les reste est méritoire, mais brouillon et au désavantage du toro. De plus cela dure plus que de raison, au-delà d’un premier avis et le torero qui tue mal voit son opposant tomber pas loin de la limite du troisième avis. Salut du torero et grande ovation à un toro qui restera quasi inédit et qui aurait du être un toro de vuelta.

Le sixième est très typé Ibarra. Il est haut, léger, cardeño claro et botinero. Gomez del Pilar le reçoit à la cape et le met en suerte pour une première rencontre trasera, le bicho pousse au contact du fer .Placé à la troisième marque, il charge le groupe équestre avec alegria, pousse mais est peu piqué lors des deux rencontres suivantes. L’Escolar a moins de qualités que le précédent à la pique mais il va s’avérer être exceptionnel au troisième tiers mis en valeur par la lidia et la toreria d’un Gomez del Pilar au sommet de son art et auteur d’une faena d’anthologie, la seconde de la journée. Tout commence par des doblones alliant suavité et autorité. Le torero torée par le bas, sans tordre le bicho par une tauromachie en rond, toréant en ligne droite. C’est ainsi que l’on tlidie un Santa Coloma. ; Le toro est encasté et de grande classe, la lidia est celle qui lui convent et le torero le torée avec sincérité, temple et profondeur. Tous les ingrédients d’une grande faena sont réunis et la faena a été grande. Quatre séries de derechazos muleta en bas, courant la main. Contrairement à Lamelas, Del Pilar donne de la distance. L’Escolar en pur Santa Coloma ne pardonne aucune erreur ce qui vaut au torero d’être mis en difficulté à cause d’une faute de placement. Le public vibre et communie avec le toro et le torero. Tout va à mas quand Del Pilar prend la main gauche pour deux séries sublimes de naturelles qui transportent d’émotion le public. A la troisième série sur le piton gauche, le bicho avertit le torero qui arrête très intelligemment la faena. Gros engagement pour une entière efficace, sans hésiter le président accorde deux oreilles après avoir sorti le mouchoir bleu. Vuelta émouvante et grandissime ovation quand le toro est arrastré, ambiance des grands jours lors de la vuelta du torero qui invite le mayoral et le ganadero à saluer.
Ainsi ce finit par une grande journée de toros, cette Féria vicoise si particulière à laquelle manquait cette fête populaire que nous souhaitons tous retrouver lors de l’édition 2022 de Pentecôtavic.

Fiche technique
Arènes de Vic, quatrième et dernier festejo de la Féria 2021
6 toros d’Escolar Gil bien présentés les trois premiers alimanias décastés et sans option, le quatrième fade et sans transmission, les deux derniers toros de bandera pour :

Octavio Chacon : silence, un avis et salut
Alberto Lamelas : un avis et des sifflets, deux avis et salut au tiers
Gomez del Pilar : un avis et silence, deux oreilles

Salut de Pedro José Cebadera Cabo au troisième
Vuelta au sixième toro Cantador
Salut du mayoral et du ganadero
Dix sept piques, puya Bonijol
Cavalerie Bonijol
Président Bernard Sicet assisté de Patrick Capbern et Hugo Lavigne
Belle entrée compte tenu du contexte sanitaire
Des nuages

Thierry Reboul


Voir le reportage photographique : Matthieu Saubion