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Dax (12/09/2021), méfiez vous des chiffes...

Salida Dax 12092021 2La corrida, comme l’a écrit Francis Wolf, n’est pas un sport. On n’évalue pas la performance d’un torero au score inscrit sur un tableau d’affichage. La preuve, ce dimanche, lors du mano à mano Luque / Roca Rey, l’espagnol a coupé quatre oreilles, le péruvien trois. Et pourtant, c’’est ce dernier qui a réalisé la meilleure faena. face au toro le plus encasté sorti en sixième position. Luque a bénéficié des largesses du président au premier toro et de la côte d’amour dont il bénéficie auprès du public du Sud-ouest. Le moindre de ses gestes, bon ou pas, est souvent accompagné de « olés » que n’entendrait pas un autre torero dans les mêmes conditions.

La course est allée à mas et le public est sorti content et pourtant il y a eu bien des raisons d’être déçu. La plus importante vient du bétail moitié Toros de Cortès, moitié Victoriano del Rio. Justes de présentation et de force, ils ont, à l’exception du dernier un peu plus encasté, fiait montre de cette noblesse fade et sans piquant qui peut plaire mais qui ne transmet qu’une émotion relative et furtive qui ne reste pas dans les mémoires. Tous ont été plus qu’économisés au cheval.
Il y avait une vraie competencia entre les deux maestros. Mais on a vu beaucoup et probablement trop Luque faire du Roca Rey et vice versa. Il y a eu trop de moment où il donnait l’impression que chacun voulait montrer à l’autre qu’il savait faire, comme lui. Je préfère Luque qui invente des toros improbables avec sincérité et classe ou et Roca Rey tel qu’il a été au dernier.

Mais le peu de fond des cinq premiers a probablement faussé le match et que les toreros ont du créer de toute pièce une compétition, opposition de style, artificielle. Pourtant, et Roca Rey l’a montré au dernier, ils peuvent être bien plus intéressants dans la confrontation avec les difficultés de la Lidia. Mais pour cela, il faut des toros. De fait il y a eu de bons moments dans cette course mais très peu d’émotion.
Mais qu’est ce qui est le plus important , un public content en sortant des arènes ou un aficionado auquel il a manqué l’émotion créée par la caste ou la mansedumbre d’un toro et la lidia que peuvent proposer face à lui deux grands maestros ? Vaste sujet qui mériterait bien quatre heure de dissertation.

Le premier (Toros de Cortès), juste de présentation, est suelto, abanto et donne des signes de faiblesse dès sa sortie en piste. Bien reçu par Daniel Luque, il est économisé à la pique, deux picotazos pour deux rencontres. Et pourtant, il arrive très affaibli au tercio de banderilles. José Chacon, qui sera exceptionnel dans la brega aux toros suivants, doit saluer après deux très bonnes paires .Le toro est noble mais de cette noblesse naïve qui permet de composer la figure mais qui ne transmet aucune émotion et en plus il est faible. Début de faena par le haut et à mi hauteur, pourtant le toro fléchit. à plusieurs reprises. Daniel fait du joli Luque ou du Luque de salon mais cela a un peu une saveur de canada dry .Il y manque la confrontation face à la difficulté. Le final mêle des cambiadas à la Roca Rey avec des Luquesinas. Cela porte sur le public mais n’apporte rien à une faena conclue par une entière dans le rincon rapide d’effet. Le président sort deux mouchoirs, le second contestable et contesté pat une partie du public, la même qui sifflera le toro à l’arrastre.

Le second (Toros de Cortès) est un peu mieux présenté mais manque lui aussi de forces. Deux picotazos et on passe au deuxième tiers. Roca Rey débute sa faena par le haut et conduit le toro au centre du ruedo. Première série de derechazos en baissant la main (à la manière de Luque) le toro s’arrête dans les derniers muletazos. comme chaque fois que le torero baissera la main. Le toro est plus soso que noble. Pour finir, retour à une tauromachie à la manière de Roca Rey. Le péruvien torée en rond, sur un petit périmètre, monte sur le toro .L’ensemble porte un peu sur le public mais le bicho transmet si peu. Comme souvent ce type de tauromachie finit par dégoûter le toro qui part aux planches ce que fait en fin de faena le « Toros de Cortès ». Estocade dans les tablas d’où le torero ne délogera pas le bicho, le président sort un mouchoir blanc.

Le troisième (Cortès) pousse lors de la première rencontre avec le groupe équestre, puis en mettant les deux à la seconde (picotazo). Le picador est applaudi. Roca Rey défié Luque en faisant un quite par chicuelinas, Luque répond par un quite plus original et mieux exécuté. Ce sera le seul moment où les deux maestros se défieront à la cape. L’animosité qui existe entre eux auraient pu se traduire par des duels comme Ortega Cano et César Rincon jadis, mais non, déception …..José Chacon est excellent à la brega et Juan Contreras salue après deux bonnes paires de banderilles Luque brinde au public et démarre en doublant une faena durant laquelle il aura du mal à trouver le sitio face à un toro des fois chacailleur et d’autres fois .soso. L’ensemble manque de lien et est mal conclu quand est venu le moment d’utiliser le verdugo, silence.

Le quatrième est comme le seront les deux suivants marqués du fer de Victoriano del Rio. Il est économisé au premier tiers. Le cheval recule à la première pique, le second est anecdotique. Début de faena par le haut, mais sur le haut des talanquères. A droite le toro vient bien mais envoie un coup de tête à la fin de la passe. Pour ne pas se faire toucher la muleta, Roca Rey enlève rapidement la muleta et arrive ainsi à lui tirer une bonne sérié avant de commencer à réduire les terrains et à toréer de façon plus encimiste. Le toro est quasi parado et la fin de faena porte peu sur le public. Final par luquesinas, l’épée, une demie basse et en avant, nécessite l’utilisation du verdugo ; Instrument tauricide avec lequel le péruvien connaît quelques difficultés, silence pour le torero.

Le cinquième est pas très bien fait et léger. Il prend deux piques légères sans pousser. Il est gazapon. Le sobresaliente Jérémy Banti est invité à réaliser une quite, ce qui doit être signalé tant cela est devenu rare dans les mano à mano ou autres solos. Le Victoriano est comme le premier noble et manque de piquant. Début de faena à Luque, le torero de Gerena baisse la main, toréé avec temple mais le toro est soso et ne transmet rien. Pour mettre de l’émotion Luque toréé à la manière de Roca Rey, sans avoir une totale maîtrise de ce style. Le final transporte le public alors que la même tauromachie faite par Juan Leal est sifflée par les mêmes spectateurs. On sait que le public taurin est versatile et pas toujours cohérent, on en a là une preuve irréfutable. Luque coupe deux oreilles après une entière basse, trophées qui semblent, comme autrefois au patinage artistique, récompenser les performances antérieures du torero. On note bien par principe même si la prestation, et qui plus est par manque d’opposition de la part du toro, aurait été bien payée avec une pétrie oreille. On ne prête qu’aux riches.

A ce moment de la tarde, Roca Rey est face à trois éventualités. Il ne coupe rien au sixième et il quitte le ruedo à pied. Il coupe une oreille et sort à hombros par la porte des cuadrillas alors que Luque sort par la grande porte. . Il sait que Luque ne l’invitera pas à se joindre à lui. Il ne lui reste plus qu’une solution, couper deux oreilles pour partager le triomphe final avec son « compagnon de cartel ». Par chance, pour lui, le dernier toro sera le seul de l’après-midi à avoir un peu de caste.
On est loin de la caste du lot sorti récemment à Madrid. C’est un manso con casta comme le prouve son comportement au cheval. Il se défend et cherche à faire le tour du cheval. Il a le minimum de piquant nécessaire à la mise en place de la tauromachie du péruvien. Pour la partie lidia de la faena, le torero règle, en toréant vraiment, en trois séries les défauts du toro (coup de tête, etc. ;…)/ Puis il peut toréer à la Roca Rey. Cette tauromachie n’est pas tasse de thé de certains, dont votre serviteur, mais elle a de l’allure face à un toro qui comme ce Victoriano del Rio a un fond de caste et qui est allé à mas. Et surtout elle peut s’entendre quand le torero par sa technique s’est fait le toro dont il a besoin. Ce n’est pas un grand moment de tauromachie mais c’est le meilleur de l’après-midi. Gros coup d’épée, ouf, la grande porte s’ouvrira pour les deux maestros.

Ainsi se termine, avec une corrida à sept oreilles qui sera vite oubliée, une temporada dacquoise dont les points marquants ont été les prestations de Luque et Roca Rey en Août (et non en Septembre) et le très bon lot de la Quinta.

     

Fiche technique : Arènes de Dax, dernière corrida de la temporada,

6 toros de « Toros de Cortès » (1er, 2nd et 3ème) et de Victoriano del Rio justes de présentation et de forces, nobles mais manquant, à l’exception du dernier, de piquant pour, en mano à mano :

Daniel Luque : deux oreilles, silence, deux oreilles
Andres Roca Rey : un avis et une oreille, un avis et silence, deux oreilles

Douze piques et picotazos, cuadra Bonijol
Salut de José Chacon (excellent par ailleurs à la brega), au premier et Juan Contreras au troisième.
Sobresaliente Jérémy Banti qui a fat un quite au cinquième
Président : Franck Lanati
Lleno de COVID
Grand beau temps sur la cité thermale

Thierry Reboul

 

Voir le reportage photographique : Matthieu Saubion