Aignan dimanche:guerre de tranchée

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Photo : Roland Costedoat
Photo : Roland Costedoat
Très attendus, les toros d'Hubert Yonnet n'ont pas déçu les amateurs de sensations fortes. Ils ont fait beaucoup d'effet à leur sortie: tous étaient très armés, hauts et longs comme des trains. Ils furent d'ailleurs applaudis à la sortie du toril. Par la suite, ils prirent quinze piques au total, partant de loin parfois mais sans se livrer totalement sous le fer. Il y eut cependant deux chûtes de la cavalerie Heyral (excellente).
A la muleta, ils eurent le comportement attendu: il fallait se la jouer totalement pour en tirer le suc. Ils se réservaient, ajustaient leurs coups et ne pardonnaient rien. Des toros de quinze passes pas plus. Les plus commodes -si on peut dire!- de ces cinqueños furent les seconds et sixièmes. Du danger en permanence.
Rafaelillo est-il usé par ces nombreux combats douteux auquel il est abonné ?  Il ne fit pas l'effort  indispensable face à ce type d'adversaires. Il tomba sur un lot particulièrement âpre. Peu à son aise  face à son premier,  il perdit complètement les papiers à son second passage et fut copieusement sifflé. Le guerrier s'est-il émoussé? Le contexte ne lui était pas favorable. Nous aurons l'occasion de le revoir à Vic.
Manuel Escribano nous a enchanté de bout en bout. Il faut valoriser son entrega, son courage. Il dessina de belles véroniques en gagnant le centre à ses deux passages. Il banderilla ses deux adversaires de manière variée, s'exposant, notamment lors d'une paire d'anthologie "al quiebro" dans les planches. Ses deux faenas, certes un peu décousues, furent un modèle de courage et d'aguante. Il nous a plu particulièrement à son second passage où, totalement centré, il arracha passe après passe sans reculer d'un centimètre. Il coupa une première oreille en tuant d'un estoconazo sin puntilla, vraiment énorme. Au second l'estocade un peu tombée et le Yonnet tardant à rouler l'empêchèrent de sortir en triomphe comme il l'aurait mérité.
Bonnes dispositions aussi d' Alberto Aguilar qui eut, face à son premier Yonnet, de bonnes séquences, conduisant le toro jusqu'au bout de sa charge. C'est un jeune courageux lui aussi, mûr et surtout très ferme dans sa manière de conduire l'animal. Il plaça une bonne épée méritoire compte tenu de sa taille mais ses difficultés au descabello lui ôtèrent un trophée. Il sortit "por todas" au dernier un impressionnant castaño qui s'éteint rapidement, la faena tournant court.
 
Au total, une course prenante d'un bout à l'autre, deux toreros morts de faim qui surent se dépasser dans cette guerre de tranchée, effrayante par moment. Sans doute, leur effort méritait-il d'être mieux valorisé.
 
Pierre Vidal
        
 
 
Aignan, dimanche, 4/5ème d'arène.
Six toros de Hubert Yonnet
Rafaelillo en rouge et noir: silence et sifflets
Manuel Escribano en vert et or: une oreille et palmas après avis.
Alberto Aguliar en mauve et or: saluts après avis et ovation après avis.
 
 
Le matin 
5 erales du Lartet. Demie arène.
Daniel Soto : oreille et oreille
Louis Husson: saluts  et oreille
El Adoureño: saluts.