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Mont-de-Marsan (24/07/2015) : Chapeau Maestros...

@Roland Costedoat
@Roland Costedoat
Le public montois s’est réconcilié avec ses arènes ce vendredi grâce à deux toreros de premier plan. Face à eux, 5 Victorianos del Rio et un sobrero de Juan Pedro Domecq, bien présentés, mais soso et sans qualité particulière et avec parfois des défauts. On aurait pu avoir une corrida comme celle de mercredi. Mais Enrique Ponce et Yvan Fandino en ont voulu autrement. On va tout de suite mettre de côté les trophées accordés qui peuvent toujours être discutés pour s’intéresser à ce qui s’est passé en piste.

Enrique Ponce reçoit d’abord un toro qui mettra les reins à la première pique et poussera la seconde. On a d’abord la sensation d’un script pré-établi. Ce doit être la corrida de Ponce. Hommage vibrant après le paseo, musique qui joue un répertoire « adapté ». Cela sent le remake de Joselito à Istres. Le torero de Chiva rentre dans le jeu et construit une faena faite de superbes gestes en synchronisme avec la musique. Le toro noble collabore Le public par ses silences et ses ovations aussi. C’est esthétiquement superbe, le toro transmet peu d’émotion mais le torero le fait à sa place. Il manquera juste à cette faena pour les esprits chagrins que le torero se croise un peu plus. A retenir la superbe série qui la termine. Le maestro Ponce obtient une oreille après une entière en avant et deux descabellos.

Yvan Fandino reçoit un toro faible qui sera économisé au cheval. Le début de faena est décousu, elle démarre vraiment à la troisième série. Le toro hésite parfois avant de charger mais le torero basque l’oblige et réalise des séries méritoires voire bonnes des deux mains. Le final par bernardinas est superbe. La mise à mort moyenne (une demie et une entière tombée) n’empêche pas le public d’arracher à la présidence une oreille. A ce moment de la course on en a vu plus que lors des deux premières après-midi.

Le troisième s’endort sous le cheval et est un manso. Ponce la règle avec quelques derechazos efficaces. Puis avec autorité, du métier et de la classe, il embarque le toro dans sa muleta. Tout est beau, suave, dominateur ; il manque cette jambe dans le terrain qui aurait fait de cette faena un chef d’œuvre. Comme les deux premiers, le Victoriano, noble sans plus, transmet peu, c’est Ponce qui le fait à sa place. Le diestro perd les trophées à l’épée et doit se contenter d’une vuelta. Jusqu’à maintenant on a vu des faenas belles esthétiquement mais on n’a pas vu de combat ou de toreros qui puisent dans leur métier pour les construire.

Le quatrième Victoriano sort avec les cornes complètement explosées. Renvoyé au corral, il est remplacé par un Juan Pedro Domecq. Ce dernier sera aussi mauvais que ses frères sortis en piste la veille. Il a peu de charge, est tardo. Fandino va lui inventer une charge en lui imposant sa volonté. Le toro dominé se rend et permet au torero d’apporter une touche d’esthétique dans sa dernière série. Malheureusement Yvan tue mal d‘un pinchazo, une entière tombée. Il doit se contenter de saluer au tiers.

La corrida a pris à ce moment une autre tournure et lors des deux dernières faenas, au delà de la recherche de l’effet, les deux toreros vont devoir puiser dans leur répertoire et leur expérience. Ils réaliseront alors les deux meilleures faenas de l’après-midi, chacun dans son style, Ponce avec art et Fandino avec autorité.

Le cinquième est un toro de Cortès, l’autre fer de Victoriano del Rio. Mal piqué, il est brusque et manque de franchise. Tardo il demande à être lidié. La faena comportera deux parties. Dans un premier temps, croisé et avec beaucoup de sincérité, Ponce va gommer les défauts du toro. Une fois arrivé à ses fins, il va réaliser une seconde faena faite de douceur, de suavité et de beauté. Il toréé à gusto et finit une série magnifique genou ployé avec changement de main et abanicos. Une oreille après une mise à mort moyenne (entière de côté et un descabello.).

Fandino reçoit son toro à la cape à genoux dans les tablas. Le toro fuit et ne se fixe pas Le torero se dirige vers le centre et va réaliser une série, débutée à genoux, exceptionnelle d’autorité et de domination. Le ton est donné, le basque veut lui aussi sortir a hombros. Le toro est économisé à la pique. Le sobresaliente Jerémy Banti est invité à réaliser un quite. Pour ne pas être en reste, la cuadrilla banderille le Victoriano avec beaucoup d’efficacité. Le toro n’a pas beaucoup de qualité. Il est manso. Fandino va lui imposer avec une grande autorité une faena au centre du ruedo. Il va réaliser des séries élégantes et techniquement parfaites et dominer son opposant jusqu’à pouvoir réaliser une très belle série de manoletinas. Estocade en deux temps et la présidence accorde deux trophées.

Corrida intéressante à multiples facettes. On est passé d’un spectacle beau, mais un peu artificiel, à une leçon de tauromachie donné par deux grands techniciens. Il a juste manqué, pour contenter tous les aficionados et en faire une grande corrida, des toros plus sérieux qui font leur devoir au cheval. Et pour qu’elle passe à l’histoire, un toro qui prend trois grandes piques, encasté, combat et meurt tué par une grand lidiador au centre du ruedo. Mais ce sera peut-être pour ce jour.
Sortie en triomphe des deux maestros, gâchée par la présence, injustifiée et même ridicule, à leur côté du mayoral.

Fiche technique : troisième corrida des Fêtes de la Madeleine 2015
Quatre toros de Victoriano del Rio, un de Cortès (5) et un sobrero de Juan Pedro Domecq (4) ni vraiment nobles, ni vraiment braves pour :

Enrique Ponce : une oreille, vuelta, une oreille
Yvan Fandino : une oreille, salut au tiers, deux oreilles

Sobresaliente : Jéremy Banti
12 piques souvent pour la forme
L’arrastre du sobrero de JP Domecq est sifflée
Quasi lleno, soleil de plomb
Présidente Nathalie Garcia, assesseurs Franc Lanati et Philipe Lalanne, qui a bien mené les débats en résistant en particulier à des demandes de vuelta non justifiées pour
les toros.
Un détail à corriger, le premier avis est donné systématiquement à plus de 12 minutes.


Thierry Reboul


Voir le reportage photographique : Roland Costedoat