Mont-de-Marsan (25/07/2015 - tarde) : Au Plumaçon, un très bon lot de Cebada Gago, une oreille pour Rafaelillo et Perez Mota...

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@Roland Costedoat
@Roland Costedoat
Mont de Marsan a la particularité d’offrir à ses deux visiteurs deux férias (ici on parle de Fêtes) en une. Les trois premières journées sont consacrées à des corridas « toreristes » à base de figuras et les deux dernières à des corridas toristes à base de toreros vaillants.

Il s’agit pour les organisateurs de trouver un subtil équilibre entre une influence sévillane (ou dacquoise) et celle de Bilbao (ou de Vic). La première corrida de la seconde partie des Fêtes de la Madeleine a fait le plein sur les gradins. Il y a eu de l’émotion en piste grâce à un très intéressant lot de Cebada Gago et deux toreros, Rafaelillo et Manuel Perez Mota, qui ont « mouillé » la chemise.
Fait notable et remarquable, deux piqueros, Juan José Esquive et Tito Sandoval, sont sortis sous l’ovation du public debout. La musique a même joué lors du tercio de piques au cinquième toro.
Les Cebada Gago, très bien présentés et armés, ont créé beaucoup d’émotion en piste. Certains très dangereux ont posé des difficultés aux toreros, les obligeant à lidier pour corriger leurs défauts. Compliqués, ils ont toujours été toréables. Le cinquième a été un grand toro, complet lors des trois tiers mais il a été gâché par Castaño. A aucun moment le public ne s’est ennuyé.

Le premier toro baisse la tête dans la cape mais réfléchi avant de charger. Il est mal piqué à la première rencontre et prend une bonne seconde pique. Il est blendo (douillet) et a une charge courte. Vite avisé, il ne permet aucune faute de la part de Rafaelillo qui construit une faena « de combat » courageuse. Il lui permet de réaliser des séries courtes mais qui transmettent, par le danger présent en piste, de l’émotion. Le torero s’engage pour une très belle entière très efficace et fait une vuelta.
Le quatrième, très beau cardeño, éjecte le cavalier du cheval après une très belle et émotionnante pique d’Esquivel. Placé de loin et cité comme en tienta, il viendra deux fois et sortira seul. Le piquero change de terrain et cite pour une splendide rencontre au cours de laquelle le toro s’investit et pousse. Grande ovation au piquero qui a lidié, avec son torero, un très intéressant manso con casta. A la muleta le toro cherche l’homme des deux côtés. Rafaelillo va s’arrimer. La faena sera essentiellement droitière et petit à petit parce qu’il se croise et guide la charge, le torero va prendre le dessus sur le bicho. Le danger est maîtrisé mais il reste présent et le Cebada Gago ne manque pas de le rappeler. Le matador s’engage avec foi pour une entière très rapide d’effet mais avec hémorragie. Le torero de Murcia, a qui le Plumaçon réussit, coupe une oreille largement méritée et de bien plus de poids que celle de Padilla face aux Domecq.

C’est plus la cuadrilla de Javier Castaño qui va briller que le torero. Le second toro est bien mis en suerte mais mal piqué à deux reprises. Excellent tercio de banderilles, à l’issue duquel les deux peones (Otero et Sanchez) saluent. Le toro est compliqué et dangereux. Il va accrocher le matador à plusieurs reprises, dont une fois où la corne passe près du visage. Les séries sont données sans se croiser et ne pèsent pas sur le toro. Pas dominé, il déborde le torero. L’épée plate ne vient pas relever le niveau de sa prestation.
Le cinquième superbe colorado, dans le morphotype de la ganaderia, va prendre quatre piques avec bravoure, partant de plus en plus loin. Il s’élance pour la dernière du terrain du toril (grande ovation à Tito Sandoval). Très encasté, il fait aussi preuve de fixité. Il met la tête et répète dans la muleta. Hélas Javier Castaño n’est pas à hauteur de son adversaire. Il ne se croise pas, toréé sur le voyage. Il ne pèse pas sur l’animal qui finit par prendre le dessus. Le torero rend les armes et la faena part à vau l’eau. Silence réprobateur du public face à un tel gâchis et grande ovation à l’arrastre d’un grand toro qui aurait largement mérité, lui, de faire une vuelta.

On a vu ce jour Perez Mota dans un registre très différent de celui d’Eauze. Face à des toros dangereux et compliqués il va s’exposer, prendre des coups mais aussi dominer des adversaires que certains n’auraient même pas voulu voir en fac similé. Son premier est un manso qui prend trois piques en sortant seul. Perez Mota se croise et fait humilier le Cebada Gago. La faena est dominatrice mais le toro sur un coup de tête accroche à deux reprises le torero dont une fois sévèrement. Le courage et la qualité de la faena seront récompensés à juste titre par une oreille.
Le sixième est lui aussi un manso. Mais il est tardo, se défend sur place et ne passe qu’à droite. Quelques bons détails et la faena tourne court. Silence après une belle épée et deux descabellos.

Sortie ovationnée de Rafaelillo et Perez Mota, quelques sifflets pour Castaño, et un public content qui restera longtemps autour des arènes pour échanger sur cette belle tarde de toros.

Fiche technique : Quatrième corrida des Fêtes de la Madeleine 2015
6 toros de Cebada Gago, bien présentés donnant du jeu et créant de l’émotion en piste. Supérieur le cinquième exemplaire très mal exploité par Javier Castaño

Rafaelillo : vuelta, une oreille
Javier Castaño : silence, silence
Manuel Perez Mota : une oreille, silence

17 piques, ovation, public debout, pour les piqueros Juan José Esquivel et Tito Sandoval
Salut des banderilleros Angel Otero et Fernando Sanchez au second
Lleno, soleil et température agréable
Président Philipe Lalanne assesseurs Franc Lanati et Marcel Garzelli

Thierry Reboul


Voir le reportage photographique : Roland Costedoat