Dax (15/08/2015 - tarde) : Corrida de Pedraza de Yeltes très mouvementée...

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@Roland Costedoat
@Roland Costedoat
La température sur les gradins est montée au fur et à mesure de la corrida, non par l’effet du soleil encore pâlichon mais par celui de la montée d’adrénaline en piste et sur les gradins provoquée par les toros de Pedraza de Yeltès. Tous très bien présentés, ils ont eu des comportements variés et ont souvent dominé les toreros. Mansos con casta, ils sont tous morts en luttant pour ne pas tomber.


Quand est sorti le sixième, le lot du jour était qualifié de bon, meilleur que celui de Madrid, mais moins bon que celui d’Azpeita et surtout que celui de Dax en 2014. Le sixième fera monter d’un cran l’ambiance, il sera avec Alain Bonijol l’acteur principal d’un tercio de piques qui restera dans les mémoires. Pour ce qui est de cette phase de la corrida, le comportement du public dacquois est surprenant. Les spectateurs ont ovationné Gabin Rehabi auteur d’une bonne pique qui s’est contenté de laisser le toro se coller contre le cheval, palo levé, lors des deux suivantes. Il a chichement applaudi Alberto Sandoval ,grand professionnel, qui a superbement cité et piqué le quatrième, réticent à venir,à trois reprises en contenant avec le palo la charge d’un sérieux manso con casta. Il a fallu attendre ce quatrième tercio pour voir de vraies piques avec des toros tenus sous le fer Il est difficile de juger la bravoure des trois premiers, les picadors relevant trop vite le palo ce qui arrête la poussée des toros. Il y a aussi un problème avec le positionnement des piqueros qui ne respectent pas la zone qui est tracée sur la piste et piquent hors sitio.


Le premier toro met la tête dans la capote de Javier Castaño. Il prend trois puyazos sans vraiment pousser (cf. plus haut). Fernando Sanchez pose une superbe paire de banderilles et doit saluer. Le toro est noble et sans vice. Il vient bien très bien à droite. A gauche. il est un peu plus complexe Les deux premières séries de derechazos sont bonnes .Par la suite , Castaño ne se croise pas et petit à petit perd du terrain .Il est très en dessous des possibilités du toro et finit par indisposer le public. La mise à mort est laborieuse (mete y saca, entière basse à la rencontre, deux pinchazos, 9/10èmes et un descabello). Le torero est sifflé l’arrastre est applaudie comme le seront les arrastres suivantes.
Pas de desquite au quatrième, c’est la cuadrilla qui recueille le plus d’applaudissements. Alberto Sandoval cite, toréé et pique à trois reprises un toro qu’il faut fortement solliciter pour qu’il charge mais qui pousse sous le fer. Le Pedraza est un vrai manso con casta. Il a une très bonne corne droite et vient bien à gauche. Il ne demande qu’à être toréé Ce que ne fera pas Castaño qui finira par être dominé (c’est le monde à l’envers) par le bicho. Le torero tente le tout pour le tout en citant à recibir pour estoquer L’épée est très mal placée.

Perez Mota jouait gros cet après-midi. Très mal aidé par une cuadrilla dépassée, il passera à côté de deux toros qui permettaient. Son premier renverse à la poussée le piquero à la première pique et ne s’investira pas dans la suivante. Le toro est noble, un peu soso .Le torero ne saura pas exploiter sa charge et mettre un peu de transmission dans la faena. Celle-ci s’éternise et est mal conclue à l’épée (quatre entrées à matar pour trois fois 1/3 de lame et une entière de côté).
Le cinquième prend trois piques en poussant mais il en sort seul. La cuadrilla est débordée aux banderilles .Le toro est aussi un manso con casta .Les séries de Mota manquent de poder.Le torero ne pèse pas sur un toro qui finit par prendre « de mauvaises habitudes » et à glisser vers les planches Une fois de plus cet après-midi, c’est le toro qui est le patron en piste. Nouveau silence après une entière très en avant et deux descabellos.

Juan del Alamo est un torero qui mériterait de plus toréer. Il a parfois du mal à se maîtriser et ses réactions, muleta en main, ou face à l’adversité sont souvent dictées par une grande nervosité qui lui a souvent joué des tours. Son premier chargera avec alegria par deux fois à la pique mais ne peut être jugé car le piquero ne l’incite pas à pousser en relevant trop vite le palo. Le toro est noble et encasté .Il vient bien et fort dans la muleta. Comme souvent Del Alamo cite de loin, se croise et allonge la charge dans les premières séries .Puis il devient brouillon et alterne des séries de bonne qualité où il pèse sur le toro avec d’autres où c’est le toro qui pèse sur lui. Il tue d’une bonne entière après un pinchazo .Le public, jusqu’alors frustré par les prestations des deux autres toreros, demande et obtient la première oreille de l’après-midi. Le mouchoir bleu est également sorti ce qui est aberrant compte tenu du premier tiers en demi-teinte.
Le sixième est une estampe de toro .Il est ovationné à sa sortie en piste .Il remate systématiquement aux planches et prend le dessus sur le torero à la cape. Il prend dans sa ligne de mire le piquero qui rentre en piste et est encore devant le patio de caballos. Le Pedraza traverse la piste pour charger le groupe équestre en s’échappant de la cape de Del Alamo. Le peon chargé de protéger le piquero dans son déplacement au lieu de couper le toro abandonne son poste .Le bicho percute le groupe équestre, sous la morsure du fer il s’allume .Il
pousse, soulève le cheval et le renverse. Le picador reste coincé. Les cuadrillas dégagent le cavalier mais n’interviennent pas pour dégager le toro du cheval au sol. Apathie des trois matadors, des peones qui par leur comportement, qui visent à laisser le toro s’épuiser contre le cheval à terre, mettent en péril les monosabios qui eux prennent des risques pour protéger le cheval. Le toro va à nouveau échapper au torero alors que le cavalier n’est pas remonté et c’est Alain Bonijol et son équipe qui font le quite alors que matadors et peones restent prudemment à distance. Le toro est à nouveau piqué dans le terrain du patio de caballos. En plus d’avoir mis en danger les monosabios, l’incurie du matador, de sa cuadrilla et du chef de lidia nous a privés d’un grand tercio de piques. Le Pedraza est un señor toro brave qui met en déroute les peones aux banderilles. Très encasté il livre un vrai combat avec Del Alamo qui construit une bonne faena mais n’arrive jamais à dominer ce tonton qui sort vainqueur du duel L’estocade à recibir résulte de côté .Le bicho lutte en brave pour ne pas tomber, il se relèvera une première fois et devra être descabelle. Un partie du public demande et obtient une oreille que l’autre conteste avec raison. Il ne faut pas oublier que le trophée récompense tout le travail du torero et que la qualité de la lidia se juge sur les trois tercios. Après la vuelta du toro très applaudie, une partie du public siffle le matador. Pour apaiser les contestataires, Del Alamo associe à son tour de piste le mayoral de l’élevage. Les spectateurs appellent Alain Bonijol à saluer en piste. Celui-ci associe à cet hommage, les six picadors et le cheva qui a piqué le dernier toro. Dommage que les membres de la cuadra aient été oubliés.


Au moment de sortir en triomphe, nouveaux sifflets, Del Alamo pique un coup de sang à la Roberto Alagna, envoie balader tout le monde et sort à pieds. Le mayoral, ovationné, sort lui en triomphe par la porte du patio de caballos. Fin agitée d’une corrida entretenue et qui ne peut qu’inciter les dacquois à programmer à nouveau les Pedraza en 2016.

 

Fiche technique : Quatrième corrida de la Feria de Dax 2015
6 toros de Pedraza de Yeltes bien présentés, braves et qui ont souvent été les patrons en piste pour

Javier Castaño : avis et sifflets, silence
Manuel Mota : silence, salut au tiers
Juan del Alamo: une oreille, avis et une oreille

Dix sept piques, trois chutes
Ovations aux piqueros Gabin Rehabi au troisième ,Fernando Sanchez au premier et Alberto Sandoval au quatrième
Vuelta discutable au troisième toro et amplement méritée au sixième
Salut de Fernando Sanchez au premier et d’Angel Otero au quatrième
Salut à l’issue de la course d’Alain Bonijol, des 6 piqueros et vuelta du cheval ayant piqué le sixième toro. Dommage que les trois monosabios
de la cuadra Bonijol qui ont cité le dernier toro à cuerpo limpio pour protéger le cheval n’y aient pas été associés
Curro Sanchez le mayoral accompagne Del Alamo dans sa vuelta au sixième
Sortie à pied de Del Alamo vexé d’entendre des sifflets au moment d’être porté en triomphe
Sortie a hombros du mayoral de la ganaderia Pedraza de Yeltès
Le soleil est revenu, côté température c’est encore limite
Lleno

Thierry Reboul

 

Voir le reportage photographique : Roland Costedoat