Arles (13/09/2015 - tarde) : L'oreille du (gros...) cœur d'Alberto Aguilar...

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@ElTico
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Je ne me réclame d'aucune chappelle taurine particulière, me considérant capable de m'émouvoir de tout et ayant été d'ores et déjà été taurinement ému par des spectacles très différents... J'entends parfaitement les tenants d'une tauromachie "plus dure", qu'ils considèrent "plus authentique", fustiger avec beaucoup de ferveur, à corps et à cris la mono-encaste "Domecq" et ces ferias construites pour et par les vedettes... Mais lorsqu'un spectacle "torista" est proposé dans une arène de première catégorie, comme cet après-midi à Arles, cette aficion si difficile manque cruellement à l'appel...

"Cebada Gago", me direz-vous, c'est aussi quelque part du "Domecq". Mais nous faisions le même constat il y a quelques mois de cela, lors de la corrida de Victorino Martin dominicale, aux Pentecôtes Nîmoises. Et quand on rajoute que ce public, pourtant si avisé, peut quelquefois manquer autant de respect envers les matadores qui osent relever le défi de ces "corridas-galères", cela ne peut que décourager les organisateurs d'en proposer encore...
Je dis ça, je dis rien, comme le proclamait l'autre... Mais j'en profite pour adresser un sacré coup de chapeau aux trois gladiateurs qui ont affronté la corrida de "Cebada Gago" de ce dimanche après-midi en Arles.

Le matador de toros Fernando Robleño fêtait aujourd'hui son trente sixième anniversaire... Et le moins que l'on puisse dire, c'est que ni les toros, ni le public des arènes d'Arles ne lui ont fait le moindre cadeau. Le "Cebada Gago" qui ouvrait la course prit deux piques, mal données, avec alegria. La faena, majoritairement droitière face à cet adversaire qui se jetait avec violence dans le leurre, fut toute de technique et très professionnelle, avant une entière tendida et deux descabellos. Silence.
Le quatrième de l'envoi, une estampe de toro, prit quatre piques façon boucher et sema la panique dans les cuadrillas durant les deux premiers tiers. La cosmétique commerciale nous l'apprend tous les jours: Ce n'est pas parce que le contenant est beau que le contenu est bon... Fernando Robleno fit un gros effort, en grand professionnel, face à cet adversaire dangereux... Prestation malheureusement très mal conclue aux aciers et...sifflets.

Alberto Aguilar vit également son premier exemplaire prendre les commandes de l'arène durant les deux premiers tercios. La faena sera toute de courage et d'abnégation devant un toro présentant un danger de tous les instants. Après de longues minutes d'un combat angoissant, le madrilène perdra tout le crédit accumulé en une douzaine d'assauts sincères aux aciers... Sifflets injustifiés après avis.
Le cinquième allait se révéler tout aussi dangereux après deux piques prises sans émotion. Le petit madrilène au grand coeur fit une nouvelle fois un gros effort mais se vit cette fois-ci récompensé par l'octroi d'une oreille après une entière engagée qui envoya rapidement le bicho à terre, avant qu'il ne soit malencontreusement relevé par le puntillero. Oreille.

Mehdi Savalli devait être le rayon de soleil d'une corrida aussi grise que le temps... Malheureusement, ses deux adversaires du jour ne lui ont guère laissé d'occasion de briller, s'arrêtant tous les deux dès l'entame de faena. Après une belle réception à la cape, le troisième de l'envoi sera bien piqué sur deux rencontres lointaines par Marc Raynaud. Après un tiers de banderilles enlevé, le toro resta sans force ni race, ne laissant aucune option à Mehdi Savalli, malgré tous ses efforts pour donner à son travail un relief que le toro n'avait pas. Atravesada puis descabello. Saluts.
Deux largas de rodillas pour saluer le "Cebada Gago" titulaire, qui se blesse à l'antérieur gauche rapidement. Deux belles piques de Nicolas Bertoli sur le réserve du même fer. Mais après les banderilles posées par le Maestro, le toro entame le troisième tiers en se défendant sur place, vidé de ses forces. L'arlésien le couche d'une entière foudroyante au deuxième essai. Applaudissements de réconfort.

 


Arles - dimanche 13 septembre 2015
Dernière corrida de la Feria du Riz 2015
Environ 1/3 d'arène
Temps couvert avec vent, mais sans précipitations.
Durée de la course : 2 heures 20
14 rencontres avec les groupes équestres armés par la cavalerie Alain Bonijol
Sept toros de Cebada Gago supérieurement présentés, donnant un jeu réduit, dangereux en général pour :

 

Fernando Robleño : Silence et sifflets après avis
Alberto Aguilar : Sifflets après avis et oreille
Mehdi Savalli : Saluts et applaudissements

 

Laurent Deloye ElTico

 

Voir le reportage photographique : ElTico