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Aignan (27/03/2016 - tarde) : Triomphe de Cesar Valencia, petit par la taille mais grand par le cœur...

@Christian Sirvins
@Christian Sirvins
Test important que la corrida du jour pour Fabrice Torrito, le mayoral de la ganaderia Albaserrada. Depuis qu’il a repris en main les destinées de cet élevage, il s’efforce de lui redonner son lustre d’antan en particulier en y faisant des apports sang Pedrajas qui en est la base génétique initiale.

Au débarquement, un des 6 toros prévus s’est blessé et sera remplacé par un toro du Camino de Santiago. Rien à dire côté présentation, le lot est allé à mas avec trois derniers exemplaires qui peuvent sortir dans beaucoup d’arènes de première catégorie. Mais au plan moral, il faudra encore du temps et de l’obstination pour réparer les conséquences d’une sélection absente ou mal maîtrisée. Fabrice, après les peleas de ses quatre premiers pupilles devait commencer à douter de lui. Ces toros ont fait preuve de faiblesse et d’une certaine mansedumbre avec quelques paillettes de noblesse. Ce cocktail peut satisfaire le spectateur, à condition que les toros soient lidiés avec pertinence, il ne peut en aucun cas satisfaire un ganadero. Heureusement à la fin de cette longue corrida (près de trois heures) est sorti le toro dont rêve Fabrice. Brave et noble à la fois, il a eu la chance de rencontrer un petit bonhomme venu du Venezuela, Cesar Valencia, qui a su rester devant et mettre en valeur ses qualités.

Sanchez Vara, le chef de lidia, a toréé à minima face à un premier toro noble mais manquant de moteur et un second plus compliqué dont il n’a pas voulu tirer grand-chose. Le troisième, Alberto Lamelas, est le chouchou du public gersois depuis son exploit en 2014 à Vic. Il nous a fait, lors de ces deux faenas, la démonstration de son courage, de sa sincérité et d’une certaine efficacité dans la lidia. Mais soit par envie de trop bien faire, ou pour profiter au maximum de l’opportunité offerte de toréer, il a prolongé au-delà du raisonnable ses faenas. Il n’a évité le troisième avis, à son second, que parce que la montre du président n’a pas supporté le passage à l’heure d’été.

Le premier toro sort avec des cornes très abimées après avoir tapé dans les chiqueros au moment de l’apartado. Dès sa sortie, on constate qu’il veut charger mais qu’il n’a pas le moteur et le carburant nécessaires. Après le traditionnel saut à la garrocha de Raul Ramirez Rodriguez et un tercio de banderilles très moyen, Sanchez Vara entreprend le bicho à mi-hauteur. Le toro s’engage bien dans la première passe mais il n’a pas les moyens physiques de supporter un enchaînement. La faena est hachée et manque de brio. Après quelques naturelles de face, le torero de Guadalaljajra tue très mal.
Le quatrième pousse au cheval, mais il est très mal piqué. Accrocheur dès les premières passes de cape, il se défend dans la muleta. Il demande motivation et application du torero. Sanchez Vara n’a ni l’une, ni l’autre et en plus il tue mal.

Le Camino de Santiago sorti en second fait une vuelta de campana puis prend deux piques sans grand style. Comme souvent avec Alberto Lamelas, les deux premiers tiers sont très décousus (pour ne pas employer de vocables plus précis mais moins civils). Au troisième tiers, le toro est tardo. Il faut beaucoup d’autorité pour le faire partir et encore plus pour lui faire enchaîner les séries. Lamelas est un vrai lidiador et il va le prouver. Il se croise, va dans le berceau et oblige son adversaire. Le toro se décompose et regarde vers les tablas, et le torero de Jaen lui tire, avec une certaine élégance, deux séries dominatrices. Il coupe la première oreille de sa temporada.
Le cinquième est faible et manque de race. Lamelas en se croisant, encore et toujours, et avec beaucoup de volonté tire des séries à un toro qui n’en veut pas. Il nous prouve ainsi ses capacités de et sa sincérité. Mais face à un toro décomposé, il en fait trop. Une fois la preuve apportée, les exemples n’apportent plus rien à la démonstration de la théorie et risquent de fausser le jugement du public. Le matador monte l’épée alors que le second avis aurait du être sonné, le toro est difficile à fixer et les avis finissent par tomber. Le troisième n’est évité que par défaillance technique de la montre du Président. Vuelta chaleureuse et sortie du torero à l’issue de la course très applaudie.

Cesar Valencia nous a aidé en cet après-midi à comprendre pourquoi il aurait du être programmé à Vic et pourquoi il ne le sera pas. Il est vaillant et courageux au possible. Il se bat avec tous ses moyens face à des toros toros, mais il manque encore de métier et de recours. Les deux volteretas qu’il a subies auraient pu, comme celle face à Cubano à Vic, avoir des conséquences dramatiques. Le troisième toro, joliment présenté est très bien mais pas assez piqué par Alberto Sandoval. Il met en danger en les poursuivant jusqu’aux planches les banderilleros. Le toro est manso et accrocheur. Le torero est vaillant, mais ne pèse pas assez sur son adversaire. La faena est intéressante. Mais le toro arrive à la mort sans être dominé et prend spectaculairement à l’issue de l’estocade, le jeune torero. L’épée est efficace et le public, sous le coup de l’émotion obtient une oreille.
Alors qu’une certaine lassitude gagne les gradins, sort un superbe toro costaud et playero. Il fait preuve de beaucoup d’alegria dès les premiers capotazos. Il prend, bouche close et en poussant, trois piques sérieuses. Il est très bien banderillé par Manuel Linejo qui est invité à saluer. Valencia comprend très vite qu’il a un excellent toro face à lui. Il le cite de loin, profitant de la caste et l’alegria du bicho. Torero et toro « s’accordent » dans de très bonnes séries à droite. Sur une faute de placement le vénézuélien est pris de plein fouet et durement secoué. Il se relève, repart au combat et coupe une oreille largement méritée malgré une mise à mort en deux temps, vuelta pour récompenser le toro. Alors que Cesar Valencia sort en triomphe sur les épaules de son ami vicois « Tenaille », Fabrice Torrito a retrouvé le sourire. Il va pouvoir s’appuyer sur le dernier toro pour continuer son long travail de reconstruction

Fiche technique :
Aignan, corrida des fêtes : 5 toros du Marquis d’Albaserrada, faibles ou decastés les quatre premiers, exceptionnel celui sorti en sixième position et un toro du Camino de Santiago (second) pour

Sanchez Vara : silence, silence
Alberto Lamelas : une oreille avec un avis, vuelta après deux avis
Cesar Valencia : une oreille, une oreille

Vuelta au sixième toro
Cavalerie Heyral
9/10 ème d’arènes
Grand soleil et beau ciel bleu (désolé pour nos amis du Sud Est)

Thierry Reboul