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Garlin (10/04/2016) : Luis David Adame triomphe, découverte de David Carretero face à de grands Pedrazas de Yeltès...

@Roland Costedoat
@Roland Costedoat
En Provence et Languedoc, il est des villages où depuis des décennies c’est le même élevage qui fournit la grande course de la fête. Aux Portes du Béarn, à Garlin, c’est avec la ganaderia Pedraza de Yeltès qu’une histoire d'amitié et de passion est en train de se construire. Pour la troisième année consécutive, le ganadero a salué et le mayoral a été fêté par un public enthousiaste.

Fruit du travail des organisateurs, c’est devant un quasi lleno que s’est déroulé cette novillada. Très bien présentés, plus toros que novillos, les utreros du ganadero de Salamanque ont maintenu l’intérêt en piste du premier au troisième tercio. Commencée mollement avec un novillo soso, la course est allée à mas à partir du troisième avec deux tercios de piques (4 et 5) qui ne sont pas sans rappeler celui du sixième toro de Dax l’an passé. Véritables machines à charger, très exigeants, les trois derniers ont obligé les trois toreros à monter «le niveau ». Si Galdos a été décevant, Carretero a confirmé la bonne impression laissée lors des qualifications matinales. Bien plus sérieux et concentré qu’à Mugron, Luis David Adame a su profiter de la noblesse suave du dernier pour réaliser une très bonne faena. Dommage que les mises en suerte et la lidia au premier tiers n’aient pas été à la hauteur de la bravoure des novillos.

Le premier, le plus léger du lot, est un novillo très ensellé. Mal mis en suerte, il prend une première pique en poussant, puis un picotazo. Il est faible et soso. Ce sera le seul novillo « simple » et Galdos n’aura aucun mal à le dominer. Mais la soseria du bicho et l’apparente facilité d’un novillero aux portes de l’alternative donnent peu d’émotion. On notera une très belle série à droite avant que le Pedraza se sente une attirance pour les tablas. Le torero le ramène, avec difficultés, vers le centre pour le tuer. Le péruvien pinche à deux reprises avant de mettre une entière basse.

Le second, joli colorado, humilie dès les premières passes de cape. Mal piqué, il s’emploie tout de même à deux reprises au cheval. Diego Carretero, issu des qualifications, a une excellente main droite avec laquelle il réalise de bonnes séries templées. Mais il manque encore de métier, il commet l’erreur d’imposer des séries de quatre à cinq passes à un toro qui a besoin d’être replacé à distance pour continuer à s’investir. La faena, trop longue, va à menos et le toro se décompose et accroche violemment le torero. La mise à mort est laborieuse et Carretero flirte avec le troisième avis.

La troisième boite bas lors de sa sortie du toril. Protesté, il sera maintenu en piste. Le président a eu raison car le toro se reprend en début de faena. Préservé à la pique, il commence par prendre le dessus sur Luis David Adame. Le mexicain se reprend lui aussi et plus sérieux qu’à Mugron réalise une faena honorable tout en restant en dessous des possibilités du novillo qui lui va à mas. On retiendra deux bonnes séries à droite et à gauche, petite réminiscence mugronnaise avec un final plus spectaculaire qu’efficace. Après un pinchazo, l’estocade entière basse et en avant est très rapide d’effet. L’oreille arrachée au président est légèrement contestée par une partie du public.

La course va à mas,et montera d’un cran avec le quatrième. Bien présenté, il va imposer sa loi au premier tercio. Sans être mis en suerte, il part de loin sur le cheval, la pousse et le renverse. Les cuadrillas ont beaucoup de mal à le canaliser, il souffle un vent de panique en piste, le Pedraza voulant en découdre avec le groupe équestre alors que le cheval est encore au sol ou sans cavalier. L’ordre rétabli, le toro prend, en poussant, deux bonnes piques administrées par Luis Miguel Leiro. Galdos a la tête à Istres. Le toro charge avec alegria et noblesse, mais le début de faena est très marginal. Rappelé à l’ordre par une partie du public, le péruvien s’investit un tout petit peu plus. La faena est très en dessous des possibilités offertes. C’est bien mais cela manque de sincérité et d’engagement. Il faudra attendre les dernières passes pour voir une série digne du leader de l’escalafon des novilleros. La mise à mort est très « approximative » mais rapide d’effet et une minorité du public obtiendra une oreille qu’une autre partie contestera. L’arrastre est ovationnée.

Comme le quatrième, le cinquième met la panique dans le ruedo à la première pique. Enfin placé, il prend une très belle seconde pique du picador mayoral Curro Sanchez. Rafael Cañada assure une excellente brega aux banderilles. Le toro est sérieux, encasté. Il vient très bien à droite buvant quasiment le leurre et répétant à la moindre sollicitation sur cette corne. David Carretero s’accorde avec lui pour donner des séries dominatrices à droite .A gauche ,c’est plus compliqué au début mais le novillo va aller à mas. Le torero va lui aussi à mas. Il confirme la très bonne impression laissée le matin en exploitant les qualités de son opposant. Il perd tout espoir de trophée à la mort et doit se contenter d’une vuelta très chaleureuse. L’arrastre est à juste titre ovationnée avec une pétition de vuelta

Le sixième, axiblanco, un peu différent des cinq autres par la morphologie le sera aussi par le comportement. Très brave, mais avec une charge moins violente, il prend en poussant trois très bonnes piques faisant chuter le piquero à la seconde. Oscar Bernal est très applaudi par le public, on aurait pu associer à cette ovation, le peon Tomas Lopez excellent dans la brega lors de ce premier tercio. Le toro est d’une noblesse très suave ; Adame en profite pour réaliser un exceptionnel quite par lopesinas données avec finesse et douceur. Moyen au premier avec les palos, la mexicaine pose deux bonnes paires puis une « supérieure ». Le ton est donné. Le cadet des frères Adame, profite de la charge, de la fixité du Pedraza pour l’embarquer dans de superbes séries templées des deux mains. Toro et torero vont à mas et la fin de faena est à gusto. L’estocade est très basse mais aussi très rapide d’effet ; Le mouchoir bleu est sorti pour récompenser l’excellent utrero et Adame reçoit deux oreilles. Il invitera dans sa vuelta le ganadero Luis Uranga.

Ainsi se termine, par la sortie en triomphe de Luis David Adame et de Curro Sanchez, le mayoral, une grande journée d’Aficion en terres béarnaises. Au-delà de l’excellente prestation du jeune mexicain et de la confirmation des qualités exceptionnelles des Pedrazas, nous avons pu découvrir avec David Carretero un novillero intéressant et qui mérite de figurer dans de prochains cartels dans le Sud Ouest.

Fiche Technique : Novillada de Printemps aux arènes de Garlin
6 novillos de Pedraza de Yeltès, bien présentés, braves, nobles et donnant beaucoup de jeu pour

Joaquin Galdos Moreno : un avis et silence, une oreille contestée
David Carretero : deux avis et silence ; un avis et vuelta
Luis David Adame : une oreille, deux oreilles

Cuadra Bonijol
Arrastres du quatrième et cinquième ovationnées
Vuelta au sixième
Vuelta du ganadero avec Adame au sixième
Sortie en triomphe d’Adame et du mayoral Curro Sanchez.
Prix au meilleur piquero pour Oscar Bernal (cuadrilla d’Adame)
Prix au meilleur novillero Luis David Adame
Soleil dans le ciel et lleno sur les gradins.

Thierry Reboul


Voir le reportage photographique : Roland Costedoat

Garlin (matinale) : David Carretero remporte la Fiesta de l’Opportunité...

Il est des courses pour lesquelles un quart de page suffirait à résumer les 6 toros. Pour la fiesta campera matinale de Garlin, plusieurs pages seraient nécessaires pour d écrire la pelea des deux novillos, ou plutôt toros novillos, de Pedrazas de Yeltès. Bizcos mais très costauds (le second dépassait les 550 kg ), ils ont par leur comportement permis de mettre en évidence les qualités (et les faiblesses) des deux novilleros en compétition. En Béarn, le principe est simple, un novillo chacun et le meilleur des deux intègre la terna de l’après-midi.

Le premier Pedraza costaud et bizco humilie dès les premières passes de cape données par Alberto Escudero. Il prend deux très belles piques mettant les reins sous le fer de Curro Sanchez. A la sortie de la seconde, il semble marquer le coup et le tercio est interrompu. En fait le toro va très vite se reprendre et aller à mas. Il attaque avec alegria la muleta, part de loin et humilie à gusto. Le jeune torero de Salamanque l’entreprend dans de bonnes séries à droite. Malheureusement il ne profite pas de la charge du novillo, cite de trop près. Le novillo met en évidence les limites techniques du novillero. Le toro va à mas, prend le dessus sur le torero qu’il secoue à plusieurs reprises. Le moment de l’estocade et la mise à mort sera un long chemin de croix pour Escudero. Le novillo, frère de celui qui avait fait une vuelta lors de la fiesta campera en 2014, est ovationné à l’arrastre (il aurait lui aussi mérité une vuelta).

Le second est un señor toro, presque plus haut que son opposant Carretero. Il prend trois piques en poussant et partant de loin. C’est un vrai manso con casta. Il est compliqué, sérieux. Malgré les difficultés, le novillero va s’arrimer et exploiter la très bonne corne droite du bicho. Les séries à droite sont templées et dominatrices. Le Pedraza ne permet pas la faute, le novillero arrivera à s’imposer. Il tue d’une quasi entière au deuxième essai et se qualifie logiquement pour l’après-midi. Nouvelle ovation à l’arrastre qui conclut une très belle matinée d’Aficion.

Fiche technique : Arènes de Garlin Fiesta campera de l’opportunité
Deux novillos plus que toros, bravas et encastés de Pedraza de Yeltès pour

Alberto Escudero silence
David Carretero salut en piste

5 « vraies » piques
Cavalerie Bonijol
Les deux arrastres ovationnées
Belle moitié d’arènes
Carretero qualifié par le vote du public, plus de 600 voix d’écart, pour intégrer la terna de l’après-midi

Thierry Reboul

Voir le reportage photographique : Olivier Viaud