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Bougue (24/04/2016 - tarde) : Antoine Madier seul novillero émergeant d’un groupe d’élèves taurins très décevants...

@Philippe Latour
@Philippe Latour
Il est de tradition pour le Bolsin de Bougue de faire appel à la ganaderia de Rafael Cruz. L’excellent lot sorti ce dimanche dans la placita landaise a confirmé les excellentes prestations des erales combattus les années précédentes. Il est probable que l’on reverra cette ganaderia dans ces arènes l’an prochain.


Très bien présentés, ils ont tous fait preuve de caste, partant de loin et répétant dans la muleta des jeunes toreros qualifiés suite à la tienta matinale. On retiendra en particulier le très encasté premier (le préféré du ganadero) et le sérieux et brave dernier qui a été honoré d’une vuelta al ruedo. Face à eux des novilleros qualifiés à l’issue de la tienta matinale qui sont restés en dessous des possibilités offertes, seul Antoine Madier dans la première partie de chacune de ses faenas a su se mettre à la hauteur des toros.
Comme d’habitude, les trois novilleros affrontent chacun un premier bicho, les deux meilleurs gagnant le doit d’en toréer et tuer un second.

Le premier novillo embiste et met la tête dès les premières passes de cape. Il est un peu brusque et se retourne vite. Il déborde rapidement la jeune torera Rocio Romero. La jeune fille est courageuse. Elle récite avec application les passes apprises mais sans véritable lidia. Le début de faena est de bonne facture, mais trop peu dominé le très encasté Cruz prend vite le dessus et met en difficulté la jeune cordouane. L’estocade, quasi entière, est très mal placée.

Vainqueur du Bolsin de Ciudad Rodrigo, David Salvador ne sera pas cette après-midi à la hauteur de sa réputation. Il est débordé à la cape face au second eral. A la muleta, il se croise peu toréé souvent sur le pico. Le bicho répète, les passes sont jolies mais ne pèsent pas sur l’animal. La faena est trop longue et finit par lasser. Le torero de Salamanque doit s’engager à six reprises avant de tuer un eral qui sans être très noble permettait bien mieux.

Le local, même s’il est élève du CFT Nîmois, Antoine Madier était très attendu après son succès à Samadet. Excellent à la cape, il cite de loin son opposant dans les premières séries à la muleta. Il l’embarque dans de bonnes séries à droite et à gauche. Le jeune torero réduit ensuite les distances et confond vitesse et précipitation. Il conduit moins la charge du novillo, se fait toucher la muleta et la fin de faena est brouillonne. Il tente un recibir complètement raté et tue d’une demie.

Se qualifient pour la finale de la finale sans contestation possible David Salvador (par défaut) et Antoine Madier.

Sort en quatrième position, un eral costaud qui sera le moins collaborateur du lot. Il nécessitait une vrai lidia pour l’obliger à s’investir. Le protégé d’Ignacio Sanchez va rendre une copie très moyenne. Faible à la cape, David Salvador aligne des passes sans peser sur le toro. Il est toujours profilé et souvent fuera de cacho. Le José Cruz est compliqué certes mais toréable à condition de savoir le faire. Peu dominé, l’eral devient complexe et la mise à mort est catastrophique. Le novillo tombe à la limite du troisième avis.

Le dernier est un novillo costaud mais gacho. Bien torée à la cape, il part de loin et avec force dans la muleta d’Antoine Madier. Le landais exige beaucoup du novillo qu’il aurait pu toréer avec plus de temple. Un matheux classerait les séries en deux sous ensembles. Celui des passes, les meilleures, données avec une main ferme et douce et celui de celles données avec précipitation qui déstabilise le novillo et mettent en difficulté le novillero. Ce que fait Antoine est très au dessus des prestations des autres novilleros, mais on sent, et c’est normal, le manque d’expérience et le stress du débutant, c’est la deuxième non piquée de l’élève de Patrick Varin. Bonne entrée a matar pour une entière en place, le bicho, relevé par le puntillero, lutte longuement avec caste avant de tomber. Le public est très aficionado et compréhensif, ce ne sera pas toujours le cas dans d’autres arènes. Le toro et le torero sont récompensés, mouchoir bleu pour l’un et oreille pour l’autre. Madier invite le ganadero à partager sa vuelta.

Antoine Madier est, sans conteste, déclaré gagnant du 22ème Bolsin. Le vrai vainqueur de cette journée est le ganadero Rafael Cruz. Nous aurons le plaisir de voir à nouveau les produits de cet élevage lors des fêtes de Dax pour la finale des non piquées.

Ainsi se termine une compétition plutôt décevante. Le vainqueur est incontestable. L’Aficion et les véritables qualités toreras d’Antoine Madier sont justement récompensées par un engagement à Plaisance, Mont de Marsan, Dax et Bayonne. Avec Maurrin, le torero de Grenade (sur Adour) aura l’occasion de parfaire son apprentissage lors de cinq contrats dans le Sud Ouest. Il est suffisamment intelligent et bien entouré pour faire une analyse critique de sa prestation du jour (et des suivantes) pour corriger ses défauts et progresser. Mais est-il normal qu’un Bolsin aussi important que Bougue, avec à la clé trois contrats dans des arènes de première catégorie soit remporté par un quasi débutant, doué certes mais débutant quand même. Le landais aurait du gagner le Bolsin l’an prochain mais pas cette année, s’il avait eu une opposition digne de ce nom en face de lui.
Aucun des autres novilleros du jour, y compris ceux qui ont déjà pas mal toréé, n’avait le niveau pour damer le pion à un torero vaillant, intéressant mais sans expérience. Envisage-t-on des juniors troisième année , se faire dominer par un minime surclassé ? Certains sont quand même sur le circuit depuis plus de deux , voire trois ans. Stéphane Andiné le déclarait à la remise des prix, il y a eu un problème de sélection en amont de cette compétition. Espérons qu’il sera corrigé l’an prochain.

En attendant, suerte à Antoine Madier pour les engagements qu’il a su se gagner. Ce garçon est comme une pépite. On sent qu’il a des possibilités mais il va falloir travailler la pierre pour lui donner toute sa valeur.

Fiche technique : Finale du 22ème Bolsin de Bougue
5 erales de Rafael Cruz, encastés donnant du jeu et sous exploités par les toreros. pour
Rocio Romero : silence
David Salvador : un avis et salut, deux avis et silence
Antoine Madier : salut, un avis et oreille
Vuelta au cinquième qui récompense plus le lot que le toro
Vuelta du ganadero après la mort du cinquième

Antoine Madier est déclaré vainqueur et participera aux novilladas non piquées de Plaisance du Gers, Mont de Marsan, Dax et Bayonne

Thierry Reboul


Voir le reportage photographique : Philippe Latour