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Azpeitia (01/08/2016) : Joselito Adame coupe la dernière oreille de la Feria...

@Philippe Latour
@Philippe Latour
S’il y avait un lieu à choisir pour fêter chaque année, l’amitié aficionada franco-espagnole, se serait évidemment la placita basque d’Azpeitia. Ce lundi pour la dernière corrida de la Féria se retrouvent sur les gradins, les aficionados locaux et une « horde » d’aficionados français venus pour le charme de ces arènes et pour voir les toros de Pedraza de Yeltès.

Particularité d’Azpeitia c’est qu’au public qui remplit aux trois quart les gradins, se joignent depuis les fenêtres du couvent voisin du ruedo, les nonnes qui y demeurent. A partir du second toro, sont invités à prendre place sur les tendidos, et c’est une très belle initiative, plusieurs groupes de jeunes. Les arènes sont donc pleines à partir du troisième.
Le public est à la fois festif et aficionado. Il est là pour vivre et partager un moment de convivialité parfois bruyant. Mais toujours respectueux, il règne un silence de cathédrale au moment des estocades. Autre particularité, le grand moment d’émotion que constitue l’hommage rendu avant l’arrastre du troisième à un novillero mort, il y a quelques décennies sur le sable d’Azpeitia.

Azpeitia au Pays Basque et Garlin dans le Béarn sont les deux cités taurines qui sont à l’origine de la découverte des toros de Pedraza de Yeltès.
Correctement présenté pour une arène de troisième catégorie, avec un poids moyen de 575 kg kg, le lot envoyé par Luis Aranga comprenait des toros pur Aladanueva et des produits des apports récents faits dans l’élevage. Ce sont les premiers qui ont eu le meilleur comportement.
Il n’y a pas à Azpeitia, cette culture du premier tercio que l’on retrouve dans le Sud Ouest. Les toros ont été très mal mis en suerte et les tercios souvent limités à un gros puyazo pris avec bravoure. Toutefois, on a quand même senti, sous la pression des aficionados français, que cette situation peut évoluer.
Au troisième tiers, les Pedraza ont eu des comportements très variés allant de l’exigeant premier au manso querencioso sixième en passant par le très noble second et le faible cinquième.
Même si le seul trophée a été coupé par Adame, c’est l’exceptionnelle faena de Curro Diaz au second qui restera dans les mémoires des aficionados. Malheureusement, le torero de Linares, qui tue habituellement si bien, perdra les trophées à la mort.

Le premier est un joli colorado, bien armé. Après une bonne première pique prise en poussant, il en prendra un seconde en poussant aussi. En début de faena, le toro a une charge courte et violente. Sur les deux premières séries en allongeant la charge, Rafaelillo va réussir à corriger ce défaut. Une fois réglé sa manière de charger, le Pedraza se révèle être un toro encasté et exigeant. Il faut le solliciter en baissant la muleta et tirant au maximum et en douceur les passes. Plus habitué au combat, le torero aura du mal à toréer par le bas et poser sa tauromachie. Il y arrive sur quelques muletazos isolés. Mais globalement, il reste en dessous des possibilités du toro. Il salue après une bonne estocade.

Même difficulté, pour Rafaelillo, au quatrième, le torero réussit une très belle série, en baissant la main. Puis il toréé à nouveau à mi hauteur sans allonger la passe à un toro noble, en début de faena .Le toro finit par se décomposer et met en difficulté le matador. Sévèrement accroché, Rafaelillo finit sa faena sur un registre plus trémendiste. Il salue à nouveau après une mise à mort en deux temps.

Le second est étonnamment, pour un Pedraza, petit et avacado. Il est juste de force, mais baisse la tête dès les premiers capotazos. Mal mis en suerte, il prend deux piques en poussant. Après un bon quite d’Adame, le toro est mal banderillé. Au troisième tiers, le Pedraza est très noble avec de la fixité et une charge douce. C’est le toro idéal pour Curro Diaz qui va réaliser une très grande faena. Sur les deux mains, citant de loin, en se croisant il embarque le toro dans des séries toréant avec temple, élégance et relâchement. On retiendra entre autres, une superbe série de naturelles au centre du ruedo. Le toro va à menos en fin de faena et les deux dernières séries sont plus accrochées.
Tout est en place pour le triomphe, malheureusement le torero qui est si efficace habituellement à la mort, pinche avant une épée en avant et caîda qui le prive des trophées mais pas d’une vuelta chaleureusement fêtée.
Le cinquième, moins dans le type de la ganaderia, prend une bonne pique puis un picotazo. Il a un fond de noblesse, mais il est faible et, tardo. Noblote, il a une charge courte. Obligé de citer de près, Curro Diaz ne peut pas et n’arrive pas à s’exprimer avec un toro mollasson et sans transmission. Il salue après une vilaine estocade.

Les deux autres toreros ont fait un effort au premier tiers et ont cherché, dans leur registre, à toréer, contexte et télé obligent peut être, à leur meilleur niveau. Joselito Adame va chercher l’efficacité et sera plus pueblerino. Il écourte le tercio de piques au premier, alors que le toro avait fait preuve de beaucoup de bravoure à la première rencontre. Sa faena, très marginale et sur le voyage ne porte ni sur un toro noble mais faible, ni sur le public. Très en dessous des possibilités offertes, le mexicain tue mal.
Le sixième est typé Pedraza. Les véroniques de réception sont brouillonnes. Le toro pousse au cheval, mais est mal piqué à deux reprises .Après un bon quite d’Adame, la cuadrilla réalise un très bon tercio de banderilles et doit saluer. Est-ce parce qu’il est blessé ou par mansedumbre, le toro se réfugie aux planches. Dans ce terrain, il charge avec une certaine alegria. Adame ne cherchera à le sortir de ce terrain que pour une petite série, donné sans conviction, au centre. Le reste de la faena se fera le long des planches. Techniquement c’est bien fait , il profite de l’alegria , sur une charge courte, du toro , pour donner de l’émotion et accrocher le public .Mais on peut attendre, d’un torero qui prétend à une place en haut de l’escalafon, qu’il essaie de résoudre les problèmes plutôt que de tomber dans la facilité même s’il le fait avec efficacité et brio . Le mexicain a déjà montré qu’il pouvait toréer à un autre niveau. Il tue d’une vilaine estocade dont ne lui tient pas rigueur ni le public, ni les nonnes et coupe la seule oreille de la corrida.
En résumé, une corrida entretenue et intéressante, on en retiendra la superbe faena de Curro Diaz qui réalise une excellente temporada 2016.
Même s’ils ont été intéressants, les toros de cette après-midi n’ont pas levé le doute sur « l’état de forme » de la ganaderia de Pedraza de Yeltès. C’est mieux que les précédents lots sortis cette année en corrida, moins bien que les bons novillos de Garlin. Mais à Azpeitia et Garlin, la piste est petite, la corrida de Dax, dans une piste plus grande, sera pour l’éleveur un véritable test.

Fiche technique :
Arènes d’Azpeitia, troisième corrida des Fêtes de San Ignacio 2016
6 toros de Pedraza de Yeltès hétérogènes de présentation et de comportement pour

Rafaelillo : salut après un avis, salut après un avis
Curro Diaz : vuelta, salut
Joselito Adame : silence après un avis, une oreille

Neuf piques
Salut de la cuadrilla d’Adame au sixième
Poids des toros : 585, 555, 550, 590, 595,585

Thierry Reboul


Voir le reportage photographique : Philippe Latour