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Parentis (07/08/2016 - tarde) : Novillada concours sans vainqueur...

@Philippe Latour
@Philippe Latour
Les membres de l’ADA Parentis sont des passionnés. Ils ne comptent pas leurs heures et leurs deniers pour que la cité landaise soit et reste le fief d’une tauromachie « authentique ». Après la décevante course de Los Maños d’hier, celle d’Añadio leur avait redonné du moral. J’imagine leur déception après la novillada concours de cet après-midi.

Pour une fois ce ne sont pas les ganaderos qui sont en cause, mais le faible niveau technique ou le manque de motivation des novilleros pour ce type de corrida. Très peu de lidia adaptée au premier tiers et des faenas indigentes ne cherchant ni à mettre en valeur le novillo, ni à résoudre les problèmes rencontrés. Le comportement des cuadrillas n’était pas adapté au contexte. Faire taper, se placer derrière le cheval au moment de l’appel du picador, multiplier les coups de cape ne correspond pas au comportement attendu des peones en novillada concours. Il faut absolument généraliser en concours, comme à Vic et Millas, du seul matador accompagné d’un unique peon pendant la lidia. Jesus Chover et Gerardo Rivera se sont essayés, sans grande réussite, à banderiller.

Tout avait pourtant bien commencé avec le novillo de Partido de Resina. Bien présenté, il est abanto à sa sortie du toril. Il prend quatre piques. Les deux dernières en partant de loin en venant au galop vers le cheval. Il ne pousse pas sous le fer et sort seul de la troisième. Le toro manque de bravoure, mais pas de noblesse. A la muleta, il vient de loin sur les cites à droite et répète. Jesus Chover en profite pour lui donner des séries de derechazos. Le garçon n’est ni un artiste, ni un lidiador. Il garde la muleta à mi hauteur sans essayer de faire baisser la tête au toro. D’où un enchaînement de passes mal abouties, le toro est sous exploité et finit par désarmer le torero. Le toro est un petit peu plus difficile à gauche, le torero renonce dès la première passe sur cette corne. La fin de faena est comme le début en dessous du potentiel du toro. Le matador profite d’un extraño du Partido de Resina pour placer un recibir très opportuniste qui nécessitera le recours au descabello.

Le second, ganaderia Santa Teresa, est très, voire, trop bien présenté. Très bien armé, il frise les 550kg. Il vient trois fois au cheval sans s’employer. Manso, il fait sonner les étriers. Mal mis en suerte et mal piqué, il refusera le quatrième cite. A la muleta, il est soso. Il suit sans difficulté et pardonne même toutes les erreurs de Miguel Angel Silva. Ce dernier est très marginal. Il semble manquer de recours. La soseria du novillo et la faiblesse technique du novillo concourent à rendre la faena insipide. Le novillero oubliera qu’en concours, il faut mettre en évidence le comportement de l’animal en le toréant sur les deux cornes. La première tentative à gauche coïncide avec la première passe d’adorno. Ce n’est pas l’estocade qui réveillera l’enthousiasme du public.

Le troisième de Couto de Fornilhos, est un joli novillo bien fait. Il saute dans les capotes. Il prend trois piques sans pousser en sortant seul. Il est abanto, tardo mais à un fond de noblesse. Gerardo Rivera n’est pas très motivé par le concept de corrida concours. Il ne met pas le toro en suerte et opte pour une tauromachie très pueblerina. Il ne se croise pas, privilégie les effets sur le toreo. Le toro est noble, a un peu de fond, Le mexicain en profite et coupe une oreille après une entière de côté.

Victorino Martin fils avait fait le déplacement pour voir le novillo de son fer de Monteviejo. Le toro, totalement invalide, est renvoyé au toril. Il est remplacé par un sobrero de Los Maños. Complètement dans le type de l’élevage, ce sera le meilleur novillo de l’après-midi. Il sera bien piqué par José Vicente Sanz qui remportera le prix du meilleur picador. Il prend trois piques en poussant et partant de plus en plus loin. C’est la lidia la plus en conformité avec l’esprit de la novillada concours, mais le toro est hors compéttion. Le picador est invité à saluer. Cité de loin, le Santa Coloma vient et répète dans la muleta. Limité techniquement Jesus Chover s’évertue à toréer à mi hauteur, un novillo qui baisse la tête. Quand le bicho baisse un peu de régime, le torero est incapable de l’obliger et l’aider à continuer à s’investir dans la muleta. Le « Los Maños » se décompose, cherche les planches et la faena, que le torero est incapable de relancer, va à menos. Chover fracasse à l’épée et aux descabellos et entend une bronca alors que le novillo est applaudi.

Le cinquième est un Valdellan, lui aussi dans le type de l’élevage. C’est un manso, tardo. Attiré par les planches, il est très mal piqué et se comporte en manso sous le fer. A la muleta, il faut obliger le novillo, lui « monter dessus » pour qu’il s’investisse. Miguel Angel Silva confirme son manque de recours et toréé sans conviction. La faena va à vau l’eau, le toro finissant dans les planches. Toro et faena à oublier.

Le sixième est un Raso de Portillo très dans le moule de l’élevage par sa présentation et son comportement. Il sera mal piqué par son mayoral Titi Agudo. Comme tous les produits de cet élevage, il répète dans la muleta en se retournant vite. Gerardo Rivera n’a ni l’habitude de ce type de bétail, ni les clés pour résoudre les problèmes posés. Il se retrouve en difficulté quand le toro va à menos et passe globalement à côté d’un novillo qui permettait.

Donc en résumé deux novillos du niveau d’un concours (Partido de Resina et Los Maños) et d’autres qui offraient des possibilités et qui n’ont pas trouvé face à eux des novilleros à la hauteur. Dommage pour l’équipe de l’ADA qui ne se voit pas récompensée à la hauteur des efforts consentis. Ils doivent aussi être déçu du comportement d’une infime partie du public dont la banda locale qui se croient à Pampelune, perturbe la lidia et indispose les autres spectateurs. Mais il suffit de quelques imbéciles et cela me fait vraiment de la peine pour ceux qui s’investissent à fond dans l’organisation d’une Féria centrée sur le toro-toro.

Le prix au meilleur toro est desertio, celui au meilleur piquero est attribué à José Vincente Sanz qui a piqué le sobrero de Los Maños.

Fiche technique
Arènes de Parentis, troisième novillada de la Féria San Bertomiu 2016
Novillada concours pour

Jesus Chover : Partido de Resina / Los Maños (sobrero en lieu et place du Monteviejo invalide) : silence, un avis et bronca
Miguel Angel Silva : Santa Teresa / Valdellan : un avis et silence, un avis et silence
Gerardo Rivera : Couto de Fornilhos / Raso de Portillo : une oreille, un avis et silence

Cavalerie Bonijol
Vingt piques
Durée 2h45
8/10ème d’arènes
Grand beau temps

Prix au meilleur toro : desertio
Prix au meilleur piquero : José Vicente Sanz, cuadrilla de Jesus Chover

Thierry Reboul


Voir le reportage photographique : Philippe Latour