• 1

Magescq (05/02/2017 - tarde) : Ouverture de la temporada française...

©Philippe Latour
©Philippe Latour
Il ne faisait pas un temps à mettre un aficionado dehors, ce dimanche dans le Sud-ouest. Tout y est passé vent en tempête, pluie diluvienne et orage de grêles. Heureusement les arènes de Magescq sont couvertes et chauffées et la journée taurine a pu se dérouler malgré deux ou trois coupures de courant en fin de matinée et début d’après-midi.

Compte tenu des conditions météorologiques et de circulation, c’est devant une bonne chambrée que s’est déroulée l’ouverture « officielle » de la temporada française.
C’est la ganaderia Casanueva qui a fourni le bétail. Très bien présentés, certains à la limite de la novillada piquée, les erales très bien armés de la famille Bats, avaient de l’énergie à revendre, galopant et se déplaçant beaucoup. Ce comportement déjà observé chez les novillos sortis à Castelnau et Mont de Marsan, a mis en difficulté des novilleros qui ont souvent oublié que doubler en début de faena est un « fondamental » de la tauromachie.
Au plan moral, on retiendra l’excellent second, le noble sixième et un cinquième, manso con casta, qui a débordé Alvaro Seseña qui a entendu les trois avis. Les trois autres partaient de loin mais avaient tendance à rompre à la fin de la passe en partant vers les tablas.
Des trois novilleros, Baptiste Cissé, le plus expérimenté, dont c’était la dernière non piquée, s’en est le mieux sorti. Les deux autres ont vécu une difficile après-midi.

Le premier eral, un joli colorado, est applaudi à sa sortie en piste. Il est abanto, violent et distrait. A la cape, il garde la tête à mi hauteur et est difficile à fixer aux banderilles. Avec raison, Baptiste Cissé le double avec fermeté pour essayer de le canaliser. Le Casanueva vient de loin, avec force, s’échappe en fin de passe puis se retourne et revient quand le novillero arrive à attirer son attention. Il manque de fixité, le jeune landais après une bonne série à droite, tente, en toréant en rond, de conserver le bicho dans la muleta. Il y parviendra en fin de faena, le toro ayant baissé de rythme. Cissé s’engage et porte un excellent coup d’épée qui lui permet de couper la première oreille de la temporada 2017.

Le second novillo sera le meilleur de la journée. Il met bien la tête dès les premières passes de cape. Encasté et noble, venant de loin, il
fait preuve de fixité et répète dans la muleta d’Alvaro Seseña. Le novillero d’Aranjuez reste très en dessous des possibilités offertes par le toro. Il reste marginal. Les passes sont données avec brusquerie, manque de temple et dominio. Heureusement le bicho est noble et entretient à lui seul l’intérêt de la faena. Seseña tue de trois quarts de lame tombés et coupe une oreille qui peut se discuter. Le novillo est applaudi à l’arrastre.

Le troisième, bien présenté lui aussi, domine Diego San Roman dès les premières passes de cape. Il est un peu faible et se retourne vite. Il semble gêné au début de faena par un problème de force, qui finit par s’estomper. Il ne se livre pas dans la passe. Il a des défauts qui auraient pu être corrigés, ou du moins atténués par une lidia adaptée. Le novillero mexicain n’a pas progressé depuis sa prestation lors de la finale des non piquées de Bayonne. « Il est aussi vert que son costume » dixit un de mes voisins. Il ne trouve pas le sitio et se fait accrocher la muleta avant de se faire accrocher lui-même. Par ses erreurs, il se met en danger et accentue les défauts de l’eral. Il entend le premier avis de la temporada, silence après une mise à mort approximative.

Le quatrième, très bien présenté, est applaudi à son entrée en piste. Il met bien la tête et est reçu avec élégance par Baptiste Cissé à la cape. L’eral se blesse à une patte postérieure. Distrait tout au long de la faena. Il est meilleur à gauche. A droite, il s’échappe de la muleta partant vers les tablas. Les meilleures passes seront donc des naturelles. Le bicho manque de fond et ne se donne que si le torero l’oblige ce que fera très bien Baptiste sur deux séries, les meilleures de l’après-midi données avec détermination et autorité. Le reste des passes manque de transmission en grande partie par la faute du novillo qui va à menos en fin de faena. Le torero salue au tiers après une estocade en deux temps et un descabello.

Le cinquième va poser d’énormes problèmes à Alvaro Seseña. Le bicho a surtout contre lui qu’il est très bien présenté et surtout très bien armé. Il est tardo et demande à être toréé avec autorité ce que ne fera le torero d’Aranjuez que lors d’une seule série à droite. Le reste est hésitant, marginal et donne raison à un toro qui a du tempérament et qui finit par prendre le dessus sur le novillero. A l’épée, le garçon est à la dérive, ne s’engage pas et démissionne, malgré le soutien et la bienveillance du public. Il attend les trois avis qui finissent par sonner. C’est Manolo de los Reyes qui puntille depuis un burladero, en prenant de vrais risques, un bicho qui est resté inédit.

Le sixième est noble, limite soso. Il est un peu faible, mais il met la tête dans la cape et la muleta et est prêt à se laisser toréer. Diego San Roman, ne le laisse pas respirer, lui impose des séries vers le bas, qui le font fléchir. Puis le torero se lance dans une tauromachie brouillonne, approximative. Il se met en danger lui-même et passe à côté d’un eral disposé à donner ses oreilles. La mise à mort est aussi approximative que la faena, et nouveau silence pour le mexicain.

En résumé un encierro de Casanueva avec des aspérités qui ont mis en difficulté les deux plus jeunes toreros mais aussi des possibilités qui n’ont pas été exploitées. Baptiste Cissé, le moins bien loti au sorteo, a fait parler son métier et doit maintenant se préparer à son passage en piquée le lundi de Pâques à Mugron.


Fiche Technique
Arènes de Magescq, novillada non piquée
6 erales de Casanueva, très bien présentés, solides et très mobiles, aux comportements hétérogènes, les meilleurs ont été l’excellent second et le noble sixième.
Baptiste Cissé (dernière novillada non piquée) : une oreille, salut au tiers
Alvaro Seseña : une oreille, trois avis
Diego San Roman :un avis et silence, silence
Gradins remplis au 8/10ème d’un public compréhensif vis-à-vis des difficultés des novilleros.
Tempête à l’extérieur des arènes couvertes.
A l’issue du paseo, une minute d’applaudissement en hommage à Bernard Menard, président fondateur du club taurin local, décédé en Novembre
Le prix des organisateurs du Sud-Ouest a été partagé entre les trois novilleros.
Le trophée Bernard Menard et le prix à la meilleure estocade ont été remis à Baptiste Cissé.

Thierry Reboul


Voir le reportage photographique : Philippe Latour