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Gamarde (02/04/2017) : la classe et la profondeur du toreo de Curro Diaz enchantent les arènes...

©Philippe Latour
©Philippe Latour
Pour la troisième fois, la Peña taurine de Gamarde organise une corrida dans les arènes couvertes de la cité landaise. La date, bien qu’avancée de Juin à Avril, est maintenant bien ancrée dans le calendrier du Sud-Ouest. Le quasi lleno enregistré pour cette troisième édition après les très bonnes entrées de 2015 et 2016 en est la preuve.

Les deux années précédentes, la présentation des toros combattus, bien que conforme au statut de l’arène, était loin du standard gascon. Ce dimanche, c’est un lot très bien présenté, correctement voire bien armé qui a été fourni par la ganaderia de José Cruz. Cet élevage, vu en novilladas piquées à Dax et Soustons, et qui a fourni des lots excellents d’erales à Bougue et Dax, faisait sa présentation en corrida en France. Plutôt collaborateurs, ils ont manqué de forces pour extérioriser le fond de bravoure entrevue chez certains et surtout transmettre plus d’émotion lors des faenas.
Ressortent du lot le second très noble et le dernier exigeant qui n’ont malheureusement pas été exploités, autant que possible, par Thomas Dufau et Joaquin Galdos.
Curro Diaz, face à son second, a construit avec classe et beaucoup de temple, une grande faena améliorant le toro
Le sauteur landais Fabien Napias, ganaderia Deyris, devait sauter le premier toro de Thomas Dufau. En plaçant le José Cruz, les deux entraineurs ont fait taper le bicho violemment le bicho contre un burladero. La corne droite n’a pas résisté au choc. Le toro, ne pouvant être remonté dans le camion, a été piqué et tué sans faena par Dufau. Mon voisin espagnol n’arrêtait pas de dire « que pena ». Il est vrai que le « José Cruz », le mieux présenté du lot a pris deux piques avec beaucoup de bravoure et avait un potentiel qui est resté malheureusement inédit. Le mélange des tauromachies landaise et espagnole est en train de devenir une habitude. Au-delà du risque pour l’écarteur ou le sauteur, l’incident d’aujourd’hui devrait inciter les organisateurs à limiter ce genre de prestations dont la généralisation, et donc la banalisation finira rapidement par lasser le public.

En premier est sorti un toro faible qui ne se livrait pas dans la cape de Curro Diaz. Economisé à la pique, il ne s’investit pas dans la muleta au troisième tiers. Le torero de Linarès toréé avec beaucoup de douceur, de temple et d’élégance mais la faena sonne creux à cause de la faiblesse et du manque de transmission du bicho. Curro Diaz salue après une entière un peu en avant qui s’avère suffisante.

Le second bis prend deux piques, la seconde plus légère, en poussant. Thomas Dufau entame sa faena par des derechazos de rodillas pas forcément appropriés car le toro faible fléchit à la troisième passe. Le « José Cruz » est distrait, mais à un fond de noblesse qui en fait un collaborateur très coopératif, limite soso. Dufau le fait venir de loin enchaine des séries en restant sur le voyage sans vraiment exploiter les possibilités artistiques permises par la « suavité » du toro. La faena est conclue par une entière efficace bien que tombée. Le landais qui est ici chez lui, coupe la première oreille de sa temporada.

Le troisième mal mis en suerte, peu mais mal piqué est faiblard et légèrement boiteux. Joaquin Galdos essaie, avec une technique certaine, de donner du relief à une faena qui manque d’intérêt à cause du manque de force du toro. C’est appliqué mais dénué d’émotion. L’épée entière, plus que tombée, provoque une hémorragie, heureusement que le toro tombe vite.

Le quatrième, bien présenté, met bien la tête sur les deux cornes dans la cape de Curro Diaz. Il prend une seule pique en poussant. Il est noble mais juste de force. Avec beaucoup d’intelligence, le torero l’entreprend à mi hauteur. On retrouve dès les premières passes, le Curro Diaz des grands jours. Il toréé avec temple, élégance et relâchement arrachant les premiers olés de l’après-midi. A la troisième série (à droite) et à la suivante (à gauche), il essaie de baisser la main mais le toro fléchit et se livre moins bien. Curro Diaz revient à mi hauteur tour en toréant avec beaucoup de classe. Sur l’avant dernière série, donnée avec la main droite, il met la muleta au ras du sol. Le toro se prête au jeu, il embiste et les passes données sont somptueux. La dernière série est elle aussi d’une très grande beauté, sans atteindre toutefois le niveau de la précédente. L’adorño final fait de naturelles et de firmas ponctue avec élégance un très joli moment de tauromachie Le matador ne sera pas à la hauteur du muletero. Après une mete y saca (parce que très basse), une entière efficace conclue la faena. Malgré ce final en deux temps, deux oreilles sont accordées au torero de Linarès.

Le cinquième, joliment armé, coince un peon, heureusement sans mal, à l’entrée d’un burladero. Il pousse sous le fer mais manque de force au début du troisième tiers. Le toro est noble et permet à Thomas Dufau un début de faena par cambiadas. Le landais s’applique mais ne se croise pas suffisamment et ne pèse pas sur le toro. A la troisième série, ce dernier lance un coup d’œil vers les tablas. Dès les passes suivantes, le torero a du mal à le garder dans la muleta en fin de série et se fait entraîner dans la querencia où le toro veut absolument se réfugier. Le toro se décompose et sera difficile à fixer pour l’estocade. Après une épée entière efficace, le public force la main au président qui accorde une nouvelle oreille au torero landais.

Le sixième, le mieux présenté de ceux toréés ce jour, est applaudi à son entrée en piste. Il prend avec bravoure et en poussant deux piques « significatives » et aurait pu en prendre une troisième. Le toro est solide, exigeant et demande une lidia « dominatrice ». Joaquin Galdos le double bien, réalise une première bonne sérié à droite. Par la suite, il manque de sérénité, recule après chaque passe. Il reste marginal, arrête la charge d’un toro, en donnant toutes les sorties par le haut. Il ne pèse pas sur son adversaire et continue à reculer. Le toro, qui n’a pas été dominé, permettait une autre faena que celle vue ce jour. Le péruvien s’engage pour une demie, la seule estocade en place de l’après-midi, et coupe une oreille après avoir achevé son adversaire au premier descabello.

Ainsi se termine la première corrida de la temporada du Sud-Ouest marquée par la classe et le talent d’un Curro Diaz dont le cartel s’installe de plus en plus dans notre région que nous reverrons avec plaisir à Vic pour la corrida d’alternative de Manolo Vanegas puis à La Brède face aux Fuente Ymbro.

 


Fiche technique
6 toros de José Cruz (le second bis remplaçant le titulaire qui s’est cassé une corne à son entrée en piste, bien présentés et armés ,justes de forces mais collaborateurs pour :


Curro Diaz : salut, deux oreilles
Thomas Dufau : un avis et une oreille, un avis et une oreille
Joaquin Galdos : silence, une oreille


Salut de la cuadrilla de Joaquin Galdos au sixième
Présidence sérieuse, ponctuelle dans les avis, respectant la pétition majoritaire pour l’octroi de la première oreille même si manifestement elle ne partageait pas l’avis du public.
8 piques, cavalerie Bonijol
Belle animation musicale de la Peña Al Violin
Quasi lleno
Les dix antis sous la pluie et les aficionados à l’abri dans les arènes couvertes.

 

Thierry Reboul

 


Voir le reportage photographique : Philippe Latour