Garlin (09/04/2017 - tarde) : Public nombreux mais déçu...

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©Philippe Latour
©Philippe Latour
L’aficion est friande de phrases toutes faites ou de proverbes dont l’origine se perd entre Pepe Hillo et l’invention du peto. Celui que l’on pourrait traduire par « corrida attendue, public déçu » résume bien la novillada de Printemps de Garlin 2017.

Déception de la part des novilleros qui n’ont pas su exploiter la noblesse , certes fade, de certains bichos. Déception également de la part des novillos de la ganaderia de Pedraza de Yeltès loin d’être au niveau de ceux sortis depuis cinq ans dans ces arènes.
Il est de notoriété publique que le ganadero a fait des apports venant d’autres ganaderias. Les trois premiers sont le fruit de ces expérimentations. Légers , voire maigre comme le premier, ils ont fait leur devoir, sans plus au cheval, puis sont arrivés à la muleta limites sosos , suivant le leurre sans poser de problèmes particuliers.
Seuls les quatrième et cinquième (les seuls colorados comme par hasard) étaient dans le type Aldanueva. A la pique, ils sont venus avec force, secouant ou soulevant la cavalerie. A la muleta, ils ont été nobles mais avec un fond de caste qui nécessitait une lidia « appropriée ». Face à eux un garçon très courageux, Jorge Isiegas, issu des qualifications, mais qui manque encore de bagages et un Adrien Salenc, brouillon et, comme à Samadet, volontaire mais pas efficace.
Le sixième avait une tête très vilaine qui aurait du le condamner à sortir en festival. Il était difficile de passer un bras entre ses cornes. S’il avait été brave ou noble, on aurait pu oublier sa conformation disgracieuse mais il était faible, manso et peu investi quand il chargeait sa muleta. Marcos a voulu lui faire une faena. Mais sans transmission et sans art, il a fini par indisposer le public.
De cette course on retiendra des tercios de piques correctes avec certains picadors remplissant avec professionnalisme leur office (Nicolas Bertoli, Oscar Bernal, Gabin Rehabi) .Le premier, coincé sous le cheval après une chute, a été blessé et a du céder sa place au picador de réserve.
On retiendra aussi l’excellente brega assurée par Marco Leal remettant de l’ordre dans la maison alors que la panique commençait à s’installer en piste lors du tercio de piques mouvementé du quatrième. Il a également permis, par ses mises en suerte, à El Santo et Miguelito de réaliser à ce même toro un excellent tercio de banderilles.
On oubliera la présidence qui a donné des oreilles non ou peu demandées et accordé une vuelta à un toro, certes intéressant et qui ressortait du lot, mais qui avait juste fait ce qu’on attend d’un toro de lidia.

Le premier léger et cornes basses vient avec noblesse dans le capote de Jorge Isiegas. Il prend une seule pique en restant collé au cheval sans vraiment pousser. Au troisième tiers, il fléchit et fait une vuelta de campana. Le bicho est noble, part plus avec le mouvement du bas de de la muleta qu’au toque. Le jeune novillero a un répertoire « court » et pueblerino. Il est courageux, volontaire mais il manque de profondeur face à un toro limite soso ; La faena finit par être « longue ». Silence après une mise à mort en trois temps.
Le quatrième, très typé Aldanueva, boite un peu en sortant en piste. Boiterie qu’il oubliera vite pour charger avec violence le cheval provoquant à l’issue d’une grosse pique , bien donnée par Nicolas Bertoli, la chute du groupe équestre . Coincé sous le cheval, le piquero sera commotionné et devra céder sa place à Gabin Rehabi. L’arlésien termine, aidé par un Marco Leal excellent à la brega, avec efficacité le seul tercio de piques à la « Pedraza » de l’après-midi. Aux banderilles, les peones français, El Santo et Miguelito saluent après un tercio de banderilles efficace et engagé. Le Pedraza est noble et encasté. Face à cet adversaire exigeant, Isiegas s’arrime. Il toréé avec courage et parvient à faire oublier qu’il a un répertoire court et qu’entre des mains plus expérimentées ou expertes, l’utrero aurait été mieux mis en valeur. Il coupe une oreille, incontestable et incontestée, après un pinchazo et une demie efficace. La vuelta du Pedraza reste discutable, même si la mode est aujourd’hui au mouchoir bleu.
Le second prend une première pique en poussant, puis est remis au cheval pour un picotazo. Après une très bonne paire de banderilles de Manolo de Los Reyes, il est brindé par Adrien Salenc au public. L’arlésien le double et arrive, en lui laissant la muleta sous le museau, à lier des séries à un bicho tardo. Après ce bon début de faena, le novillero, comme à Samadet, ne domine pas son adversaire et la fin de faena est brouillonne et décousue. Le toro glisse vers les tablas, Adrien pinche trois fois avant de placer une demie qui nécessitera l’usage du descabello.
Le cinquième, proche du type Aldanueva, prend une très bonne pique par Oscar Bernal, soulevant le cheval à la verticale. La seconde est plus courte mais prise en poussant à nouveau. Le Pedraza sortira marquer de ce tercio. Juste de force, il a tendance à serrer et accrochera le novillero à la seconde série à droite. Le jeune novillero va alterner quelques bons passages avec d’autres plus brouillons où il se colle au bicho sans lui donner la sortie. Novillo et faena vont à menos Après deux pinchazos, il met une épée entière et coupe une oreille qui est contestée par une partie du public.

Marcos avait laissé une très bonne impression à Samadet à la fin de la temporada passée.
Son premier toro est tardo et juste de force. Il est mal piqué lors de deux rencontres où il pousse peu. Le toro est soso, tardo, et manque totalement de transmission. Le novillero est un bon technicien mais il manque de sens artistique et de capacité à porter sur le public. Avec un novillo comme celui qui lui est opposé cela conduit à une faena propre mais qui devient très vite lassante d’autant que Marcos prolonge la faena bien au-delà du nécessaire avant de tuer d’une vilaine épée basse et hémorragique. Sans pétition, le président accorde une oreille, contestable et violemment contestée par la majorité du public, sifflets pendant la vuelta et bronca à l’issue de ce tour de piste.
Le sixième est « moche », il est sifflé à son entrée en piste. Le président ne saisit pas au bond les signes évidents de faiblesse pour accéder aux demandes de remplacement du public. Le toro manque de race. Marcos, qui a du mal à comprendre et à se connecter avec les spectateurs, entame une faena qui laisse indifférent puis finit par les indisposer. Faire. Pour la première fois en cinq ans, l’arrastre d’un Pedraza de Yeltès est sifflée à Garlin.

Ainsi se termine une journée taurine dont le succès artistique n’a pas été à la hauteur du succès populaire et surtout des attentes des organisateurs qui après un temps de déception légitime et compréhensible, se remettront à l’ouvrage, en fiers et opiniâtres béarnais qu’ils sont, pour nous offrir en 2018 un desquite que nous attendons avec impatience.

 

Arènes de Garlin : Novillada de Printemps 2017
6 novillos de Pedrazas de Yeltès, très inégaux de présentation nobles mais manquant, sauf le quatrième, de la caste habituelle, de cet élevage. La sortie en piste et l’arrastre du sixième sont sifflées

Jorge Isiegas : silence, une oreille
Adrien Salenc : silence, un avis et une oreille avec division d’opinions
Marcos : une oreille discutable et contestée par la grande majorité du public, silence

Vuelta contestable au quatrième
Douze piques, une chute
Cavalerie Bonijol
Blessure du picador Nicolas Bertoli au quatrième
Salut des banderilleros El Santo et Miguelito au quatrième
Excellente brega de Marco Leal à ce même toro
Prix au meilleur novillo desertio
Prix à la meilleure pique Oscar Bernal (cuadrilla d’Adrien Salenc)
Température quasi estivale.
Quasi lleno

Thierry Reboul

 

Voir le reportage photographique : Philippe Latour