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Aignan (16/04/2017 - tarde) : Camino de Santiago remporte le desafio ganadero. Escribano coupe deux oreilles mais à de Justo le meilleur geste de l’après-midi...

©Philippe Latour
©Philippe Latour
C’est un défi ganadero qui était programmé ce dimanche pour la traditionnelle corrida organisée à Aignan pour les Fêtes de Pâques. Il a opposé les deux élevages qui occupent la tête de l’escalafon ganadero français, à savoir celui des Frères Gallon et celui du Camino de Santiago propriété de Jean Louis Darré. C’est le Sud-ouest qui a remporté la compétition.

Match nul pour la présentation, les deux ganaderos ont envoyé des toros bien présentés, dans le type de l’encaste. Si les armures étaient respectables, on peut regretter que de nombreuses pointes n’aient pas résisté aux chocs contre les burladeros.
Les Gallons, bien que nobles, n’ont pas permis aux toreros de s’exprimer à cause d’une faiblesse frisant l’invalidité pour certains. Les bichos gersois étaient eux aussi justes de forces, mais les quatrième et sixième, toréés à mi hauteur, ont tenu la distance et permis à Escribano et De Justo de couper des trophées.
Malheureusement, pour permettre de préserver les toros pour le troisième tiers, le premier tercio a été sacrifié au point d’être limité à plusieurs reprises à des picotazos de principe.
Côté toreros, Escribano reprend l’épée après sa grave blessure de 2016. Il n’a pas encore complètement récupéré tous ses moyens et ses poses de banderilles, à l’exception de la dernière paire, ont été souvent approximatives.
Yvan Fandiño a eu du mal à trouver le sitio. Il a souvent reculé entre chaque passe.
Emilio de Justo a confirmé la bonne impression laissée en Gascogne lors de la précédente temporada. Pas très bien servi au sorteo, il est à créditer des séries les plus « toreras » et d’une grande estocade au dernier. Il aurait pu couper une oreille à chaque toro s’il n’avait pas été trahi par les aciers à son premier adversaire.

Le premier Gallon est applaudi à son entrée en piste. Il s’abîme très rapidement les pointes et montre des signes de faiblesse dès avant l’entrée en piste des piqueros. Il vient bien à la seconde rencontre (picotazo) après avoir subi une première pique trasera sans pousser. Le bicho est noble. Mais trop faible, il ne se livre pas dans la muleta de Manuel Escribano. Il a une demi-charge à droite qui ne permet pas au torero d’enchaîner ses passes. A gauche, il n’a pas de charge. Le sévillan essaie de donner de l’émotion à une faena qui en manque cruellement, en réduisant les terrains. Mais le toro est trop réservé pour que cela porte sur le public. Il conclut sa faena par une estocade beaucoup plus habile que sincère, sans s’engager et qui résulte basse provoquant une hémorragie. Silence pour le torero et sifflets pour l’arrastre.

Le second est un Camino de Santiago. Faible, il est économisé au cheval. Son manque de force le fait fléchir à chaque passe. Yvan Fandiño le toréé à mi hauteur. Le toro, limite gazapon, prend les passes au pas. Le torero a du mal à trouver le sitio, recule entre les séries. La faena manque d’intérêt et devient vite ennuyeuse. Le torero basque coupe une oreille généreuse après une estocade contraire rapide d’effet.

Emilio de Justo affronte le troisième, un exemplaire de Gallon abanto et fuyard à son entrée en piste. Le toro manque de forces et est lui aussi économisé au cheval. En début de faena il répond en partant de loin aux premiers cites du torero puis va rapidement à menos. Le torero s’efforce avec une certaine sincérité et une élégance certaine à donner du relief à une faena qui en manque par la faute d’un toro de plus en plus réservé. Silence déçu pour le torero qui a failli avec les estocs et silence indulgent pour le Gallon compte tenu des sifflets entendus lors de l’arrastre du premier.

Le quatrième est un joli exemplaire du Camino de Santiago. Bien reçu par Escribano à la cape, il est peu et très mal piqué. Le toro est juste de force mais sa caste va lui permettre de tenir la distance. En début de faena, il tombe. Le sévillan, avec intelligence, le toréé en douceur et à mi hauteur, ce qui lui permet de se reprendre. Le toro est le premier de l’après-midi à permettre de lier des passes. Escribano en profite pour enchaîner des séries malheureusement en restant profilé. Son toreo plus spectaculaire que sincère, accroche un public sevré d’émotion depuis le début de la corrida. Seule une série à gauche, sur la fin, ressort d’une faena dont nous mettrons le manque d’engagement sur la méforme physique d’un torero encore convalescent. L’estocade tombée et manquant de sincérité est rapide d’effet mais de là à accorder deux oreilles……………..
La vuelta accordée au toro, malgré sa très grande noblesse ; elle aussi, peut-être discutée compte tenu du manque de force du Camino qui n’a pas permis un tercio de piques digne de ce nom.

Le cinquième et dernier Gallon de l’après-midi, est quasi invalide et aurait du être remplacé. Après un simulacre de piques, il fléchit à chaque série de passes. Il se garde, ne se livre pas. La faena manque d’intérêt. Elle ennuie le public et énerve le torero qui en bâcle la fin et rate la mise à mort.

Le sixième est un Camino abanto et distrait en début de faena. Il est lui aussi peu et mal piqué. Emilio de Justo le sollicite par le bas à la première passe de muleta et le toro tombe. Le protégé de Luisito l’entreprend alors à mi hauteur et peut ainsi exploiter sa noblesse. Il y a de bons passages, où on voit la qualité du torero d’Emilio, dans une faena intéressante. surtout à gauche quand il baisse la main. Malheureusement elle manque d’émotion à cause de la faiblesse de l’animal. Le meilleur moment de la corrida est encore à venir. Emilio s’engage avec sincérité pour porter une très belle estocade en place et très efficace .Estocade qui valait à elle seule l’oreille demandée par le public et accordée par le Président.

Fiche technique : Arènes d’Aignan, corrida des Fêtes de Pâques
Trois toros de Gallon (1, 3,5) bien présentés mais très faibles et trois du Camino de Santiago très nobles mais juste de forces pour
Manuel Escribano : silence, deux oreilles
Yvan Fandiño : une oreille, silence
Emilio de Justo : silence, une oreille
Douze piques et picotazos, cavalerie Bonijol
9/10ème d’arène
Des antis loin des arènes et pas assez nombreux pour faire une belote
Température agréable
A l’issue du paseo ,une minute de silence a été observée à la mémoire d’un membre de la Peña La Montera de Gimont décédé subitement à l’issue de la novillada non piquée du matin alors qu’il se rendait à la salle où était organisé le repas.

Thierry Reboul


Voir le reportage photographique : Philippe Latour