Aire-sur-l'Adour (01/05/2017) : Une oreille pour Adrien Salenc face à d’intéressants novillos de Maria Cascon...

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©Matthieu Saubion
©Matthieu Saubion
Il y a trois traditions qui sont respectées le 1er Mai à Aire sur Adour : On y trouve du muguet, il y a une novillada et la météo est capricieuse voire exécrable.

Il a beaucoup plu dans la nuit de dimanche à lundi, et les averses du matin pouvaient laisser craindre l’annulation. Il est probable que le temps automnal ait découragé beaucoup de spectateurs potentiels. Ils ont eu tort car les services municipaux locaux ont fait tout ce qu’il fallait pour remettre la piste en état et il n’a pas plu pendant la novillada. Ils ont surtout eu tort parce que les «courageux présents » ont assisté à une très intéressante novillada.
Les novillos de Maria Cascon Martin, bien présentés et armés, ont apporté en piste le sérieux, la complexité et le fond de caste typique de l’encaste Atanasio Fernandez / Lisardo Sanchez. Mis en suerte avec application, ils ont tous fait leur devoir face au cheval poussant sous le fer pour un total de treize « vraies » piques. Dommage que bon nombre de ces piques aient été traseras ou sur le côté ce qui a conduit le jury a ne pas décerner le prix au meilleur tercio de piques. On retiendra toutefois la troisième pique de Laurent Langlois et la seconde de Gabin Rehabi.
En pur Atanasio, souvent tardos en début de faena, les novillos sont allés à mas à condition que les novilleros leur montrent le chemin.
Il a manqué un peu de force à deux des utreros ce qui les a amenés à fléchir s’ils étaient sollicités vers le bas et les a empêchés de durer. Les autres ont donné de l’intérêt et du relief au travail des toreros.

Côté novilleros, Mario Palacios, à peine remis de sa blessure madrilène, est un garçon appliqué mais dont la tauromachie transmet peu d’émotion.
Léo Valadez a construit une intéressante et élégante faena à son premier mais a failli avec les aciers. Face au second, il a perdu confiance à mi parcours et la faena est allé à menos alors qu’il y avait de quoi faire avec le novillo.
Adrien Salenc a touché les deux meilleurs du lot. Face à l’excellent troisième, il réalise un très bon début de faena et tue en deux temps. Face au complexe et exigeant, sixième, il s’arrime et toréé avec beaucoup de courage réalisant une faena de valiente qui va à mas et est conclue efficacement à l’épée.

Le premier met bien la tête dans la capote de Mario Palacios. Il prend deux piques en mettant les reins. Il sort éprouver de ce premier tiers et raccourcit sa charge au second tercio.
Il se reprend en début de faena et permet au novillero de réaliser deux bonnes séries à droite Dommage que le novillero espagnol ne croise pas quand il prend la main gauche pour une première série de naturelles. Le reste de la faena est appliqué, le garçon est courageux mais il manque au torero et au novillo cette étincelle qui donne de l’émotion et le public reste froid malgré une entière tombée mais efficace.
Le quatrième est faible. Il arrive tardo à la muleta et fléchit en cours de série. Le toro se garde et la tauromachie « laborieuse » d’un Palacios que l’on ne sent pas en confiance ne l’aide pas à s’améliorer. L’utrero finit par se décomposer et la faena va à menos. Le novillero de Cacérès conclut d’un quasi entier, silence pour les deux protagonistes.

Le second manque de force. Il est peu piqué lors de ces deux rencontres avec le cheval. Il est noble, tardo et handicapé par sa faiblesse. Leo Valadez, grâce à une lidia adaptée va l’aider à se reprendre physique et à améliorer sa manière de s’investir dans la muleta. La faena, essentiellement droitière, comprend de bonnes séries et des muletazos templés, donnés en se croisant et va à mas Le mexicain fait malheureusement deux séries de trop et le toro se décompose. C’est probablement une des raisons d’une mise à mort très laborieuse.
Le cinquième vient deux fois au cheval. Il provoque une chute à la première pique et pousse bien à la seconde. Il est juste de force mais exigeant. Il met la panique dans les cuadrillas dont la lidia et les poses de banderilles sont très approximatives. Le toro, dans les premières séries, se défend lors des deux premières passes puis s’arrête. Valadez a du mal à trouver le sitio. Quand il le trouve, le toro se laisse embarquer et vient bien dans la muleta et la faena prend une autre dimension. Malheureusement le mexicain doute et la fin de faena va à menos alors que le toro a encore des possibilités non exploitées. Une nouvelle fois Valadez tue mal.

Le troisième et le sixième différents morphologiquement des quatre autres seront les plus intéressants du lot.
Le troisième, très Atanasio, réfléchit avant de charge dans la capote d’Adrien Salenc. Il vient fort et pousse lors des deux premières rencontres avec la cavalerie. Il ira à menos lors de la troisième pique, la mieux exécutée par le cavalier, où il subit plus qu’il ne pousse. Le toro est encasté. Il vient avec conviction dans la muleta. Même s’il est parfois un peu brusque, surtout en fin de passe, le novillero nîmois se met au niveau du novillo. Le début de faena est ce qu’il a fait de mieux depuis son début de saison dans le Sud-Ouest. Après deux bonnes séries à gauche, la caste du novillo prend le dessus et Salenc est plus en difficulté et se fait accrocher. Il tue d’une entière très tombe après avoir pinché. Le torero fait une vuelta très chaleureusement fêtée après une pétition d’oreille insuffisamment majoritaire. L’arrastre est applaudie.
Le sixième, le mieux armé du lot, prend deux piques sans vraiment se livrer. Il semble faible au second tercio mais se reprendra rapidement au début de la faena brindée à Maryse Luciano, cheville ouvrière de la Peña du jeune torero. Le début de rodillas est terminé par un excellent derechazo. Le toro est noble mais exigeant. Le novillero va s’arrimer et avec courage et autorité réaliser de bonnes séries à droite obligeant même le novillo à baisser la. Tête. Toro et torero transmettent beaucoup d’émotion. Le nîmois gagnera le combat à droite, le toro gagnant la partie à gauche. Adrien Salenc coupe une oreille après une épée tombée mais efficace.

Les trois novilleros sont applaudis quand ils quittent le ruedo et le public se retire satisfait d’une tarde de toros sérieuse et entretenue.

Fiche technique :
Arènes d’Aire sur Adour, novillada des fêtes des Arsouillos
6 utreros de Maria Cascon Martin bien présentés parfois justes de force mais donnant du jeu et entretenant l’intérêt de la novillada pour :

Mario Palacios : silence un avis et silence
Leo Valadez : un avis et silence, un avis et silence
Adrien Salenc : un avis et vuelta, une oreille

Treize piques, cavalerie Bonijol
Présidence sérieuse dans la conduite des débats de Thomas Thuriès, imposant deux piques minimum, trois paires de banderilles et faisant sonner les avis avec ponctualité
Un quart d’arènes
Météo exécrable avant et après la novillada, heureusement accalmie pendant la course

Thierry Reboul


Voir le reportage photographique : Matthieu Saubion