Hagetmau (30/07/2017) : Où sont les « Cebada Gago » d’antan ?...

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©Mathieu Saubion
©Mathieu Saubion
Cette année, il n’y a qu’une seule novillada piquée au programme de la Féria du Novillo à ’Hagetmau. Autrefois il y avait en général deux types de courses pour ce cycle. Une première, le dimanche, plus festive était suivie, le lundi, d’une seconde plus axée sur le bétail.

On se souvient des novillos de Miura, Saltillo et du triomphe de Garrido face à ceux de La Quinta. Aujourd’hui le public était festif et venu pour voir des triomphes. Il a été déçu car aucun torero n’a été en capacité de couper plus d’un trophée, même si le mexicain Valadez a réalisé une faena intéressante face au cinquième. Les aficionados plus « puristes » sont aussi sortis déçus par la présentation très inégale du bétail. Tous plutôt légers, avec des têtes commodes et des cornes très, ou même trop fragiles, seuls les deux derniers étaient dans le type de l’encaste. Le seul à avoir de la caste et à se comporter en Carlos Nuñez a été le second. Ce très intéressant novillo a mis en difficulté Valadez qui a été dans l’incapacité de mettre en oeuvre la lidia adaptée à un toro encasté qui demandait de la distance et de l’autorité. Si Valadez a essayé, en y arrivant parfois, Colombo et Younès sont passés sans peine ni gloire.

Le premier est bizco. Il sera, comme les cinq autres, abanto à sa sortie du toril. Bien mis en suerte, il prend une seule pique en poussant mais sans grande conviction. S’il ne devient pas un grand matador, Jésus Enrique Colombo pourra se reconvertir comme banderillero. Très athlétique, il est très à l’aise et parfois spectaculaire dans la pose des palos. Le Cebada est faible, manque de charge et s’éteint vite. Après un début de faena classique mais profilé, le vénézuélien réduit les terrains pour animer une faena sans relief par la faute du peu de transmission de l’animal. Le public commence à trouver le temps long et le fait savoir. Très prudent dans son engagement, le torero tue d’une entière tombée qui provoque une hémorragie.

Le second est mal présenté avec des cornes très refermées. On est en novillada certes, les ganaderos en profitent pour passer ce qui ne pourra jamais sortir en corrida. Mais pourquoi à Hagetmau qui est une placita qui se targue de soigner la présentation du bétail. Il prend deux piques, la seconde mieux administrée mais sort seul. Bon début de faena, le bicho très encasté met bien la tête dans le leurre. Le torero a, de son côté, du mal à trouver le sitio et les premiers muletazos sont brouillons. Il finit par prendre du recul, le toro vient bien. Malheureusement le mexicain se replace mal entre chaque passe. Le Cebada le déborde dès la troisième passe de chaque série. Il est compliqué sur la corne gauche. Sur la corne droite il cherche le combat avec une bravoure certaine que le mexicain ne sait ni canaliser ni exploiter. Valadez tue d’une demie, en avant et de côté. L’arrastre est applaudie. Le torero après avoir salué, s’octroie une vuelta un peu chahutée.

Le troisième est un peu plus costaud. Il est économisé au cheval. A la muleta, il chute dès qu’Andy Younès le sollicite vers le bas ou exige un peu de lui. L'arlésien toréé, sur la corne droite, à mi hauteur et sur le voyage. Le novillo est noble, dommage qu’il ait fallu attendre la septième série pour que le torero se croise et donne les deux meilleurs muletazos de la faena. C’est le moment que choisit le bicho pour « s’éteindre ». Younès, pour relancer la mécanique, réduit les terrains, s’adorne avec de manoletinas. Il coupe une oreille après une estocade très habile et efficace.

Le quatrième sera le plus intéressant au cheval. Il pousse bien à deux reprises en venant de loin. Il rechargera même le groupe équestre après la sonnerie. Colombo banderille à nouveau avec rythme et efficacité. Il débute la faena de rodillas. Sur les trois premières séries à droite, le Cebada vient bien, semble encasté. Le novillero tarde trop à baisser la main et n’allonge pas la charge. Le bicho s’éteint après une série ratée à gauche et la faena perd toute intensité. Colombo, après avoir toréé le public, tue d’une demie efficace et coupe une oreille discutable.

Le cinquième, joli burraco, est le premier du lot à être dans le type de l’encaste. Il est très bien piqué par Alberto Sandoval. Le bicho est noble, a une charge franche et sans aucune aspérité. Il manque un peu de forces. Valadez le torée avec intelligence et expérience. Il le cite à mi distance, se replace, le laisse respirer entre chaque série. Il réalise, à droite, avec un certain temple les meilleures séries de l’après-midi. A gauche, le toro est plus compliqué. Le mexicain finit sa faena sur un registre plus pueblerino. Il tue, après avoir pinché, d’une entière en place et coupe une oreille, l’arrastre est applaudie.

Le dernier est lui aussi dans le type. Faiblissime, il est économisé à la pique. Il chutera à plusieurs reprises et trainera la patte arrière gauche pendant toute la faena. Younès essaie de construire une faena qui finit par sonner creux par défaut d’opposition. Il salue après un entier contraire rapide d’effet.

Leo Valadez remporte le prix récompensant la meilleure faena. L’appel, par l’organisateur, du mayoral pour qu’il salue, est totalement incompréhensible.

 


Fiche technique :
Arènes d’Hagetmau, novillada de la Féria du Novillo 2017
6 utreros de Cebada Gago, très inégaux de présentation et commodes de têtes. Ressortent du lot le second, très encasté, et le cinquième noble pour :

Jésus Enrique Colombo : silence, une oreille
Leo Valadez : vuelta, une oreille
Andy Younès : une oreille, salut

Prix de la meilleure faena à Leo Valadez
Dix piques, cavalerie Bonijol
Président Pascal Darquié
Moins d’une demi-arène
Ciel nuageux et sombre, éclairage artificiel à partir du troisième.

 

Thierry Reboul

 

Voir le reportage photographique : Mathieu Saubion