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Azpeitia (31/07/2017) : Des Cuadri sérieux et ambiance de fête...

©Philippe Latour
©Philippe Latour
Azpeitia est une petite cité du Pays Basque où une poignée d’irréductibles maintient, contre vents et marées, la tradition taurine. C’est aussi un lieu de pèlerinage pour nombre d’aficionados du Sud-Ouest et même du Sud-Est qui viennent y terminer le lundi les weekends taurins d’*Hagetmau ou Bayonne.

Cette année ce sont les toros de la ganaderia Cuadri qui ont pris la place des Pedraza de Yeltès pour la dernière corrida du cycle. Très bien présentés, avec un promedio de 580 kg, ils ont par leur noblesse et leur capacité à humilier donné du jeu et contribué à une corrida très entretenue. On regrettera juste des pointes abimées pour certains d’entre eux. Braves au cheval, ils n’ont pas toujours été traités à leur avantage par les cavaliers. A noter quand même les efforts des toreros pour les mettre en suerte et surtout un total de onze piques dans une placita jusqu’alors habituée à la monopique. L’ambiance sur les gradins est des plus agréables avec un public qui chante au moment du tercio de banderilles et qui soutient les toreros qui s’engage face à un bétail sérieux
Face à eux, les trois toreros « dits modestes » ont été à la hauteur même s’ils étaient handicapés par des blessures récentes ou un manque d’officio.

A l’issue du paseo, Paulita a reçu le prix du triomphateur de la temporada 2016.

Le premier toro, bien que juste de forces, saute dans le capote de Paulita et le met en difficulté. Il prend deux piques sans pousser. Début de faena à mi hauteur, le toro est noble et vient bien dans la muleta. A la troisième série, Paulita baisse la main et le toro humilie. Dommage que le torero reste un peu marginal. Porté par un public acquis à sa cause, il s’adorne pour une bonne série de naturelles. Le torero de Saragosse coupe une oreille après une entière trasera. L’arrastre est applaudie.

Le second est un toro très bien fait, dans le type de l’encaste. Face à lui Alberto Lamelas qui reprend après son coup de corne de Mont de Marsan. Quelques grimaces en marchant montrent que le torero n’est pas complètement remis de sa blessure. Il accueille de façon spectaculaire son toro avant de le mettre en suerte au cheval. Pas très bien placé, le toro est long à répondre au cite du piquero. Il prend deux piques, carioquées, en poussant. A la muleta, c’est un toro sérieux qui a du poder et répète. Avec son courage habituel, Lamelas enchaine de bons muletazos sur la corne droite. Il a plus de mal sur une corne gauche moins favorable. Le toro, qui s’est beaucoup investi, baisse de ton en fin de faena au moment où le torero réduit les terrains. Après une entière verticale, le torero de Jaen a du mal à descabeller un bicho qui réagit encore à la moindre sollicitation. Lamelas salue, l’arrastre est très applaudie.

Sébastian Ritter toréé peu et compte sur son nouvel apoderado, Julian Guerra, pour booster sa carrière. Le troisième Cuadri prend deux piques carioquées. Il est juste de force, a une charge brusque et violente mais humilie quand même sur la corne droite. Le colombien a du mal à trouver le sitio en début de faena. La faena démarre vraiment quand le torero réduit les terrains. Sur un registre plus encimiste et trémendiste, porté par le public, il réalise trois bonnes séries sur les deux cornes. Il y a quelque chose d’intéressant chez ce torero mais on sent qu’il manque d’officio en particulier au moment de tuer. Il salue après une estocade basse.

Au moment de l’arrastre, comme c’est la tradition à Azpeitia, un hommage est rendu au banderillero José Ventura, mort dans ces arènes en 1846.

Le quatrième est un colorado, pas très joli, avec une tête « à la Samuel Florès » mais qui pèse 620 kg. Il manque de forces et ne pousse pas au cheval. Après un excellent tercio de banderilles Sergio Aguilar et Manolo de les Reyes sont invités à saluer. Après une bonne série de doblones, le toro avertit Paulita en donnant un violent coup de tête au sortir d’un derechazo. Par la suite, il s’avèrera être noble et mettra bien la tête dans la muleta. Après un début distant, on le serait à moins après l’avertissement reçu, Paulita se croise un peu plus en fin de faena. Même s’il reste en dessous des possibilités du Cuadri, les deux dernières séries sont intéressantes. Il perdra à l’épée, l’opportunité de renouveler son triomphe de l’an passé. Il se contente de saluer, l’arrastre est applaudie.

Le cinquième, invalide, est renvoyé au toril. Il est remplacé par un exemplaire du même fer.
Lamelas veut triompher. Il met en suerte son toro par chicuelinas marchées. Economisé face au cheval, et du coup pas assez piqué, le Cuadri met en déroute les cuadrillas au second tiers. Le protégé de Roberto Pilès profite de la noblesse du bicho pour enchainer, à droite, des séries de muletazos sincères et templées. Dommage qu’il ne prenne la main gauche qu’en fin de faena alors que le toro a réduit sa charge. Le final, à toro plus réservé, joue plus sur la corde émotion et le torero se met en danger. Malheureusement Alberto Lamelas perd à l’épée l’oreille qu’il avait acquise avec cette intéressante et vaillante faena. Déçu, il se contente de répondre en saluant à une chaleureuse ovation.

Le dernier, seul playero du lot, sera le moins bon de l’envoi. Mal piqué, il vient deux fois au cheval. A la muleta, au contraire des cinq autres, il n’humilie pas et s’éteint très vite. Sébastian Ritter, qui a brindé la faena à Fandiño son parrain d’alternative, s’efforce, avec mérite, d’arracher des passes à un toro qui ne collabore pas. Après quelques muletazos trémendistes, il s’engage pour une entière qui résulte très basse et se contente lui aussi de saluer.

 

Fiche technique :
Arènes d’Azpeitia, troisième corrida de la Féria 2017 
6 toros, dont un sobrero (5bis) de Celestino Cuadri très bien charpentés, nobles et donnant du jeu pour :

Paulita : une oreille, salut après un avis
Alberto Lamelas : salut après un avis, salut après un avis
Sebastian Ritter : salut après un avis, salut

Onze piques
Deux tiers d’arène
Bruine permanente et pluie au quatrième
Poids des toros : 580, 560, 560, 620,605 (titulaire), 560 (sobrero), 615

Thierry Reboul


Voir le reportage photographique : Philippe Latour