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Parentis (05/08/2017 - tarde) : des novillos de Monteviejo de respect pour des novilleros respectables...

©Philippe Latour
©Philippe Latour
Après Hagetmau et sa Féria du Novillo, le cycle des novilladas du Sud-Ouest se poursuit avec une course à Riscle, une à Soustons et deux à Parentis auxquelles s’ajoutent une non piquée à Parentis et Maurrin.

A Parentis, placita à la culture toriste, c’est l’encaste Vega Villar qui est à l’honneur avec une course du fer de Monteviejo, propriété de Victorino Martin père et fils. C’est un lot très bien présenté qui a été sélectionné par les éleveurs. Dans le type de l’encaste, à l’exception du cinquième, Lourds, bien armés ils auraient tous pu sortir en corrida dans la plupart des arènes. Au plan moral, malgré une pointe de faiblesse, ils ont fait preuve d’une certaine bravoure, partant de loin et poussant pour certains sous le fer. Au troisième tiers ils avaient un fond de noblesse qu’il faut savoir aller chercher et révéler par une lidia appropriée. Ce type de toros a des défauts qu’il faut savoir corriger pour en tirer « la quintessence » ou au moins des séries de passes. Ils nécessitent des toreros expérimentés et ayant du recours.
Avant d’analyser les prestations bonnes et parfois moins bonnes des novilleros, il convient de leur rendre hommage. Comme leurs collègues de Dimanche, ils ont accepté, au contraire de certains, de se mettre devant des novillos sérieux, exigeants parfois difficiles. Pour cela, même s’ils ne sont pas forcément au niveau, ils méritent notre respect.
De la terna, seul l’appelé de la dernière heure, David Garcia Navarette, a su apprendre à un troisième un peu soso et tardo à passer et donner ainsi les meilleures (voire les seules) séries à gauche de l’après-midi.
Miguel Angel Pacheco a été plus à l’aise que face aux Raso de Portillo de Vic, tout en restant en dessous des deux novillos qu’il a combattus. Manuel Ponce manque trop de métier et a été en difficulté d’un bout à l’autre de ses deux prestations, bien qu’il ait touché deux toros qui permettaient.

Le premier prend sans grande conviction deux piques traseras et un picotazo. Il a besoin que le piquero avance sur lui pour charger. A la muleta, c’est pareil il faut que le matador, selon la terminologie en vogue dans le milieu taurin, lui monte dessus pour le faire avancer. Malheureusement Manuel Ponce est trop vert. Il manque de recours et d’autorité. Il recule à chaque passe et semble perdu quand il s’agit de trouver le sitio adapté à l’animal. Le Monteviejo reste inédit. Il y avait sûrement autre chose à faire. Le bicho répond à la provocation du matador au moment de tuer. Après un pinchazo, Pacheco place, à la rencontre, 8/10èmes d’épée basse.

Le second prend une première pique en poussant puis sort seul de la seconde. Il est gazapon, a du mal à se fixer mais est noblote. Pacheco l’entreprend dans des séries de derechazo, sans allonger la charge et il ne s’impose pas. Il réussit à trouver le sitio, pour lier une bonne série à droite. Puis il revient à une tauromachie qui accentue la demi-charge du novillo et qui devient vite ennuyeuse car torero et toro ne transmettent pas beaucoup d’émotion. Miguel Angel convertit de sa propre initiative, un salut au tiers justifié en une vuelta qui l’est moins.

David Garcia Navarette est venu en remplacement de Daniel Menes qui vit une période familialement difficile. Le toreo de Vilchès, gravement blessé à Madrid en Avril, a du métier et reçoit avec efficacité le troisième à la cape. Le Monteviejo prend deux piques en venant à mi distance et en poussant. Le novillo a un peu plus de force que les deux précédents à condition de ne pas l’obliger à trop humilier. Il est noble et Navarette l’entreprend sur la gauche. Le novillero cafouille son début de faena puis prend la mesure et s’accorde avec son novillo pour donner de bonnes séries de naturelles, les plus intéressantes de l’après-midi. La présidence commet l’erreur de ne pas faire jouer la musique. Ce petit détail aurait permis de placer cette faena un ton en dessus de la précédente et aider le torero à « connecter avec le public ». Comme la mise à mort est un peu longuette, avec un puntillero maladroit, le torero doit se contenter de saluer, salut qui a bien plus de valeur que la vuelta de Pacheco.

Le quatrième est à la fois costaud et bien armé. Il prend quatre piques en venant de loin grâce à sa bravoure et au bon travail de Juan Titi Agudo, le picador fétiche des arènes de Parentis. Le novillo est encasté, il vient de loin, est sérieux et demande à une vraie lidia. Hélas Manuel Ponce n’a pas le niveau technique pour gérer un tel animal. Il recule à chaque passe. Le toro devient le patron de la piste et domine un torero complètement dépassé. Le Monteviejo reste inédit, silence pour le torero et applaudissements à l’arrastre.

Le cinquième n’est pas dans le type de l’encaste. Il désarçonne le cheval sur une première rencontre, pousse à la seconde et revient au cheval sans grande conviction pour une troisième rencontre. A la muleta, il a une charge courte. Miguel Angel Pacheco réussit à lier quelques muletazos honorables. A la fin de chaque série, le novillo regarde vers le terrain du toril. A la quatrième complètement décomposé, il part aux planches. Il meurt d’une entière très tombée non sans avoir été relevé par le puntillero.

Le dernier est le mieux armé du lot. Le Brésil est à la mode, mais de là à lui administrer deux sévères cariocas, il y a une limite que le piquero de Navarette a franchi avec alegria. Le novillo arrive à la muleta, gazapon, soso et sans grande « éducation ». David Garcia Navarette a du mal à trouver le sitio et la clé pour en corriger les défauts. Il abrège d’un tiers de lame après quatre pinchazos prudents.


Fiche technique
Arènes de Parentis, première novillada de la San Bertomiu 2017.
6 novillos de Monteviejo, très bien présentés, dont les quelques qualités n’ont pas forcément été exploitées à leur juste valeur pour :

Manuel Ponce : silence, silence
Miguel Angel Pacheco : un avis et vuelta, silence
David Garcia Navarette : un avis et salut, silence

Dix sept piques, un picador désarçonné
Cavalerie Bonijol
Ciel nuageux et petite froidure qui surprend les aficionados du Sud-Est présents
7/10èmes d’arène
La banda s’est bien tenue, c’est très bien, qu’elle continue ainsi.

Thierry Reboul


Voir le reportage photographique : Philippe Latour