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Villeneuve de Marsan (08/08/2017) : le sourire d’Emilio...

©Philippe Latour
©Philippe Latour
Villeneuve de Marsan perpétue depuis des années une tradition taurine à l’ombre de la préfecture voisine. L’arène est petite mais le club taurin présidé par Jacques Grué monte chaque année une corrida de toros La tradition bien ancrée et la présence au cartel d’Emilio de Justo ont contribué à remplir les gradins de la placita landaise.

Le cartel est quasi 100% français avec des toros des deux fers de Patrick Laugier, deux toreros landais et un torero espagnol découvert par le Sud-Ouest et apodéré par Ludovic Lelong.
Côté bétail, le ganadero a du retrouver le moral. Déçu par la mauvaise prestation de ses novillos à Mont de Marsan, il a pu trouver quelques satisfactions dans le comportement des toros lidiés à Villeneuve. Très bien présentés, avec du trapio et pour la plupart des armures respectables, le lot composé de trois Piedras Rojas et trois Dos Hermanas a permis aux trois toreros de s’exprimer. Il leur a manqué juste un peu de forces ce qu’il fait qu’ils ont été économisés au cheval et qu’ils ne permettaient pas des faenas trop longues. Le meilleur a été le second du fer de Piedras Rojas dont la noblesse n’a pas été complètement exploitée.

Le premier Piedras Rojas accroche la cape de De Justo avant de prendre une pique sans pousser. Il est andarin. Après des doblones efficaces, le toro vient au pas et ne répète pas dans la première série à droite. Avec méthode, Emilio lui impose son pouvoir et enchaine deux bonnes séries de derechazos. Après avoir preuve d’un grand sens de la lidia, le torero va faire preuve de courage et de détermination. Le toro se décompose rapidement. A gauche, il envoie un coup de corne qui passe près du visage du matador, idem sur la série suivante à droite. De Justo abrège la faena et s’engage avec beaucoup de sincérité pour une entière qui sera efficace. Le public, encore froid, oublie de réclamer une oreille pourtant méritée, mais n’oublie pas d’appeler le torero de Caceres au centre de la piste pour recevoir une très chaleureuse ovation.

Le second est accueilli par Thomas Dufau par un larga de rodillas. Il baisse bien la tête dans le capote et prend une pique trasera en poussant. A la muleta, le toro est noble et vient de loin. Il gardera tout au long de la faena, une excellente corne droite. Dufau en profite pour lier de bonnes séries à droite, laissant respirer le toro entre chaque enchaînement. La faena appliquée, reste en dessous des possibilités du toro qui se prêtait à une tauromachie plus templée et plus profonde. Après une quasi entière tombée et deux descabellos, une pétition non majoritaire fait sortir au président le premier mouchoir blanc de la soirée.

Pour la deuxième année consécutive, les organisateurs villeneuvois ont offert une opportunité au torero montois Mathieu Guillon. Le troisième Piedras Rojas n’a pas un comportement très clair à sa sortie du toril. Il vient seul et avec violence au contact du groupe équestre. Très bien piqué et tenu, il finit par le renverser. Après avoir connu des fortunes diverses aux banderilles, El Monteño brinde le toro au public. Il commence par ramener le bicho vers le centre de la piste. Dès le début, ce dernier est manso et compliqué. Tendu, le montois a du mal à se positionner sur la première série à droite. Au fur et à mesure que la faena se construit, il gagne en sérénité mais hélas le toro se décompose de plus en plus. A gauche, le Laugier vient directement sur le torero. Mathieu a du mal à descabeller après une épée contraire, silence pour les deux protagonistes.

Les trois toros suivants, très bien présentés, seront du fer de Dos Hermanas. Ils sont tous âgés de cinq ans et demi.
Le quatrième avertit rapidement le torero sur la corne gauche. Il prend une pique unique mais carioquée. Il arrive à la muleta, juste de forces, tardo et réservé. Avec un poder remarquable, en pesant sur le toro et en se croisant, De Justo impose sa volonté à un animal qui, à priori, a peu de passes dans le ventre. Avec énormément de sincérité, de dominio, de volonté et aussi d’élégance De Justo le fait passer et repasser pour lier des séries des deux mains. Il a cette capacité d’être à la fois un exceptionnel lidiador et un torero très profond. On dit que sa tauromachie ressemble à celle de Joselito. En fait il a sa propre tauromachie qui devrait lui permettre de se hisser rapidement au niveau des figuras. Après avoir tiré, en alliant douceur et autorité, au toro plus que ce qu’il pouvait raisonnablement donner, De Justo s’engage avec énormément de sincérité pour une splendide entière. Sans hésiter, le président sort les deux mouchoirs. Le Sud-Ouest a découvert un très grand torero, il est temps que l’Espagne et le Sud-Est lui ouvrent les portes de leurs plazas. Il n’est pas raisonnable que de grandes arènes se privent longtemps de ces grandes faenas qui pour l’instant émerveillent ceux qui ont su donner sa chance au protégé de Luisito. Et puis le sourire « émouvant » d’Emilio, qui vit un rêve depuis un an, est une vraie récompense pour ceux qui croient en lui.

Comme David Mora, après le faenon montois de Juan Bautista, il est compliqué pour Thomas Dufau de passer après une telle faena. Le cinquième est le mieux présenté du lot. Il prend une pique très en arrière dont il sortira handicapé. Le torero landais brinde sa faena à la veuve de Manolo Cortès, l’ancien torero décédé récemment et qui est à l’origine de la présence de la tauromachie espagnole à Villeneuve de Marsan. Il commence sa faena à genoux, ce qui a pour effet de faire tomber le toro. Le Dos Hermanas est noble mais manque de forces suite au tercio de piques. Il répond bien au cite de loin mais doit être toréer à mi hauteur. Le landais s’applique à enchainer des passes à droite. C’est bien fait mais cela manque de transmission de la part du toro et d’émotion de la part du torero. Les séries à gauche sont brouillonnes. Le toro est long à fixer. Il tombe après une demi-caîda et un descabello. La pétition est encore loin d’être majoritaire et l’oreille accordée est fortement contestée par le public.

Le dernier est bien reçu à la cape par Mathieu Guillon. Il est économisé à la pique. Après un bon tercio de banderilles à charge du montois, il se montre noble dans la première série à droite. A la seconde, il tombe et devra être toréé par la suite à mi hauteur et en douceur. Mathieu lie trois séries courtes, lentes avec élégance et assurance. Le toro se décompose et la faena va à menos. El Monteño coupe une oreille après une entière trasera et un descabello.

SI « Les Yeux d’Emilie » est la chanson fétiche du public du Plumaçon, le sourire d’Emilio triomphant, est en train de devenir le visuel de toutes les reseñas des corridas auxquelles De Justo participe dans le Sud-Ouest. On retrouvera, avec intérêt, Emilio de Justo à Dax en septembre et Mont de Marsan début octobre face à des Victorinos Martin. Dommage que Bayonne soit la seule grande arène du Sud-Ouest à ne pas le programmer.


Fiche technique
Arènes de Villeneuve de Marsan, corrida des fêtes (en semi nocturne)
3 toros de Piedras Rojas (1, 2,3) et 3 de Dos Hermanas (4, 5,6) très bien présentés et donnant pour certains du jeu, le second a été le meilleur, pour :

Emilio de Justo : saut au tiers, deux oreilles
Thomas Dufau : une oreille, un avis et une oreille contestée
Mathieu Guillon : silence, une oreille

6 piques, cavalerie Bonijol
Président : Didier Godin
Lleno
Température en dessous des normales de saison
A l’issue du paseo, une minute d’applaudissement a permis de rendre hommage à Manolo Cortès et Ivan Fandiño.

 

Thierry Reboul

 

Voir le reportage photographique : Philippe Latour