• 1

Arles (09/09/2017) : El Juli triomphe au terme de la Goyesque Arlésienne...

©ElTico
©ElTico
La pluie, qui avait douché la région d'Arles durant tout le début de l'après-midi, avait cessé au moment où le paseo s'ébrouait, derniers instants d'existence de la spectaculaire oeuvre éphémère d'Hervé Di Rosa. Bien sûr, les prévisions météorologiques pessimistes et la présence des caméras de Canal+ Toros avaient contribué à ce que quelques aficionados moins téméraires restent au chaud et au sec devant leur télévision. Mais c'est tout de même une très belle entrée qu'affichait l'Amphithéâtre Arlésien pour cette nouvelle Corrida Goyesque orchestrée par l'empresa Arlésienne. Comme depuis quinze ans... On ne "crisole" pas qu'à Málaga...

Côté toros, sept Domingo Hernandez/Garcigrande bien présentés, certains lourds (trop...) qui ont donné du jeu en général mais se sont révélés sans grande classe. Le meilleur lot aura été pour le Juli qui, avec trois oreilles et une belle motivation affichée tout au long de la tarde, est le grand triomphateur de cette édition. Le pire pour Cayetano, que l'on aurait bien aimé mieux servi au sorteo pour sa présentation Arlésienne. Le Maître des lieux Juan Bautista vit son deuxième adversaire plier pavillon très rapidement après un début de faena encourageant, faisant s'envoler avec ses dernières forces, tout espoir de succès pour son matador.
Au rang des anecdotes, on notera l'irruption dans le ruedo de deux militants anti-corridas rapidement et proprement maîtrisés par le service d'ordre après la mort du premier toro d'El Juli. Ce qui donna l'occasion aux spectateurs d'entonner une vibrante Marseillaise.

Laurent ElTico Deloye


La chronique d'Alexandre Guglielmet :

Le premier toro de Domingo Hernandez se montra distrait dans les premiers échanges. Face au groupe équestre, le bicho prit deux rations de fer dont l'initiale en mettant correctement les reins. Face à ce toro sans grandes qualités, tantôt manso tantôt maniable mais sans classe, Juli, en technicien hors pair, en extirpa le meilleur. Dans un ensemble allant a mas, le madrilène livra une prestation poderosa en variant chaque entame de tandas. Il finira de chauffer le public par des redondos millimétrés avant de tuer d'un julipié sans grand engagement, suivie de deux coups de verdugo. Oreille.

Juan Bautista réceptionna par veroniques un bicho qui serra notamment sur le piton droit. Comme son prédécesseur, il fit preuve de bravoure sur le premier contact avant un second pour la forme. Jean Baptiste amena, avec beaucoup de toreria, son Domingo Hernandez au centre du ruedo. Sur les premiers échanges droitiers, force est de constater que le bicho est mobile mais avec des charges pas toujours claires. La pendante sera du même acabit. L'arlésien, décidé, déploya un voile très technique pour servir aux tendidos une prestation mature et très plaisante face à cet adversaire au danger sourd. Tout au long de la lidia, il fit preuve de caractère et d'un répertoire toujours aussi fourni, gratifiant notamment les étagères de passes de cartucho ou de naturelles aux toques inversées, parfaitement dessinées. Il tua par un recibir "maison", légèrement contraire, exécuté plein centre, suivi d'un coup de descabello concluant. Oreille.

Le troisième dévolu à Cayetano prit deux puyas mal placées, avant de voir un Juli très motivé réaliser un quite majestueux par cordobinas. A la muleta, le Domingo se montra sans grande charge et sans moral. Après des tentatives ambidextres infructueuses, il abrégéa fort logiquement les débats. Mort en quatre temps. Silence.

El Juli se mit en évidence en accueillant le quatrième, appartenant à Garcigrande, par cordobinas et delantales très ajustées. Face à la cavalerie, l'espagnol le fit économiser sur deux légers picotazos. A l'issue du tercio, Juli visiblement très motivé, partit au quite pour quatre zapopinas de catégorie. Sous la pression du public, le madrilène prit les palos pour banderiller, invitant au passage Juan Bautista avec une belle complicité à voir. Hélas sur la deuxième paire posée par l'arlésien, le toro se blessa à la patte avant droite, provoquant son changement par un sobrero de Domingo Hernandez.
Le capoteo de réception du 4ème bis fut plus discret. Il conduisit ensuite son animal à la faiblesse palpable pour deux petites piques. Brindis au public. Il ne fallut pas longtemps au Juli pour trouver le bon sitio et le bon tempo à donner à ce bicho manquant de force et possédant une pointe de violence non négligeable. Sans jamais baisser la main, sous peine de voir son adversaire perdre les mains, Juli édita une fois de plus un ensemble harmonieux, parfaitement construit et maîtrisé, réussissant à faire prendre du relief et une belle intensité à son trasteo, ce qui n'était pas chose gagnée vu les circonstances. Final par des enchaînements de circulaires, faisant lever une partie du public avant de tuer par une entière au deuxième assaut. Deux oreilles généreuses où une seule aurait été suffisante.

Juan Bautista salua par larga le cinquième avant de l'amener au lancier pour deux forts contacts dont le second désarçonnant Puchano. L'arlésien régala ensuite l'amphithéâtre par un quite de crinolinas, cher à "Joselito" , ponctuant sous les accords musicaux. Juan Bautista rendit la pareille au Juli en l'invitant à banderiller, ce qu'ils firent avec brio. Le bucco-rhodanien mit ensuite l'eau à la bouche du public en débutant merveilleusement sa faena à genoux. Hélas, la suite ne fut pas du même tonneau, faute d'un adversaire enkilosé, sans force ni condition. Jean Baptiste en tira tout ce qu'il put mais sans jamais pouvoir réellement s'exprimer. Même les ultimes muletazos risqués dans des terrains réduits ne changeront rien. Mort en trois envois. Ovation avec Salut.

Malgré un désarmé sur les premiers échanges capoteros, Cayetano imprima par la suite des veroniques bien templées. Face à la monture, le Garcigrande eut plus tendance à se défendre, faisant tinter les étriers. Au dernier tercio, l'astado , meilleur sur la rive droite, se décomposa rapidement. Malgré des passages isolés méritoires, l'ensemble ne put prendre son envol. Mort par entière après deux pinchazos et un coup de descabello. Silence.


Amphithéâtre d'Arles (13)
Samedi 9 septembre 2017 à 17h
4 toros de Domingo Hernandez (1,2,3 , 4bis) et 3 toros de Garcigrande (4,5,6).
Poids: 515 , 505 , 500 , 525 , 515 (4ème bis) , 530 , 520.
12 rencontres avec la cavalerie d'Alain Bonijol.
9/10 ème d'arène
Temps gris, la pluie s'arrêtant vingt minutes avant le paseo.
Durée: 2h50

El Juli : Oreille après avis / Deux oreilles après avis
Juan Bautista : Oreille après avis / Ovation avec Salut après avis
Cayetano : Silence/ Silence après avis

El Juli sortit par la grande porte.
Mise en scène par l'artiste sétois Hervé Di Rosa.
Accompagnements musicaux par Chicuelo II et le trompettiste vénézuélien Pacho Flores.
Intrusion de deux "antis" en piste après la mort du premier toro, rapidement maîtrisés par les forces de l'ordre. Ce qui eut pour effet de déclencher la "Coupo Santo" suivie de la "Marseillaise", reprises à l'unisson par le public.

Alexandre Guglielmet


Voir le reportage photographique : ElTico