Dax (09/09/2017) : Emilio de Justo ouvre la « Porte Principale »...

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©Philippe Latour
©Philippe Latour
La météo capricieuse et une grosse averse, trente minutes avant le paseo faisaientt craindre pour le déroulement de la première corrida de Toros y Salsa. Heureusement les dieux de la pluie sont aficionados, et même connaisseurs. Ils se sont faits discrets pour assister aux deux meilleures faenas de l’après-midi (celles d’Emilio de Justo). Ils se sont abstenus le reste de la course permettant à la corrida d’aller à son terme sans encombre.


Comme souvent à Dax, il y a beaucoup à redire sur la présidence de la course. Le titulaire du jour, après avoir accordé une oreille avec une pétition non majoritaire à Aguilar, n’en a donné qu’une à De Justo après une faena bien plus aboutie et conclue par un grand coup d’épée juste un peu long à faire effet. Au sixième toro, il en a accordé deux au torero de Cacérès après une faena intéressante, mais moins profonde que la précédente et surtout conclue par une épée basse très rapide d’effet. Globalement le résultat est le même, un grand torero est sorti par la Grande Porte. Mais, le second trophée qui est de la responsabilité du Président, se doit aussi d’être un outil pédagogique. L’impression laissée ce jour, c’est que la rapidité de l’effet d’une estocade, même mal placée, prime sur une grande faena conclue par une bonne épée juste un peu longue à agir. Ce n’est pas cela qui va inciter les jeunes générations de novilleros à tuer bien puisqu’il suffit de tuer vite. Et puis Dax, arène de première catégorie, mérite d’être présidée avec plus de rigueur.
Ceci dit, Emilio de Justo a confirmé qu’il pouvait rivaliser avec les figuras. Ce garçon a prouvé que ce soit à Aignan, Vic, Mont de Marsan, Villeneuve et aujourd’hui à Dax qu’il avait l’étoffe d’un grand torero. Et à chaque fois il l’a fait devant des toros sérieux et qui demandaient une vrai lidia. Le protégé de Luisito est un torero sincère, très artiste. Il a cette capacité de baisser la main pour rendre belle la passe mais aussi pour assoir, en lidiador, sa domination sur les toros. Et en plus il s’engage avec beaucoup de courage au moment de tuer. Et c’est peut-être pour cela qu’il mérite une présidence à la hauteur de son talent.
Si Emilio a confirmé, Ferrera, souvent profilé et composant plus la figure que toréant, a été décevant. Aguilar donne tout ce qu’il a dans le cœur, mais il est limité physiquement et ses faenas ont du mal à garder le même niveau jusqu’au bout.
Le lot de Victorino Martin avec trois toros hors de type tant au plan physique que comportement a été la grosse déception de cette après-midi taurine. Corrects de trapio, avec des armures très inégales, ils ont manqué de race. Les trois premiers, mansos ont transmis un peu d’émotion mais les trois derniers, sosos et faibles, ont été d’une fadeur à la limite de l’ennui.

Le premier est dans le type de la ganaderia. Il met la tête dans la muleta mais cherche l’homme derrière le leurre. Bien mis en suerte, bien piqué, il pousse sans grande conviction lors de ses deux rencontres avec le cheval. Comme tous ces congénères, il marque le coup à la fin du premiers tiers et se reprend à mi second tercio. Antonio Ferrera banderille sans grande réussite. A la muleta, il recule sur les doblones. Lors de la première série de derechazos, le Victorino serre le torero. Par la suite le torero d’Ibiza enchaine des séries, essentiellement à droite, soignant l’attitude. Il semble vouloir imiter la tauromachie de Ponce jusque dans le fait de ne pas se croiser et de rester marginal. Mais il n’a pas la classe du Maestro de Chiva .On est loin du Ferrera qui a toréé avec sa personnalité et connu des tardes intéressantes depuis le début de saison Le toro, qui est un peu compliqué, n’est pas dominé et le public reste sur sa faim. Il tue d’une entière tombée, longue à faire effet et répond aux applaudissements depuis le callejon.

Le second est lui aussi dans le type de l’encaste. Aguilar manque de sérénité lorsqu’il l’accueille à la cape. Il tombe devant le toro et c’est un vrai miracle qu’il ne prenne pas un coup de corne. Bien mis en suerte à la première pique, moins bien à la seconde, le Victorino vient en marchant au cheval et ne pousse pas. La charge de ce toro se raccourcit très rapidement. Il est compliqué et ne permet pas l’erreur. Aguilar avec plus de vaillance que de toreria l’entreprend à droite avec l’envie de bien faire. Après une première série intéressante, il enchaine une autre de très bon niveau. Il passe à gauche, côté où il ne trouve pas le sitio. Il montre au toro ce qu’il ne faut pas faire. Le Victorino apprend vite et dès qu’Aguilar revient à droite, il prend le dessus sur le torero. La fin de faena est aussi vaillante que brouillonne et désordonnée. L’estocade, rapide d’effet, déclenche une pétition minoritaire à laquelle accède le palco, décision qui est protestée par une bonne partie du public.

Le troisième n’est pas clair à la cape. Bien mis en suerte, il ne pousse pas au cheval mais est piqué avec beaucoup d’efficacité par le picador de turno. Outre deux bons piqueros, la cuadrilla de De Justo est composé de trois excellents peones. Manuel Angel Gomez Odero et José Manuel Perez Valcarde saluent après un très bon tercio de banderilles. De Justo double avec beaucoup d’autorité et met au pli son Victorino. Le toro, ainsi cadré, permettra par sa noblesse au torero de dérouler sa tauromachie. Emilio baisse d’entrée de jeu la main. Il  enchaine à droite de très belles séries imposant sa volonté au toro tout en toréant avec temple et beaucoup de finesse. A gauche, où le toro ne passe pas, cela casse un peu la dynamique de la faena. De retour à droite, le toro est plus réservé, presque décomposé, même si le torero continue à baisser la main. Il est difficile à cadrer et sur un extraño transforme le volapié en estocade à la rencontre. Le torero qui s’est engagé avec sincérité est bousculé et jeté à terre, heureusement sans mal. L’épée, bien qu’en place, est longue à faire effet et nécessite l’usage du descabello. Le public réclame majoritairement une oreille et l’obtient. En comparaison de celle accordée à Aguilar, elle est de bien plus de poids et l’attribution de la seconde aurait pu être envisagée.

Le quatrième est léger. Il a du mal à se fixer puis prend sans grande conviction deux piques. Ferrera ne le banderille pas. Le toro manque de classe. Il est soso et transmet peu d’émotion. Ferrera reprend sa tauromachie marginal telle qu’à son premier adversaire. Cela manque de transmission. Ce que fait le torero n’a rien à voir avec ce qu’il est capable de faire. Il torée à la manière d’un autre, oubliant que le public préfère l’original à la copie. Le torero d’Ibiza a une vraie personnalité et il est frustrant de ne pas le voir toréer comme il sait le faire habituellement. La faena manque par la faute du toro et du torero d’émotion et comme elle est très mal conclue à l’épée, Ferrera entend quelques sifflets à son retour au callejon.

Le cinquième est fuera de typo. Aguilar est à nouveau brouillon avec la cape. Le toro est inexistant à la pique. A la muleta, il est tardo, il manque de charge. Aguilar, aussi bien à droite qu’à gauche torée de façon désordonnée. Le toro va à menos et la faena devient vite ennuyeuse.

La sixième tape fort dans un burladero. Il est lui aussi inexistant face au cheval. Diego Ramon Jimenez Garcia, auteur d’une très grande troisième paire, et José Manuel Perez Valcarde salue. Le toro manque de force, fléchit à plusieurs reprises et ne livre pas dans la muleta.
Le début de faena est quelconque. Emilio en plus d’être un artiste est un lidiador. Comme à Villeneuve, il insiste et « déclenche » le toro sur la corne gauche. Il en profite pour enchainer deux très belles séries de naturelles. Après un retour à droite où le toro ne se livre pas, De Justo s’adorne à gauche par de très élégantes naturelles et une superbe trinchera. Il s’engage mais l’épée résulte tombée ; Elle est rapide d’effet et une partie du public demande un second trophée que le palco accorde ………..

La Porte Principale des arènes s’ouvre pour un Emilio de Justo qui devrait en toute logique se voir offrir, si le monde des toros sait être logique, des opportunités dans les principales arènes espagnoles en 2018. C’est tout le bien que l’on peut souhaiter à la pareja constituée par Emilio et Ludovic.

Fiche technique
Arènes de Dax, première corrida de Toros y Salsa
6 toros de Victorino Martin décevants, manquant de fond les trois premiers, sosos et fades les trois derniers pour :


Antonio Ferrera : un avis et salut depuis le callejon, deux avis et quelques sifflets
Alberto Aguilar : une oreille après pétition minoritaire, silence
Emilio de Justo : un avis et une oreille, deux oreilles 
La cuadrilla de De Justo a salué à l’issue des deux tercios de banderilles dont elle a eu la charge
Douze piques, cuadra Bonijol

Sortie d’Emilio de Justo par la Porte Principale des arènes
Président : Bernard Sicet
Temps maussade, pluie au troisième et au sixième
8/10èmes d’arènes


Thierry Reboul

 

Voir le reportage photographique : Philippe Latour