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Dax (10/09/2017 - tarde) : Ponce, Roca Rey et le public restent sur leur faim...

©Philippe Latour
©Philippe Latour
On ne va pas répéter pour la nième fois le proverbe taurin sur les corridas de expectation. Celle de ce dimanche qui venait mettre fin à la temporada dacquoise était très attendue. En effet mettre sur la même affiche Ponce l’ancien au summum de son art et Roca Rey le jeune loup prêt à tout dévorer avait de quoi susciter quelque intérêt.

Premier constat, les arènes sont quasi pleines mais il y quand même des places vides. On peut incriminer la météo, mais les conditions climatiques dignes d’un dimanche de Toussaint en sont elles les seules responsables ?
Pour une fois, les absents ont eu raison. Ce que nous avons vécu cette après-midi ressemble à un concert des sœurs Labêque à qui on imposerait de jouer sur des pianos récupérés dans les réserves d’un foyer paroissial. Malgré leurs efforts et leur talent reconnu, elles ne pourraient pas faire plus que d’aligner des notes sans pouvoir y mettre la moindre parcelle d’art. Aussi bien les deux Domingo Hernandez, les deux Puerto de San Lorenzo que les deux Nuñez del Cuvillo, corrects de présentation, ils ont tous les six manqué de forces et surtout de race. Vite réservés ou éteints, ils n’ont jamais permis aux toreros de s’exprimer. Ponce et Roca Rey ont parsemé, à force d’essayer, la course de quelques détails mais ils n’ont rien pu faire pour sortir les spectateurs de l’ennui.

Le premier (Domingo Hernandez) n’humilie pas et retient sa charge dans le capote d’Enrique Ponce. Bien mis en suerte, il pousse lors de la première rencontre et désarçonne le piquero. Il prend une seconde ration de fer carioquée au réserve. Ponce sort le toro des planches et l’emmène au centre en le doublant. Grâce à son métier, il arrive à le garder dans sa muleta. A droite et à gauche, le toro manque de charge et se défend plus qu’il n’attaque. Le torero est pro, le toro lui manque de race. La faena tourne court et le Maestro de Chivas conclut d’une entière en avant et deux descabellos. L’arrastre est sifflée.

Le second (Puerto de San Lorenzo) ne trahit ses origines Atanasio. En plus d’être abanto, il est gazapon. Bien mis en suerte, il prend deux picotazos. Il a depuis sa sortie en piste des problèmes locomoteurs. Roca Rey l’entreprend à droite en donnant la sortie vers le haut. Le toro est juste de forces mais a quand même un fond de noblesse qu’exploite le péruvien. Sans se croiser vraiment, il enchaine de bonnes séries des deux mains. Le toro est sans problème et ne transmet pas beaucoup. Après un joli pecho inversée et deux arrucinas, la première accrochée, le toro perd tout moral et s’arrête. En quelques circulaires inversées, il se retrouve dans les tablas. Le jeune torero tue d’une entière très basse. La majorité du public le voit et s’abstient de demander une oreille. Une petite minorité agite son mouchoir et le président sort le sien. L’oreille accordée est vivement protestée.

Le troisième (Puerto de San Lorenzo) humilie dans la cape et amorce un début de vuelta de campana. A la pique, il se défend à la première rencontre et est économisé à la seconde. Lui aussi manque de charge au troisième tiers. Lors des deux premières séries, Ponce, sans se croiser, torée avec temple et élégance. Les deux séries suivantes (à droite et à gauche) sont plus quelconques car le toro ne transmet rien. A la suivante, le toro perd tout intérêt pour le combat et part à la planche. Ponce a du métier. Il tire quelques muletazos dans les tablas. Mais, quand on vient le voir toréer, on recherche autre chose. Il place, sans s’engager, une demie très basse. Le toro tombe au second descabello, silence.

Le quatrième (Nuñez del Cuvillo) manque de charge dès sa sortie du toril. Mal piqué, il manque d’accrocher un peon au sortir d’une paire de banderilles. Soso, il suit la muleta sans conviction. Roca Rey alterne des séries où il domine mais qui, par la faute du toro manque d’émotion et d’autres où il se fait manger par manque de motivation (ou par ennui) le terrain. Le toro va à menos. Quelques luquesinas pour conclure, il tue d’une entière basse, ou plutôt encore basse, rapide d’effet. Il salue au tiers après une pétition minoritaire à laquelle n’accède pas le palco.

Le cinquième (Nuñez del Cuvillo) est la dernière chance pour Ponce de triompher. A la cape, il est manso. Peu et mal piqué, il est décasté. Au troisième tiers, il est fuyard. Ponce, avec application, le retient. Il tente de dérouler sa faena type mais le toro ne permet pas grand-chose. Il ne prolonge pas les débats et tue d’une entière basse rapide d’effet et regagne bredouille et dépité le callejon.

Le sixième (Domingo Hernandez) est juste de présentation. Il navigue du picador de turno à celui de réserve sans être vraiment piqué par maladresse de la cuadrilla et surtout par une mansedumbre qui aurait pu lui valoir le mouchoir rouge. Dès le début de la faena, il se réfugie dans les planches. Il manque de charge et fuit à la fin de chaque série. Roca Rey essaie puis renonce. Il abrège les débats d’une épée très basse.

Le sobresaliente Jérémy Banti n’est pas intervenu.

Ainsi s’achève une temporada dacquoise loin d’avoir répondu aux attentes des organisateurs et du public. La faute en incombe à des lots de toros, à l’exception des Pedrazas, manquant de fond et de caste. Des toreros ont retiendra les prestations d’Emilio de Justo, et à un degré moindre de Juan Bautista, Sébastien Castella et Ginès Marin.

Fiche technique
Arènes de Dax, deuxième corrida de Toros y Salsa et dernière course de la temporada.
Deux toros de Domingo Hernandez (1 et 6), Puerto de San Lorenzo (2 et 3) et de Nuñez del Cuvillo (4 et 5) justes de forces et décastés pour un mano à mano entre :

Enrique Ponce : silence, silence, silence
Andrès Roca Rey : une oreille contestée, un avis et salut au tiers, silence

Sobresaliente Jérémy Banti
Douze piques, cavalerie Bonijol
Président Jean Charles Bouet
Quasi lleno
Météo de milieu d’Automne. Il a plu au sixième.

Thierry Reboul


Voir le reportage photographique : Philippe Latour