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Novillada dacquoise : Colombo sort à hombros...

©Philippe Latour
©Philippe Latour
Grâce à un partenariat et un échange d’information avec Météo France, les organisateurs dacquois ont pu, en décalant le paseo de trente minutes, faire passer leur novillada entre les grosses averses du matin et celles tout aussi fortes du début d’après-midi. On n’arrête pas le progrès en matière de prévisions météorologiques.


Pour ce qui est de prévoir le comportement des toros, il faudra toujours s’en tenir aux méthodes ancestrales dont la plus sûre est de le décrire après l’avoir vu en piste. Rafael Cruz, le ganadero, est probablement sorti déçu des arènes après avoir vu combattre les six novillos qu’il avait sélectionnés pour cette course matinale. Tous avaient un trapio respectable, de quasi toros, et des armures commodes à l’exception du cinquième plus playero. Nobles, ils ont tous manqué de forces et fait preuve de plus de soseria que de noblesse.

Le premier fait une vuelta de campana avant d’être économisé en deux rencontres à la pique. Il sort éteint de ce premier tercio. Jésus Enrique Colombo est un excellent banderillero et il est ovationné à l’issue d’un second tiers enlevé et générateur d’émotion. Emotion qu’il n’arrivera pas à susciter lors de la faena de muleta. Le novillo est tardo, manque de charge. Il est noblote mais manque trop de force pour susciter de l’émotion. Comme le torero ne se croise pas et bien qu’il baisse parfois la main, la faena est ennuyeuse malgré un final trémendiste. Le novillero salue après trois pinchazo et une demie.

Le second, gordito, est faible. Il prend deux piques légères et malheureusement traseras. Le Jose Cruz est noble mais manque de forces. Il fléchit dès que le torero baisse la main. Diego Carretero torée de façon marginale et se fait accrocher la muleta. Il ne donne pas la sortie au novillo. Il poursuit une faena brouillonne au-delà du nécessaire. Silence après un pinchazo et une entière verticale.

Tibo Garcia remplace ce jour Adrien Salenc blessé sérieusement en Espagne. Il touche en troisième position un novillo, juste de forces qui est économisé lui aussi lors de ses deux rencontres avec le cheval. Tibo, avec à propos, cite l’utrero de loin et le torée à mi hauteur. Il construit ainsi une faena très adaptée au toro. Il le soutient, peut ainsi exploiter sa noblesse surtout à droite. A gauche, c’est plus compliqué. A l’aise, il se laisse aller à des détails très élégants dont plusieurs très jolis changements de main. Après un pinchazo, il tue d’une entière engagée et efficace. Il coupe une oreille méritée après une faena simple, appliquée, propre et sincère.

Colombo reçoit avec élégance le quatrième. Le toro prend une première pique très basse qui laissera des séquelles. La seconde se résume à un picotazo. Aux banderilles, le vénézuélien pose une superbe première paire et une quatrième, al violin, de bon niveau. Les deux autres sont ratées. Il commence sa faena par des derechazos à genoux. Il doit vite se relever car le toro, faible, s’agenouille lui aussi. Il enchaîne, à un toro soso, des séries des deux mains sans se croiser. Il y a du métier, de l’officio et une certaine élégance chez ce garçon. Dommage qu’il ne mette pas plus la jambe dans le terrain du toro. Il termine par les, maintenant, traditionnelles luquecinas. Il coupe deux oreilles (une de trop) après une épée habile, basse et hémorragique mais très rapide d’effet.

Le cinquième est morphologiquement différent des autres utreros composant le lot. C’est un colorado, playero. Accueilli de manière assez brouillonne par Carretero, il fait une vuelta de campana au sortir de deux picotazos. Le début de faena à genoux manque de structure. Le toro est noble, sans aspérité. Il lui manque juste un peu de forces. La faena, essentiellement droitière, manque de temple et n’exploite pas suffisamment la noblesse du novillo. Diego Carretero ne se croise pas mais arrive à connecter avec le public, fait trop durer la faena. Il coupe une oreille après une entière tombée sans être vraiment allé au bout des possibilités du novillo.

Le dernier, très proche morphologiquement du premier, manque de forces. Il est mal piqué (dans l’épaule et trasera). Tibo Garcia le brinde à son apoderado Serge Alméras. Le début de faena est intéressant, propre et bien construit. Malheureusement, le novillo se décompose et s’éteint très vite. La faena va très vite à menos et Tibo ne peut pas s’exprimer et perd toute possibilité de récompense, une nouvelle fois avec les aciers.


Fiche technique :
Arènes de Dax, novillada du festival Toros y Salsa.
6 novillos de Jose Cruz avec du trapio, des têtes en général commodes, nobles mais manquant de forces, le meilleur est le cinquième pour :

Jésus Enrique Colombo : un avis et salut au tiers, un avis et deux oreilles
Diego Carretero ; un avis et silence, une oreille
Tibo Garcia : une oreille, un avis et silence

Douze piques légères, cuadra Bonijol
Président : Franck Lanati
Un quart d’arène
Météo maussade et pluvieuse

Thierry Reboul

 

Voir le reportage photographique : Philippe Latour