Mont de Marsan (30/09/2017) : une oreille pour De Justo et Vanegas lors d’une victorinade entretenue...

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©Matthieu Saubion
©Matthieu Saubion
On était loin du soleil et des mouches qui sont, parait-il les ingrédients nécessaires à une bonne corrida, ce samedi à Mont de Marsan. Les pluies du matin laissaient planer un doute sur le déroulement de cette course. Heureusement, la présence d’une poignée d’antis, loin des arènes, a du effaroucher la pluie et la course a pu se dérouler normalement, qu’ils en soient remerciés.

Les conditions météorologiques ont probablement retenu quelques aficionados mais c’est devant une encourageante entrée (une demi-arène) qu’ont défilé au paseo Emilio de Justo, El Monteño et Manolo Vanegas pour affronter des toros de Victorino Martin.
Dans le type morphologique de l’encaste, correctement présentés et armés, malgré un troisième bizco mais très charpenté, les Albasserrada ont eu un comportement qui a permis une course entretenue. Le premier et surtout le dernier exigeaient les papiers et ne permettaient aucune erreur. A l’exception du troisième soso et fade, les autres, plus buendias, offraient des possibilités. Tous les toros sont allés au bout des faenas sans ouvrir la bouche. Ils sont allés au cheval sans grande bravoure, sans vraiment, pour la plupart, s’employer mais ils ont quand même pris un total de dix huit piques.
Des toreros on retiendra la classe et le sens de la lidia d’Emilio de Justo, le courage et le recours, malgré sa jeunesse, de Manolo Vanegas et l’envie de bien faire et l’application de Mathieu Guillon.
Côté cuadrillas, Morenito d’Arles auteur de bonnes paires de banderilles et d’un quite salvateur pour venir en aide à De Justo et Fernando Sanchez ont dominé les débats. Les piqueros ont fait leur office pas toujours avec application.

Le premier, léger mais bien armé, est reçu à la cape par De Justo. Il donne des coups de tête dans le capote. Il prend, sans vraie mise en suerte, une bonne première pique. Il vient bien une seconde fois au cheval, mais va à menos prenant un troisième puyazo avec bien plus de mansedumbre que de bravoure. Après un bon tercio de banderilles à charge de la cuadrilla, le torero brinde au public. Le toro est encasté. Exigeant, il est de ceux qui demandent les papiers et mettra en danger à plusieurs reprises De Justo. Le torero s’en sortira à chaque fois avec beaucoup de technique et de lucidité.
Le début de faena semble facile mais dès la première série à droite, le toro avertit. Ce dernier ne s’en laisse pas compter et enchaîne une bonne série avant de se faire accrocher à la troisième. Petit à petit, le torero de Cacérès s’impose au toro par une lidia technique et appropriée (sur la corne gauche, en se croisant sur le site et aguantant sans reculer) tout en toréant avec quiétude et élégance. On peut juste regretter l’absence d’un retour à droite avant de tuer. Cette faena intéressante est malheureusement mal conclue à l’épée et De Justo doit se contenter de saluer au tiers.

Le second est plus bas et très armé. Mathieu Guillon est très contracté par l’enjeu que représente pour lui cette course. Le toro ira à menos au cheval. Il prend trois piques traseras en s’investissant de moins en moins au fur et à mesure des rencontres. Le montois invite Manolo de Los Reyes a partagé les palos avec lui pour un bon second tercio.
Le toro arrive au troisième tiers gazapon et il n’humilie pas beaucoup. Mathieu cafouille sa première passe puis prend confiance et finit bien sa série à droite. Il en enchaîne une seconde excellente. On sent qu’il a du mal à se décontracter. Le toro s’améliore au fur et à mesure de la faena tout en devenant de plus en plus exigeant. Le torero se désunit et devient plus hésitant en fin d’une faena. Il tue d’une entière basse après six pinchazos.

Le troisième est costaud mais bizco. Juste de forces, il est mal piqué et prend trois puyazos sans pousser. Manolo Vanegas brinde à Tristan Barroso, le jeune élève d’Adour Aficion. Le toro est soso et transmet peu d’émotion. Le vénézuélien raccourcit les distances, torée sur un petit périmètre pour essayer de donner un peu de relief à sa faena. Ce n’est le type de toro ni la tauromachie qui convient à Vanegas et la faena va à menos. Le torero salue au tiers après avoir tué d’une entière en arrière à la sixième entrée à matar.

Le quatrième est juste de force et prend deux piques sans grande conviction. Brindé à Henri Tilhet, le victorino arrive à la muleta faible et tardo Comme à Villeneuve, De Justo va inventer le toro. Il profite de sa fixité pour l’obliger sur les deux cornes. En aguantant, tirant la charge au maximum, il apprend au toro à passer. Le victorino ne va pas à mas, car aller à mas pour un toro correspond souvent au fait que le torero a trouvé la bonne alchimie qui révèle les qualités « cachées » de l’animal. Avec Emilio, on est plus dans la domination. Le torero impose à un toro des comportements qui ne correspondent pas à son tempérament. Le Victorino finit par se livrer plus. De Justo en profite pour monter sa tauromachie d’un cran et enchaîner, surtout à gauche, des séries de plus en plus templées et profondes pour finir par deux séries de naturelles énormes de temple et de relâchement. Ce torero a pour lui d’allier sens de la lidia, courage et toreria. On finit presque par oublier qu’il y a en face un victorino. Le bicho ne manque pas de le rappeler en accrochant la muleta à deux reprises sur des trincheras et surtout en infligeant un puntazo au matador sur une entrée à matar engagée mais insuffisante. Un pinchazo supplémentaire et une entière basse n’empêche pas le torero de couper une oreille qu’il aurait naturellement doublée en tuant mieux.

Le cinquième est un joli toro bien dans le type de l’encaste. Il va quatre fois au cheval. Il pousse au début de la première rencontre puis s’éteint en restant collé au peto. Mal piqué, il pousse peu et se défend à la seconde. Il va à mas en chargeant en accélérant puis en poussant en mettant les reins. Il est mis en suerte une quatrième fois, au centre. Le piquero le cite avec la puya de tienta. D’accord pour l’idée de tester les qualités du toro, d’autant qu’il a pris une bonne troisième pique. Mais le picador tarde à aller dans le bon terrain, le bicho gratte, refuse de charger puis démarre au moment où le torero demande le changement et que tout le monde se met à bouger autour du cheval. Il n’y a aucune information à tirer sur la bravoure du toro de cette quatrième mise en suerte.
Mathieu banderille avec beaucoup d’aisance et d’efficacité avant de brinder à Henri Tilhet et Victorino Martin. A la muleta, le toro a beaucoup de fixité. Mathieu, comme face à son second toro de Villeneuve, est plus détendu. Il trouve le sitio, enchaine avec application des séries des deux mains profitant de la noblesse et du fond de caste du toro. Dommage qu’il n’ait pas plus allongé la charge du toro. Il aurait certainement tiré plus d’un bicho qui ne demandait qu’à aller à mas. Le montois tue d’une bonne épée entière, la meilleure estocade de la tarde et salue au tiers. Les vieux fantômes sont exorcisés Mathieu a prouvé que l’échec de son alternative n’était plus qu’un mauvais souvenir et qu’il peut tenir une place honorable parmi les toreros en activité.

Le dernier très bien présenté est applaudi à son entrée en piste. Ce sera le toro qui aura le plus un comportement de Victorino. Il prend trois piques en manso, sortant seul. A la muleta, il est dangereux, avisé ne manquant pas de regarder le torero avant de charger. Il accrochera, heureusement sans mal, Vanegas à plusieurs reprises lors de la faena. Le vénézuélien accepte le combat proposé par le toro. Avec courage, et une technique étonnante pour un torero qui n’a pas quatre mois d’alternative, il impose au bicho trois séries dominatrices (deux à droite et une à gauche) contrôlant une charge empreinte de genio. La faena est courte mais d’un très bon niveau technique et transmet énormément d’émotions. Manolo s’engage avec beaucoup de sincérité pour une entière légèrement tombée mais très efficace et coupe une oreille amplement méritée.

Fiche Technique
Arènes de Mont de Marsan, corrida de la Féria de l’Aficion
6 Toros de Victorino Martin correctement présentés, dans le type de l’encaste et qui ont permis une corrida entretenue pour :

Emilio de Justo : salut au tiers, un avis et une oreille
Mathieu Guillon « El Monteño » : un avis et silence, salut au tiers
Manolo Vanegas : salut au tiers, une oreille

Dix huit piques, dont une avec la puya de tienta, cavalerie Bonijol
Prix au triomphateur Emilio de Justo*
Prix à la meilleure cuadrilla : cuadrilla d’Emilio de Justo
Prix au meilleur piquero : Sanguesa (cuadrilla de Mathieu Guillon)
Président : Philippe Lalanne
Demi-arène
Ciel menaçant et température automnale

Thierry Reboul