Pomarez (04/03/2018) : Douze oreilles de Fiesta Campera...

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©Philippe Latour
©Philippe Latour
Il flottait comme un parfum d’Andalousie en terres chalossaises. Les arènes de Pomarez, la Mecque de la course landaise, renouaient ce dimanche avec la tauromachie espagnole.

Les organisateurs, un club taurin local et une famille bordelaise, ont pêché par manque de communication autour de cet évènement. Cela explique l’entrée faible malgré un cartel des plus intéressants. A eux de tirer les conclusions qui s’imposent s’ils désirent reproduire et pérenniser cet évènement.
Comme souvent, les absents ont eu tort. Les bichos de Jandilla (tous marqués du guarismo 6), d’une présentation adaptée à ce type de course et au ruedo, ont donné, à l’exception du quatrième et du dernier, du jeu. Bravitos au cheval, ils ont fait preuve de noblesse au troisième tiers.
Pepe Luis Vasquez, Juan Mora et Pablo Aguado ont su exploiter les qualités du bétail avec une mention spéciale à Mora dont la faena au second justifiait à elle seule d’être venu à Pomarez. Aguilar et Roman ont été en dessous de leurs compagnons de cartel. Le français Adrien Salenc a touché un novillo manso et querencioso.

Le premier Jandilla, le plus léger du lot, sera le plus complet de l’après-midi. Il prend deux piques sérieuses en mettant les reins. Après un quite de grande classe de Juan Mora, Pepe Luis Vasquez entreprend le novillo par le haut. Les trois premières séries sont élégantes mais restent en dessous du potentiel du Jandilla. Suit une très belle série de naturelles enchainées et conduites avec élégance et temple. La fin de faena rappelle aux plus anciens ce qu’a été le sévillan dans ses bonnes après-midi. Comme tous ses collègues, Pepe Luis coupe deux oreilles après une entière basse et en avant. L’arrastre est applaudie.

Beaucoup étaient venus pour savourer le toreo de Juan Mora. Ils n’ont pas été déçus. Le second novillo pousse lors d’une première rencontre carioquée, la seconda est plus légère. Dès les premiers capotazos, le torero de Cacérès a débouché le flacon. Il double avec élégance un Jandilla dont il profitera de la noblesse sur la corne gauche. Toutes les séries de naturelles sont un mélange de suavité, de classe torera et de domination. Mora parsème sa faena de détails « andalous ». Dommage que la corne droite du novillo ne soit pas à la hauteur de la gauche. Mora a la particularité de toréer avec l’épée de mort. A la fin d’un derechazo, il cadre le Jandilla et entre à matar pour une entière contraire qui nécessitera l’usage du descabello. Le torero est chaleureusement fêté lors de sa vuelta avec deux oreilles très largement méritées.

Difficile pour Alberto Aguilar de passer après ce grand moment de tauromachie. Le troisième novillo est tardo à la cape. Il ne prend qu’une pique en se défendant et sortant seul. Noble mais juste de forces, il oblige Aguilar à le toréer par le haut. Le torero essaie mais le Jandilla se décompose assez vite en partie par la faute du torero. La tauromachie d’Alberto est une tauromachie de confrontation qui nécessite une vraie opposition que ne peut offrir le novillo et la faena va à menos. Les deux oreilles accordées après une entière basse sont là pour nous rappeler que nous assistons à une Fiesta Campera.

Le quatrième, faible, manquera de fond. Il prend un puyazo dont il sort amoindri. Le novillo se décompose assez vite. Il manque de race et la faena de Roman sonne creux. Le franco-espagnol essaie de donner de l’émotion en réduisant les terrains mais tout cela reste brouillon et manque de transmission. La mise à mort est très laborieuse.

Pablo Aguado a profité de l’occasion pour se rappeler aux bons souvenirs des organisateurs français. Il a touché un novillo qui correspond à sa tauromachie. Bien mis en suerte il est économisé à la pique A la muleta, il est noble, limite soso. Doublé et conduit au centre avec beaucoup de classe, il répond aux sollicitations du torero sévillan. Pablo baisse la main et l’embarque dans des séries à droite puis à gauche très templées et avec beaucoup d’élégance. Ce garçon a une tauromachie faite pour Séville, profonde et très belle au plan esthétique. La faena se termine par de très belles naturelles de face. La mise à mort est souvent un problème pour Pablo. Cette fois ci, il tue avec efficacité et les deux oreilles qui lui sont accordées n’ont rien d’usurpé.

Adrien Salenc revient en piste après son opération de l'épaule. Son novillo, le plus lourd du lot, prend une bonne première pique puis sort seul de la seconde. A la muleta, le Jandilla est tardo, fuyard et finira par emmener le novillero dans les tablas. Le bicho est manso et ne permet pas grand-chose. Adrien abrège la faena, la mise à mort est un peu compliquée mais l’arlésien coupe lui aussi deux oreilles.

Petite suggestion, ne pas attribuer de trophées lors de ces fiestas camperas. Ils n’ont pas grande signification. Personne n’est dupe et les aficionados sont capables de récompenser « à l’applaudimètre » les toreros à l’aulne de la qualité de leurs prestations.

Fiche technique
Arènes de Pomarez, Fiesta Campera
6 bichos, marqués du guarismo 6, de Jandilla, excellent le premier pour :

Pepe Luis Vasquez : deux oreilles (+)
Juan Mora : deux oreilles (++++)
Alberto Aguilar : deux oreilles (--)
Roman: deux oreilles (--)
Pablo Aguado: deux oreilles (++)
Adrien Salenc: deux oreilles (--)

Neuf piques (cavalerie Bonijol)
Petite entrée

Thierry Reboul


Voir le reportage photographique : Philippe Latour