Gamarde (18/03/2018) : Un grand Daniel Luque pour la première corrida de la temporada française...

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©Roland Costedoat
©Roland Costedoat
Même si la date bouge d’une année à l’autre, Gamarde a trouvé sa place dans le paysage taurin du Sud-Ouest. Pour cette première corrida de la temporada française, l’équipe de François Lassalle a monté un cartel de luxe compte tenu de la capacité de la placita gamardaise. Heureusement que celle-ci est couverte car la météo était plus hivernale que printanière.

Près de mille repas servis et des arènes remplies au trois quarts conforteront les organisateurs dans leur volonté de pérenniser cette date sur le calendrier taurin.
De cette après-midi on retiendra les deux excellentes faenas de Daniel Luque qui s’est comporté en professionnel avec une vraie volonté de marquer son début de temporada en France.
Les toros de Fernando Peña correctement présentés pour une arène de troisième catégorie malgré quelques cornes fermées ou bizcas et parfois abimées, souvent justes de forces, ont donné du jeu.

Le premier, gordito, est abanto à son entrée en piste. Il ne se fixe pas au capote. Faible, il ne prend qu’une pique sans vraiment pousser. Il a tendance au troisième tiers à s’arrêter au deux tiers de la passe. A droite, le début de faena de Curro Diaz est marginal. Le torero de Linarès se croisera un peu plus lors des deux premières séries de naturelles où on retrouve celui qui a triomphé l’an passé dans ces arènes. Les séries suivantes, sur les deux mains, sont moins engagées d’autant que le toro continue à raccourcir sa charge. Malgré quelques gestes élégants à gauche, la faena va à menos. L’estocade est comme souvent avec ce toreo très, voire trop basse et deux descabellos seront nécessaires.

Le second est plus léger que le précédent avec un berceau refermé. Bien reçu à la cape par Luque, il a aussi plus de fixité. Il prend une unique pique trasera en poussant. Au sortir de ce premier tiers, il a tendance à donner des coups de tête et à sauter dans la cape. La cuadrilla salue après un très bon tercio de banderilles. Dès les premiers derechazos, Luque fait baisser la tête au Fernando Peña qui charge alors avec noblesse. Chaque fois qu’il relèvera la mire pour toréer à mi hauteur, le toro enverra un coup de tête à mi passe. Le torero construit, en faisant humilier son adversaire, une faena dominatrice avec de très bons passages à droite. Le toro va à mas et Luque se laisse prendre au jeu de quelques « inconscients ou farceurs » qui demandent l’indulto et fait deux séries inutiles qui cassent la construction de la faena. Il termine par des luquesinas avant de s’engager pour une bonne entière après un pinchazo. Le bicho tarde à tomber et deux descabellos sont nécessaires. Le torero de Gerena ne coupe qu’une oreille, l’arrastre est très applaudie.

Le troisième se blesse dès sa sortie en piste. Invalide, il est puntillé en piste et laisse sa place à un sobrero du même fer. Le remplaçant ressemble par sa morphologie et son comportement à celui sorti en premier. Il sort seul d’un premier refilon avant de prendre un très bon puyazo administré par Nicolas Bertoli. Dans son jardin, Thomas Dufau entame sa faena de rodillas. Le toro tardo permet une bonne seconde série de derechazos. A gauche, le torero ne pèse pas sur un bicho qui va à menos. De ce fait la fin de faena manque de transmission. Après un final par bernardinas, le landais conclut par une estocade contraire trasera et un descabello. Pétition loin d’être majoritaire, le landais coupe une oreille contestée par une partie du public et qu’il abandonnera dès le début de sa vuelta.

Le quatrième, joli colorado, le mieux armé du lot n’inspire pas confiance aux cuadrillas. Très mal piqué, il arrive au troisième tiers faible. Curro Diaz remet de la sérénité en piste avec deux séries à droite plus technique qu’artistique. A gauche, paradoxalement, il est marginal mais conduit avec efficacité chacune de ses passes. Le toro a de moins en moins de charge, le torero réduit les terrains pour redonner du rythme et du relief à la faena. C’est une tauromachie qui ne sied pas à Curro Diaz et la faena comme le bicho va à menos. Silence, après une demie en avant et une kyrielle de descabellos, pour celui qui avait triomphé l’an passé sur le sable de la placita landaise.

Le cinquième, joli et bien fait, a lui aussi une corne abîmée. Manso, il prend une pique trasera sans vraiment pousser. Il est doublé avec efficacité et élégance par Luque. Le bicho manque de fond, se livre peu et le torero est « supérieur » au toro lors des deux premières séries à droite. En pesant sur chaque passe, le torero fait rompre le toro et l’oblige à se livrer. Rendu, le bicho permet à Luque d’enchainer de très bonnes séries élégantes et dominatrices des deux mains. Le torero toréé, et c’est tout à son honneur, comme s’il était dans une placita de seconde voire de première et « connecte » avec le public Après avoir fait arrêter la musique, il toréé, avec classe, à la voix un animal soumis par un torero maître de son sujet. Avant de prendre l’épée, Luque enchaîne d’excellents redondos avec de finir par des poncinas. La série d’adorños, épée de muerte en main, de rodillas est très en dessous du reste de la faena. Il conclut par deux tiers de lame, un peu tombé qui sont suffisants. Les deux oreilles accordées ne souffrent d’aucune contestation et la vuelta est très applaudie.

Le sixième, bizco, est en apparence le plus costaud du lot. Il a du gaz à sa descente du camion, prend en poussant une première pique carioquée puis une plus légère. Morenito d’Arles et Manolo de los Reyes saluent après un très bon second tiers. Le toro est encasté et noble. Cité par Thomas Dufau pour des cambiadas, il répond avec alegria. Hélas, il se casse un sabot qu’il perdra par la suite. Handicapé, il va très vite à menos et la faena, malgré les efforts du torero, manque d’intérêt et de transmission. Le Fernando Peña tarde à tomber après une entière un peu basse.

 

Fiche technique :
Arènes de Gamarde, corrida organisée par la Peña taurine Gamardaise.
6 toros dont un sobrero (3bis) de Fernando Peña correctement présentés et offrant des possibilités pour :

Curro Diaz : silence, un avis et silence
Daniel Luque : un avis et une oreille, un avis et deux oreilles
Thomas Dufau : un avis et une oreille contestée, un avis et silence

Salut de la cuadrilla de Luque au second
Salut de Morenito d’Arles et Manolo de los Reyes au sixième
Six piques, un picotazo et un refilon
Cavalerie Bonijol
¾ d’arènes
Présidente : Colette Lacomme

Thierry Reboul

Voir le reportage photographique : Roland Costedoat