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Arles (31/03/2018 - tarde) : Juan Bautista, avec le coeur en plus...

©ElTico
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Qu'il a du être long et chargé de souvenir pour Juan Bautista, ce paseo de la corrida d'ouverture de la Feria de Pâques 2018... Et combien devait être importante la charge émotionnelle au moment de cette émouvante minute de silence à la mémoire de Luc Jalabert, son père, auquel étaient associées les autres personnalités du monde taurin récemment décédées...

Deux heures et demie plus tard, c'est à pieds pour cause de deuil que le Maestro Arlésien décidait de quitter le ruedo, alors qu'avec quatre oreilles en poche, une nouvelle Puerta Grande lui était offerte. Le résultat statistique d'une tarde hors norme pour le matador camarguais, qui après son brindis au Ciel avant son premier combat, a posé son Coeur en même temps que sa montera sur le sable de ses arènes. Habité d'on ne sait quelle force, bien qu'on s'en doute, Juan Bautista a donné tant de lui que le public ne lui en a pas voulu de ce pinchazo a recibir au moment d'estoquer le cinquième exemplaire d'un lot d'El Freixo globalement décevant, demandant avec force et obtenant une quatrième oreille pour son héros du jour. Qu'importe d'ailleurs le bilan comptable, quand la force mentale et l'effort surhumain d'un seul homme parvient à faire chavirer des arènes quasiment pleines, alors même que les circonstances n'ont rien de favorable.
El Juli et Roca Rey n'ont rien pu faire en cette soirée ventée, mal servis par des toros manquant de race et de fond en général.
Mais la différence était ailleurs...

Laurent ElTico Deloye


La chronique d'Alexandre Guglielmet :

Le premier du Juli prit deux rations de fer sans relief. Brindis à Juan Bautista. Considérablement gêné par le vent et face à un toro manquant de fond, le Juli se retrouva sans matière à s'exprimer. Mort en trois temps. Sifflets à l'arrastre et silence pour le diestro.

Juan Bautista se mit en évidence en réceptionnant son premier adversaire par de vibrantes veroniques, enchaînant par des chicuelinas allurées. Sur la première rencontre, l'astado mit bien les reins avant de prendre une seconde pique pour la forme. Brindis au ciel. Face à un toro manquant de classe et baissant de ton au fil des séries, Juan Bautista parvint grâce à une technique sans faille à extraire le meilleur de cet animal. L'arlésien orchestra une prestation poderosa, dessinant les plus beaux échanges sur la corne droite. Débordant d'envie, il termina sa faena par un arrimon entre les pitons, faisant ainsi lever la foule. Il tua par un estoconazo délivrant deux pavillons de la présidence.

Andrés Roca Rey fit économiser son adversaire lors de deux picotazos. Entame de faena spectaculaire du péruvien. Après avoir frôlé la correctionnelle sur une première statuaire, le péruvien enchaina par trois autres sans bouger d'un millimètre, ponctuées par une passe dans le dos frémissante. Hélas, après une bonne tanda droitière, le toro d'El Freixo montra vite ses limites, se décomposant au fur et à mesure que le temps avançait, laissant ainsi le péruvien sans possibilité. Il tua par une entière légèrement basse, suivie de trois coups de verdugo. Silence.

El Juli conduisit son bicho par veroniques jusqu'au centre du ruedo, concluant par demie et revolvera. Après deux mini-piques, Juan Bautista partit au quite par calecerinas, récoltant ainsi une chaleureuse ovation à l'issue. Comme ses frères, l'astado ne montra que peu de bonnes choses, allant vite à menos. Malgré plusieurs tentatives sur chaque corne, le Juli ne parvint jamais à faire monter la température. Mort par lame tombée. Sifflets à l'arrastre et de nouveau silence pour le madrilène.

Réception magistrale de Juan Bautista par deux largas de rodillas, enchaînées par des veroniques vibrantes les deux genoux en terre. Deux rencontres face au lancier quelconques. Face à un toro mobile mais manquant de classe, Juan Bautista tira son épingle du jeu en servant une partition qui alla à mas. Précis dans ses toques et trouvant les placements idoines, Juan Bautista imprima une faena parfaitement maîtrisée, connaissant les meilleurs moments sur d'exquises passes de cartucho, templées à souhait. En fin de combat, il fit chavirer les arènes dans un style intimiste, très tremendiste, à base de redondos, passes dans le dos et luquecinas vibrantes. Il paracheva le tout par une entière sur recibir après pinchazo. Deux oreilles et vuelta en compagnie de ses enfants.

Le dernier de la tarde fut sévèrement châtié après avoir fait frôler la correctionnelle au lidiando. A l'ultime tiers, le Freixo se retourna court dans les échanges, se permettant également quelques gestes de violence. Le protégé de Campuzano tenta de construire une faena mais sans résultat. Silence.


Arènes d'Arles (13)
Samedi 31 mars à 16h30
6 toros d'El Freixo (priorité d'El Juli) ne donnant que très peu de jeu.
12 rencontres face à la cavalerie d'Alain Bonijol.
Poids : 530 / 535 / 500 / 525 / 510 / 545.
Plein apparent
Temps frais et venteux
Durée : 2h25

El Juli : Silence / Silence.
Juan Bautista : Deux Oreilles / Deux oreilles après avis.
A.Roca Rey : Silence / Silence.

Juan Bautista sortit à pied des arènes.
Une minute de silence fut observée en mémoire de Luc Jalabert ainsi qu'aux aficionados disparus.

Alexandre Guglielmet


Voir le reportage photographique : ElTico